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Numéro 122 - janvier - février
2004
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COMME PAR HASARD,
COMME PAR EXPRES
| Le monde tablait sur une paix proche au Soudan, que Bush voulait utiliser
dans son discours sur l’Etat de l’Union en janvier, et voilà que
comme par hasard, comme par exprès, le premier vice-président
Taha qui négociait avec le chef de l’Armée de Libération
(ALPS) Garang, laissant là les pourparlers, partit brusquement en
pèlerinage à la Mecque avec sa délégation,
pèlerinage qui n’est obligatoire qu’une fois dans la vie. De là
à redouter que cette suspension ne corresponde à une rupture
des pourparlers, il y a un pas que certains n’hésitèrent
pas à franchir, d’autres pensaient que Khartoum voulait temporiser
jusqu’aux éventuelles élections irakiennes du printemps puis
aux élections américaines de novembre 2004 dans l’espoir
que Bush serait battu aux présidentielles, d’autres enfin que Taha
avait voulu se donner le temps de la réflexion. L’ordre vint-il
de Khartoum ? Un fait est certain, les Américains ne viendront pas
harceler Taha à la Mecque.
Outre son sort personnel si Garang devient premier vice-président, les méditations de Taha pourront porter sur les milices Nouer qui ont repris leurs combats fratricides dans le Haut-Nil Ouest, entre les tenants d’un rattachement à l’ALPS et ceux qui, dans le peu d’amitié qu’ils portent à Garang, préfèrent rester avec Khartoum. L’ALPS a aussi des problèmes en Equatoria. Qu’est-ce que Taha serait susceptible de tirer de cette situation ? Ses réflexions pourront porter éminemment sur le Darfour, qui est une blessure profonde pour les Soudanais : les difficultés avec le Sud sont connues depuis 1955, pas celles au Darfour. Les combats y sont de plus en plus violents (lire infra Darfour) et sauf pour l’Etat à prendre au sérieux les négociations, ils peuvent durer. On sent chez les Américains la crainte que la fin de la guerre du Sud ne serve de catalyseur pour un nouveau chapitre sanglant au Darfour et le désir d’élargir au Darfour les négociations avec le M/ALPS. Dans ses cauchemars, Taha imagine peut-être le Sud réclamant l’indépendance dans six ans et demi lors du référendum et attirant alors à lui par la guerre toutes les régions du Soudan défavorisées, le Darfour, mais aussi les régions Béja des collines de la Mer Rouge, et tutti quanti. Que peut-il faire pour contrer cette catastrophe ? Il semble avoir au moins deux fers au feu : repousser les pourparlers avec le Sud tant que la question du Darfour n’est pas réglée de préférence par la force, solution peu plausible, ou amener aux négociations du Sud un soit-disant délégué du Darfour en la personne de Diraij, un homme politique de l’opposition, Four exilé, que Taha a rencontré au Kenya, qu’il pourrait exhiber aux Américains et se proposerait de manœuvrer. Diraij aurait accepté. Pourtant Taha et Garang semblaient avoir préalablement bien travaillé. Malgré la déclaration de Béchir le 13 janvier contraire à toute transaction sur les trois zones disputées entre le Nord et le Sud, puisque l’IGAD, médiateur n’a aucune autorité pour s’en occuper, ils étaient parvenus à un accord sur deux d’entre elles, les Monts Nouba et le Nil Bleu Sud. Cela donne d’ailleurs à penser : Béchir a-t-il perdu tout autorité ? Déjà, en août, il avait proclamé la liberté de la presse ; les forces de sécurité eurent tôt fait de lui infliger un démenti cinglant. Quoi qu’il en soit, les deux régions bénéficieraient d’autonomie et d’une consultation populaire. Il n’a pas été dit sur quoi porterait la consultation : l’appartenance au Nord ou au Sud ? un autre point ? Le problème posé par la troisième région, Abyei est plus délicat car elle est censée être riche en pétrole. Des ministres soudanais en visite à Paris ont déclaré qu’Abyei dépendrait de la présidence de la République, donc aussi du vice-président et que Garang serait vice-président. Toutefois aucune autre source n’a confirmé ces dires. Et, faut-il le dire, rien de tout ceci n’est signé. Auparavant un grand pas avait été franchi avec la signature,
le 7 janvier, de l’accord sur le partage des richesses. Pendant les seules
six années de transition, les revenus pétroliers et non-pétroliers
seront partagés moitié-moitié. Il est à regretter
que des assurances d’utilisation des fonds pour le développement
n’aient pas été précisées. Probablement aucun
des deux négociateurs n’en voulait. Une Commission Nationale du
Pétrole avec des représentants des deux côtés
sera établie pour diriger le secteur pétrolier.
Tout ceci servira-t-il à quelque chose ? Les Etats-Unis souhaitaient que la paix soit signée chez eux ; ce fut refusé à juste titre. Si leur but essentiel n’était pas d’obtenir le vote aux présidentielles des deux cents à trois cent mille électeurs qui s’intéressent au Soudan, les Américains auraient d’autres soucis à se faire. Leur précipitation leur a fait préférer des pourparlers à deux, qui ne tiennent compte ni des oppositions du Nord, ni de celles du Sud. Leur désir de voir 10 000 casques bleus au Soudan ne semble pas rencontrer l’enthousiasme du gouvernement soudanais. Quand et si un accord de paix est signé, sera-t-il respecté ? Sera-t-il accompagné de démocratie comme Khartoum l’a promis au chef de l’Alliance Nationale Démocratique, El Mirghani ? Bételgeuse |