Numéro 122 - janvier - février 2004

 

Droits de l’Homme
 

L’état d’urgence qui existe depuis 1999, a été renouvelé. La requête que Béchir en fit au parlement arguait que la paix avec le Sud n’était pas encore signée et que le Darfour le confrontait à une nouvelle rébellion. Sur 336 députés, 213 votèrent pour le renouvellement 2 contre, trois s’abstinrent. Apparemment 118 députés étaient absents lors de cette importante décision. L’état d’urgence donne à Béchir et aux forces de sécurité des pouvoirs illimités pour arrêter des gens, les détenir indéfiniment, fermer les journaux et dissoudre le parlement. Une figure de l’opposition qui a requis l’anonymat a déclaré que ce renouvellement indiquait que le gouvernement se préparait à effectuer plus d’arrestations et de détentions parmi l’opposition, particulièrement au Darfour. Toutefois, Béchir aurait envoyé une lettre au parlement affirmant que l’état d’urgence serait suspendu si la paix intervenait dans le Sud. 

Le Soudan cherche à faire relâcher ses nationaux prisonniers  
- à Guantanamo : les autorités américaines auraient promis que des officiels soudanais pourraient les rencontrer ;
- en Irak : les autorités américaines auraient promis de libérer « certains d’entre eux » (AFP 28 01).

John Garang a décidé de relâcher ses prisonniers de guerre et a pris contact avec la Croix-Rouge pour ce faire (BBC 9/10 01). Apparemment le gouvernement n’a pas fait de prisonniers de guerre.

A l’étranger, le Liban a expulsé 157 prisonniers soudanais après qu’ils aient fini leur temps. Ils étaient accusés d’entrée illégale dans le territoire et de vols. Leur retour par avion a été réglé par Télé Lumière, une station de télévision chrétienne (AP 30 12).
Les demandeurs d’asile et les réfugiés politiques font en Egypte l’objet d’un racisme de plus en plus violent (IPS 30 12).

NORD
Presse Après l’annonce en août par le Président Béchir du rétablissement de la liberté de presse, le quotidien Al Ayam a été suspendu en novembre pour avoir « mis en danger la sécurité du Soudan » ;  depuis le directeur de la publication, 85 ans, a été arrêté pour n’avoir pas payé ses taxes puis relâché après avoir payé 40 000 dollars de caution. Le journal de langue anglaise Khartoum Monitor a été suspendu pour ne pas « servir la cause nationale des citoyens » : en fait il critique la situation au Sud Soudan. « Des investigations seront faites aussitôt que possible ». Trente-sept journalistes représentant 17 journaux politiques ont organisé un sit in au siège des deux journaux en signe de protestation. La suspension des journaux a provoqué les critiques de l’ambassade des Etats-Unis qui a déclaré que les droits de l’homme étaient la première priorité [avant la paix !] concernant l’amélioration des relations des deux pays. Le Soudan a répondu que ces suspensions n’avaient pas pour objet de réduire au silence « l’autre opinion » mais correspondaient à des lois et réglementations en vigueur (AP 29 11, DPA 15, 16 et 17 12, BBC 16 01). Après que des intellectuels aient plaidé en son nom, Al Ayam sera autorisé à reparaître après l’Eid el Adha (AP 25 01).
Le bureau à Khartoum de la chaîne de télévision Al Jezira a été fermé, son équipement confisqué (un transmetteur et trois caméras, il n’est pas de petits profits) et son directeur, Islam Salih, arrêté, la Sécurité prétendant qu’il utilisait des informations fausses et que son analyse était biaisée, citant comme exemple la tuberculose, les victimes des mines anti-personnel et les évènements au Darfour [Ce dernier point semble le principal]. La chaîne rappelle que son principe est « l’opinion et la contre-opinion ». L’équipement a été confisqué sous prétexte qu’il n’aurait pas satisfait aux demandes de la douane, mais Islam Salih affirme avoir été emmené à la douane où le directeur aurait témoigné que les documents d’importation étaient en ordre. Le 23 12, la famille d’Islam Salih ne savait toujours pas où il était détenu et n’avait pas de droit de visite. Le Comité Arabe des Droits de l’homme a qualifié l’affaire de « mesure arbitraire ». Le 24 12 Islam Salih était relâché mais poursuivi pour avoir « terni la réputation de l’Etat et propagé de fausses nouvelles ». Et le 01 01, la Sécurité demandait au gouvernement de retirer sa licence à Al Jezira. Finalement Islam Salih sera probablement jugé sur trois chefs d’accusation, avoir terni le « système » (probablement le régime), avoir rapporté de fausses informations, et avoir fait de l’obstruction à un officiel (AFP 17 12, 19 12 24 12, AP 19 12, Al Jezira TV 17 12, 19 12, 23 12, QNA 01 01, BBC 14 01). On peut se demander si la Sécurité n’a pas fait un pas de clerc. Quelques médisances étaient peut-être préférables à la fureur d’Al Jezira  contre le Soudan. 

