Numéro 122 - janvier - février 2004

 

Darfour
 

Intensification de la Guerre 
Pendant les pourparlers de décembre le Mouvement de Libération du Soudan (SLM) disait avoir tué 353 militaires au combat et le Mouvement pour la Justice et l’Egalité (MJE) 700 soldats et miliciens Janjaweed. Après cet échec gouvernemental, le couvre-feu fut imposé dans les villes du Darfour, et Khartoum se prépara au combat Dans la défense de la ville de Tinné sur la frontière tchadienne, les rebelles auraient tué 1 000 soldats et miliciens et descendu 3 hélicoptères (Reuter 19 01). Mais les forces gouvernementales ont repris Tinné et huit autres localités.

Droits de l’homme et Droit Humanitaire désastreux 
Pendant ce temps des réfugiés récemment arrivés au Tchad (en plus, 30 000 en décembre, 18 000 en janvier) racontent toujours des atrocités. Les miliciens pro-gouvernementaux janjaweed souvent soutenus par l’armée soudanaise, attaquent les villages au petit matin, ils tuent les gens dans la rue avant de piller les maisons et de voler les troupeaux. Femmes et jeunes filles sont violées et kidnappées. Amnesty International a corroboré ces exactions à très grande échelle dans son rapport.
Le nombre de personnes déplacées s’élève désormais à 670 000 dont l’immense majorité sont Zaghawa, Masalit et Four (africains). Seuls 15 % d’entre eux peuvent être assistés ; ce n’est pas manque de moyens mais faute de sécurité. Ils sont établis près des zones de combat dans des camps et l’Etat n’autorise pas l’aide en dehors de ces camps, dit MSF. De plus  les autorités ont entrepris d’emmener au loin 10 000 personnes déplacées qui étaient dans des camps près de Nyala, ce qui leur permettait d’y avoir de petits boulots et assurait leur sécurité ; ces déplacés se sont enfuis. Les permis pour les travailleurs humanitaires sont fort difficiles à obtenir. Les Nations-Unies ont demandé au Soudan et au Tchad, à avoir plus d’accès aux déplacés et aux réfugiés. Pour le Soudan ce sera chose faite quand il aura reconquis le terrain perdu.... Les réfugiés installés au Tchad près de la frontière sont en danger à cause des raids de milices et des attaques d’hélicoptères transfrontaliers apparemment acceptés par le Tchad, et les Nations-Unies s’emploient à les emmener à l’intérieur du pays. Cela sera-t-il suffisant ?

La faute des voisins
Béchir a repris les accusations soudanaises contre tout un chacun censé soutenir la rébellion. Il s’agit d’abord de Tourabi. « Simple prétexte pour le réarrêter » répondit le secrétaire général assistant du parti qui déclara dans le sermon du vendredi suivant : « Le gouvernement et sa tyrannie sont la cause essentielle de l’instabilité au Darfour ». Curieuse est une des causes de cette accusation : le MJE se montrerait trop intelligent et Khartoum y verrait la patte de Tourabi. Vient ensuite l’Erythrée. Le Soudan a déposé une plainte auprès de l’Union Africaine et du Conseil de Sécurité des Nations-Unies concernant l’Erythrée. Ce pays a répondu que le Soudan avait été d’accord avec Addis-Abéba pour emmener des milliers de Falachas (Juifs noirs) en Israël. C’est totalement vrai, c’était du temps où l’Erythrée n’était pas indépendante avant le coup d’Etat soudanais, et cela n’a pas été fait gratuitement. Les Falachas prirent l’avion au Soudan. 
Béchir accusa aussi le M/ALPS, Israël et un pays proche non mentionné : il s’agit à l’évidence de la Lybie non citée par solidarité arabe ; certaines voix s’élevaient contre le Tchad lui-même. Elle s’arrêtèrent quand Déby menaça d’arrêter sa médiation. Pour Amnesty International, le gouvernement ne peut s’en prendre qu’à lui-même. Il est certain que les conflits qui durent ont une cause interne. Les gens du Darfour appartenant à la diaspora dans  le Golfe apporteraient une aide importante au SLM et au MJE.

Paix : Les larmes de crocodile de Béchir
En décembre le MJE, rebelle, a refusé de se joindre aux pourparlers de paix qui devaient reprendre le 14 décembre au Tchad : il veut des pourparlers séparés et la présence d’observateurs internationaux. L’autre rebelle, le MLS était peu optimiste sur les pourparlers, les cessez-le-feu n’avaient pas été respectés. Les tractations ne furent pas longues. Le SLM demandait un gouvernement fédéral sous leur commandement pendant la période transitoire, le commandement des forces militaires et 13% des revenus pétroliers. Khartoum a jugé ces demandes inacceptables. 
Béchir a versé quelques larmes de crocodile sur les malheureux qui vivaient parfaitement heureux au Darfour et ont été déplacés par les méchants rebelles, et déclaré que toutes les ressources du pays seront dirigées vers la suppression de la rébellion. Il a fait engager des procédures contre les rebelles d’après les lois anti-terroristes. L’un d’eux a déjà été condamné à mort. Depuis le SLM a indiqué vouloir reprendre les négociations avec Khartoum sous trois conditions : l’autorisation d’accès aux agences humanitaires en zone rebelle, des investigations sur les abus des droits de l’homme et sur les allégations que les civils avaient été visés dans le conflit.
Un commentaire de l’International Crisis Group (ICG) allait alimenter de nombreuses discussions. Pour l’ICG, le conflit croissant au Darfour pourrait miner le processus de paix Nord/Sud ; la fin de la guerre du Sud pourrait servir de catalyseur pour un nouveau chapitre sanglant au Darfour. Il conviendrait donc d’élargir au Darfour les négociations avec le M/ALPS. Le Président Béchir s’en émut et déclara que les « escarmouches » au Darfour n’auraient aucune influence sur les négociations Nord/Sud. L’accord du SLM avec le Congrès Béja de l’Est ne faisait qu’enfoncer le clou malgré la faiblesse de ce dernier. 
Pour un membre du Département d’Etat qui se veut anonyme, «  la vérité est que ce qui est dans l’accord [Nord/Sud] pourrait aisément être transféré au problème de l’Ouest ». A quoi le Ministre des affaires Etrangères répondit qu’il n’en était pas question.
Les Etats-Unis et l’Angleterre sont en compétition avec la France et l’Allemagne  pour essayer de ramener la paix au Darfour ; le tchadien Déby jouant le même rôle que le Kenya dans le conflit du Sud. De Villepin doit se rendre en février à N’Djamena et Khartoum. Il s’agirait d’imposer un partage du pouvoir et des richesses un peu comme au Sud.
 

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