| L’état d’urgence qui existe depuis 1999, a été
renouvelé. La requête que Béchir en fit au parlement
arguait que la paix avec le Sud n’était pas encore signée
et que le Darfour le confrontait à une nouvelle rébellion.
Sur 336 députés, 213 votèrent pour le renouvellement
2 contre, trois s’abstinrent. Apparemment 118 députés étaient
absents lors de cette importante décision. L’état d’urgence
donne à Béchir et aux forces de sécurité des
pouvoirs illimités pour arrêter des gens, les détenir
indéfiniment, fermer les journaux et dissoudre le parlement.
Une figure de l’opposition qui a requis l’anonymat a déclaré
que ce renouvellement indiquait que le gouvernement se préparait
à effectuer plus d’arrestations et de détentions parmi l’opposition,
particulièrement au Darfour. Toutefois, Béchir aurait envoyé
une lettre au parlement affirmant que l’état d’urgence serait suspendu
si la paix intervenait dans le Sud.
Le Soudan cherche à faire relâcher ses nationaux prisonniers
- à Guantanamo : les autorités américaines auraient
promis que des officiels soudanais pourraient les rencontrer ;
- en Irak : les autorités américaines auraient promis
de libérer « certains d’entre eux » (AFP 28 01).
John Garang a décidé de relâcher ses prisonniers
de guerre et a pris contact avec la Croix-Rouge pour ce faire (BBC 9/10
01). Apparemment le gouvernement n’a pas fait de prisonniers de guerre.
A l’étranger, le Liban a expulsé 157 prisonniers
soudanais après qu’ils aient fini leur temps. Ils étaient
accusés d’entrée illégale dans le territoire et de
vols. Leur retour par avion a été réglé par
Télé Lumière, une station de télévision
chrétienne (AP 30 12).
Les demandeurs d’asile et les réfugiés politiques font
en Egypte l’objet d’un racisme de plus en plus violent (IPS 30 12).
NORD
Presse Après l’annonce en août par le Président
Béchir du rétablissement de la liberté de presse,
le quotidien Al Ayam a été suspendu en novembre pour avoir
« mis en danger la sécurité du Soudan » ;
depuis le directeur de la publication, 85 ans, a été arrêté
pour n’avoir pas payé ses taxes puis relâché après
avoir payé 40 000 dollars de caution. Le journal de langue anglaise
Khartoum Monitor a été suspendu pour ne pas « servir
la cause nationale des citoyens » : en fait il critique la situation
au Sud Soudan. « Des investigations seront faites aussitôt
que possible ». Trente-sept journalistes représentant 17 journaux
politiques ont organisé un sit in au siège des deux journaux
en signe de protestation. La suspension des journaux a provoqué
les critiques de l’ambassade des Etats-Unis qui a déclaré
que les droits de l’homme étaient la première priorité
[avant la paix !] concernant l’amélioration des relations des deux
pays. Le Soudan a répondu que ces suspensions n’avaient pas
pour objet de réduire au silence « l’autre opinion »
mais correspondaient à des lois et réglementations en vigueur
(AP 29 11, DPA 15, 16 et 17 12, BBC 16 01). Après que des intellectuels
aient plaidé en son nom, Al Ayam sera autorisé à reparaître
après l’Eid el Adha (AP 25 01).
Le bureau à Khartoum de la chaîne de télévision
Al Jezira a été fermé, son équipement confisqué
(un transmetteur et trois caméras, il n’est pas de petits profits)
et son directeur, Islam Salih, arrêté, la Sécurité
prétendant qu’il utilisait des informations fausses et que son analyse
était biaisée, citant comme exemple la tuberculose, les victimes
des mines anti-personnel et les évènements au Darfour [Ce
dernier point semble le principal]. La chaîne rappelle que son principe
est « l’opinion et la contre-opinion ». L’équipement
a été confisqué sous prétexte qu’il n’aurait
pas satisfait aux demandes de la douane, mais Islam Salih affirme avoir
été emmené à la douane où le directeur
aurait témoigné que les documents d’importation étaient
en ordre. Le 23 12, la famille d’Islam Salih ne savait toujours pas où
il était détenu et n’avait pas de droit de visite. Le Comité
Arabe des Droits de l’homme a qualifié l’affaire de « mesure
arbitraire ». Le 24 12 Islam Salih était relâché
mais poursuivi pour avoir « terni la réputation de l’Etat
et propagé de fausses nouvelles ». Et le 01 01, la Sécurité
demandait au gouvernement de retirer sa licence à Al Jezira. Finalement
Islam Salih sera probablement jugé sur trois chefs d’accusation,
avoir terni le « système » (probablement le régime),
avoir rapporté de fausses informations, et avoir fait de l’obstruction
à un officiel (AFP 17 12, 19 12 24 12, AP 19 12, Al Jezira TV 17
12, 19 12, 23 12, QNA 01 01, BBC 14 01). On peut se demander si la Sécurité
n’a pas fait un pas de clerc. Quelques médisances étaient
peut-être préférables à la fureur d’Al Jezira
contre le Soudan.
