Intensification de la Guerre
Pendant les pourparlers de décembre le Mouvement de Libération
du Soudan (SLM) disait avoir tué 353 militaires au combat et le
Mouvement pour la Justice et l’Egalité (MJE) 700 soldats et miliciens
Janjaweed. Après cet échec gouvernemental, le couvre-feu
fut imposé dans les villes du Darfour, et Khartoum se prépara
au combat Dans la défense de la ville de Tinné sur la frontière
tchadienne, les rebelles auraient tué 1 000 soldats et miliciens
et descendu 3 hélicoptères (Reuter 19 01). Mais les forces
gouvernementales ont repris Tinné et huit autres localités.
Droits de l’homme et Droit Humanitaire désastreux
Pendant ce temps des réfugiés récemment arrivés
au Tchad (en plus, 30 000 en décembre, 18 000 en janvier) racontent
toujours des atrocités. Les miliciens pro-gouvernementaux janjaweed
souvent soutenus par l’armée soudanaise, attaquent les villages
au petit matin, ils tuent les gens dans la rue avant de piller les maisons
et de voler les troupeaux. Femmes et jeunes filles sont violées
et kidnappées. Amnesty International a corroboré ces exactions
à très grande échelle dans son rapport.
Le nombre de personnes déplacées s’élève
désormais à 670 000 dont l’immense majorité sont Zaghawa,
Masalit et Four (africains). Seuls 15 % d’entre eux peuvent être
assistés ; ce n’est pas manque de moyens mais faute de sécurité.
Ils sont établis près des zones de combat dans des camps
et l’Etat n’autorise pas l’aide en dehors de ces camps, dit MSF. De plus
les autorités ont entrepris d’emmener au loin 10 000 personnes déplacées
qui étaient dans des camps près de Nyala, ce qui leur permettait
d’y avoir de petits boulots et assurait leur sécurité ; ces
déplacés se sont enfuis. Les permis pour les travailleurs
humanitaires sont fort difficiles à obtenir. Les Nations-Unies ont
demandé au Soudan et au Tchad, à avoir plus d’accès
aux déplacés et aux réfugiés. Pour le Soudan
ce sera chose faite quand il aura reconquis le terrain perdu.... Les réfugiés
installés au Tchad près de la frontière sont en danger
à cause des raids de milices et des attaques d’hélicoptères
transfrontaliers apparemment acceptés par le Tchad, et les Nations-Unies
s’emploient à les emmener à l’intérieur du pays. Cela
sera-t-il suffisant ?
La faute des voisins
Béchir a repris les accusations soudanaises contre tout un chacun
censé soutenir la rébellion. Il s’agit d’abord de Tourabi.
« Simple prétexte pour le réarrêter » répondit
le secrétaire général assistant du parti qui déclara
dans le sermon du vendredi suivant : « Le gouvernement et sa tyrannie
sont la cause essentielle de l’instabilité au Darfour ». Curieuse
est une des causes de cette accusation : le MJE se montrerait trop intelligent
et Khartoum y verrait la patte de Tourabi. Vient ensuite l’Erythrée.
Le Soudan a déposé une plainte auprès de l’Union Africaine
et du Conseil de Sécurité des Nations-Unies concernant l’Erythrée.
Ce pays a répondu que le Soudan avait été d’accord
avec Addis-Abéba pour emmener des milliers de Falachas (Juifs noirs)
en Israël. C’est totalement vrai, c’était du temps où
l’Erythrée n’était pas indépendante avant le coup
d’Etat soudanais, et cela n’a pas été fait gratuitement.
Les Falachas prirent l’avion au Soudan.
Béchir accusa aussi le M/ALPS, Israël et un pays proche
non mentionné : il s’agit à l’évidence de la Lybie
non citée par solidarité arabe ; certaines voix s’élevaient
contre le Tchad lui-même. Elle s’arrêtèrent quand Déby
menaça d’arrêter sa médiation. Pour Amnesty International,
le gouvernement ne peut s’en prendre qu’à lui-même. Il est
certain que les conflits qui durent ont une cause interne. Les gens du
Darfour appartenant à la diaspora dans le Golfe apporteraient
une aide importante au SLM et au MJE.
Paix : Les larmes de crocodile de Béchir
En décembre le MJE, rebelle, a refusé de se joindre aux
pourparlers de paix qui devaient reprendre le 14 décembre au Tchad
: il veut des pourparlers séparés et la présence d’observateurs
internationaux. L’autre rebelle, le MLS était peu optimiste sur
les pourparlers, les cessez-le-feu n’avaient pas été respectés.
Les tractations ne furent pas longues. Le SLM demandait un gouvernement
fédéral sous leur commandement pendant la période
transitoire, le commandement des forces militaires et 13% des revenus pétroliers.
Khartoum a jugé ces demandes inacceptables.
Béchir a versé quelques larmes de crocodile sur les malheureux
qui vivaient parfaitement heureux au Darfour et ont été déplacés
par les méchants rebelles, et déclaré que toutes les
ressources du pays seront dirigées vers la suppression de la rébellion.
Il a fait engager des procédures contre les rebelles d’après
les lois anti-terroristes. L’un d’eux a déjà été
condamné à mort. Depuis le SLM a indiqué vouloir reprendre
les négociations avec Khartoum sous trois conditions : l’autorisation
d’accès aux agences humanitaires en zone rebelle, des investigations
sur les abus des droits de l’homme et sur les allégations que les
civils avaient été visés dans le conflit.
Un commentaire de l’International Crisis Group (ICG) allait alimenter
de nombreuses discussions. Pour l’ICG, le conflit croissant au Darfour
pourrait miner le processus de paix Nord/Sud ; la fin de la guerre du Sud
pourrait servir de catalyseur pour un nouveau chapitre sanglant au Darfour.
Il conviendrait donc d’élargir au Darfour les négociations
avec le M/ALPS. Le Président Béchir s’en émut et déclara
que les « escarmouches » au Darfour n’auraient aucune influence
sur les négociations Nord/Sud. L’accord du SLM avec le Congrès
Béja de l’Est ne faisait qu’enfoncer le clou malgré la faiblesse
de ce dernier.
Pour un membre du Département d’Etat qui se veut anonyme, «
la vérité est que ce qui est dans l’accord [Nord/Sud] pourrait
aisément être transféré au problème de
l’Ouest ». A quoi le Ministre des affaires Etrangères répondit
qu’il n’en était pas question.
Les Etats-Unis et l’Angleterre sont en compétition avec la France
et l’Allemagne pour essayer de ramener la paix au Darfour ; le tchadien
Déby jouant le même rôle que le Kenya dans le conflit
du Sud. De Villepin doit se rendre en février à N’Djamena
et Khartoum. Il s’agirait d’imposer un partage du pouvoir et des richesses
un peu comme au Sud.
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