Divers  Une jeune fille sudiste de 16 ans, Intisar Bakri Abdelgader, a été condamnée à 100 coups de fouet pour avoir donné naissance à un petit garçon hors des liens du mariage. L’application de la peine a été repoussée au 23 janvier pour raisons de santé, puis sous pressions internationales, suspendue. Il reste à ce qu’elle soit commuée. L’avocat d’Intisar a déclaré qu’elle était chrétienne et ne pouvait être soumise à la charia (ce qui est faux, tous ceux qui vivent au Nord-Soudan y sont soumis). De plus, si sa mère est chrétienne, son père est musulman et d’après la charia, tout les enfants d’un musulman le sont. Des témoins ont affirmé que cette règle particulière n’était pas appliquée au Sud-Soudan. Intisar dit que sa mère a vainement tenté de pousser le père de l’enfant au mariage ; il a déclaré à la cour qu’il ne l’avait jamais vue et ne pouvait donc avoir couché avec elle. L’avocat envisage de demander l’examen de son ADN (AFP 22 12, diplomatic correspondant, Scotland 18 01, AI 22 01).

- Selon Compass Direct news services, à la veille de Noël 15 000 familles ont été chassées du camp de Wad al Bashir à l’ouest d’Omdurman où 10 barraques à usage d’églises, écoles techniques, centres de santé ont été détruites. On ne compte pas les boutiques et les latrines qui l’ont été également, tout ceci sans la moindre indemnisation. Les personnes renvoyées le sont dans un lieu désert, dépourvu d’eau et sans aucun service (BP 02 01).

- Un célèbre membre du parti communiste soudanais, Mme Fatima Ahmed Ibrahim est retournée au Soudan qu’elle avait quitté volontairement lors du coup d’Etat qui porta Béchir au pouvoir. Elle a exprimé l’espoir d’unir les activités féminines au sein de l’Union des Femmes Soudanaises qu’elle avait fondé.

- Des heurts violents ont opposé les étudiants du parti au pouvoir à ceux du parti de Tourabi, dont huit ont été blessés, à l’université d’Omdurman lors des élections qui ont été annulées (BBC 10 01).

 - L’avocat Ghazzi Suleiman, un membre de l’opposition, a été autorisé à rendre visite à 19 prisonniers politiques arrêtés en connection avec les évènements du Darfour, après quoi il a déclaré qu’ils étaient bien traités mais qu’ils n’avaient fait l’objet d’aucune enquête. Dans ces conditions, Ghazzi a demandé à la Sécurité qu’ils soient relâchés ou présentés à la justice immédiatement. Ces détenus comprennent des anciens ministres, des enseignants à l’université et des membres du Congrès National Populaire (Tourabi). Le CNP a dit en décembre que 25 de ses membres avaient été arrêtés (Reuter 13 01).

- Des agents de la sécurité sont entrés de force dans les locaux de deux clubs de la communauté érythréenne à Khartoum et ont arrêté 15 de leurs employés (Web Shabait et BBC 15 01). La sécurité aurait obtenu une « information authentique » sur « l’espionnage » qui y était pratiqué (AFP 19 01).

SUD
Situation sanitaire dans le Sud. Selon l’OMS, le Sud-Soudan a la plus forte concentration au monde de maladies négligées. Le mélange de régions semi-désertiques et de marécages facilite les vecteurs des maladies tropicales. Citons la toute nouvelle maladie mortelle inexpliquée (lire VS sept oct) dont le premier symptôme est que le patient lance la tête en avant et en arrière. Puis celle du ver de guinée due à un parasite microscopique présent dans les eaux stagnantes qui peut mesurer plus d’un mètre quand il est ingéré par des êtres humains ; après un an de souffrance atroce, il émerge de la peau où on l’enroule petit à petit autour d’une brindille. La maladie du sommeil cause des dommages irréparables et souvent la mort. Une véritable épidémie de kala-azar s’étend dans le Haut-Nil Est ; ainsi dans la petite ville de Bimbim, MSF a dû accueillir 150 malades et en accueille 20 de plus par jour. La plupart ont perdu au moins un membre de leur famille de la maladie ; le kala-azar intestinal est propagé par la mouche des sables, c’est une maladie mortelle qui se répand beaucoup parce que la population, mal nourrie a très peu de résistance. Enfin la malaria, la tuberculose et la lèpre sévissent. La guerre civile a empêché les scientifiques de se faire une idée claire des pourcentages de sida  (IRIN 22 12, International Herald Tribune 18 12).
 

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