Divers Une jeune fille sudiste de 16 ans, Intisar Bakri
Abdelgader, a été condamnée à 100 coups de
fouet pour avoir donné naissance à un petit garçon
hors des liens du mariage. L’application de la peine a été
repoussée au 23 janvier pour raisons de santé, puis sous
pressions internationales, suspendue. Il reste à ce qu’elle soit
commuée. L’avocat d’Intisar a déclaré qu’elle était
chrétienne et ne pouvait être soumise à la charia (ce
qui est faux, tous ceux qui vivent au Nord-Soudan y sont soumis). De plus,
si sa mère est chrétienne, son père est musulman et
d’après la charia, tout les enfants d’un musulman le sont. Des témoins
ont affirmé que cette règle particulière n’était
pas appliquée au Sud-Soudan. Intisar dit que sa mère a vainement
tenté de pousser le père de l’enfant au mariage ; il a déclaré
à la cour qu’il ne l’avait jamais vue et ne pouvait donc avoir couché
avec elle. L’avocat envisage de demander l’examen de son ADN (AFP 22 12,
diplomatic correspondant, Scotland 18 01, AI 22 01).
- Selon Compass Direct news services, à la veille de Noël
15 000 familles ont été chassées du camp de Wad
al Bashir à l’ouest d’Omdurman où 10 barraques à
usage d’églises, écoles techniques, centres de santé
ont été détruites. On ne compte pas les boutiques
et les latrines qui l’ont été également, tout ceci
sans la moindre indemnisation. Les personnes renvoyées le sont
dans un lieu désert, dépourvu d’eau et sans aucun service
(BP 02 01).
- Un célèbre membre du parti communiste soudanais, Mme
Fatima Ahmed Ibrahim est retournée au Soudan qu’elle avait quitté
volontairement lors du coup d’Etat qui porta Béchir au pouvoir.
Elle a exprimé l’espoir d’unir les activités féminines
au sein de l’Union des Femmes Soudanaises qu’elle avait fondé.
- Des heurts violents ont opposé les étudiants
du parti au pouvoir à ceux du parti de Tourabi, dont huit ont été
blessés, à l’université d’Omdurman lors des élections
qui ont été annulées (BBC 10 01).
- L’avocat Ghazzi Suleiman, un membre de l’opposition, a été
autorisé à rendre visite à 19 prisonniers politiques
arrêtés en connection avec les évènements
du Darfour, après quoi il a déclaré qu’ils étaient
bien traités mais qu’ils n’avaient fait l’objet d’aucune enquête.
Dans ces conditions, Ghazzi a demandé à la Sécurité
qu’ils soient relâchés ou présentés à
la justice immédiatement. Ces détenus comprennent des anciens
ministres, des enseignants à l’université et des membres
du Congrès National Populaire (Tourabi). Le CNP a dit en décembre
que 25 de ses membres avaient été arrêtés (Reuter
13 01).
- Des agents de la sécurité sont entrés de force
dans les locaux de deux clubs de la communauté érythréenne
à Khartoum et ont arrêté 15 de leurs employés
(Web Shabait et BBC 15 01). La sécurité aurait obtenu une
« information authentique » sur « l’espionnage »
qui y était pratiqué (AFP 19 01).
SUD
Situation sanitaire dans le Sud. Selon l’OMS, le Sud-Soudan
a la plus forte concentration au monde de maladies négligées.
Le mélange de régions semi-désertiques et de marécages
facilite les vecteurs des maladies tropicales. Citons la toute nouvelle
maladie mortelle inexpliquée (lire VS sept oct) dont le premier
symptôme est que le patient lance la tête en avant et en arrière.
Puis celle du ver de guinée due à un parasite microscopique
présent dans les eaux stagnantes qui peut mesurer plus d’un mètre
quand il est ingéré par des êtres humains ; après
un an de souffrance atroce, il émerge de la peau où on l’enroule
petit à petit autour d’une brindille. La maladie du sommeil cause
des dommages irréparables et souvent la mort. Une véritable
épidémie de kala-azar s’étend dans le Haut-Nil Est
; ainsi dans la petite ville de Bimbim, MSF a dû accueillir 150 malades
et en accueille 20 de plus par jour. La plupart ont perdu au moins un membre
de leur famille de la maladie ; le kala-azar intestinal est propagé
par la mouche des sables, c’est une maladie mortelle qui se répand
beaucoup parce que la population, mal nourrie a très peu de résistance.
Enfin la malaria, la tuberculose et la lèpre sévissent. La
guerre civile a empêché les scientifiques de se faire une
idée claire des pourcentages de sida (IRIN 22 12, International
Herald Tribune 18 12).
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