Numéro 120 - septembre- octobre 2003

 

DROITS DE L’HOMME
 

Qui Commande?
Béchir ou les Forces de Sécurité?
Dans un discours, le 11 août, le Président de la République Béchir s’est engagé :
. à supprimer la censure sur la presse, la mettant sous la responsabilité du Conseil National de la Presse (non des organes de Sécurité) «  chacun peut s’exprimer dans les journaux et même à la télévision gouvernementale »,
. à supprimer l’Etat d’urgence dès la paix,
. à supprimer l’interdiction de voyager pour les hommes politiques de l’opposition, 
. à envisager de relâcher les prisonniers politiques,  « Il n’est pas de détention éternelle ». Il a fait appel à Mohamed Ibrahim Nugud, chef du parti communiste  qui se cache depuis 13 ans de peur d’être arrêté. « Je ne sais pas où vous le cachez mais s’il réapparaît aujourd’hui, il ne sera pas arrêté et personne ne lui posera de questions ». Trente-deux détenus politiques ont été relâchés. Béchir a pu prendre cette décision pour élargir le soutien aux pourparlers de paix (Reuter 05 08) ou le soutien à sa raideur dans ces mêmes pourparlers. Le Comité des Droits de l’homme gouvernemental s’est enhardi jusqu’à demander la libération de Tourabi.
« à développer des propositions constructives qui puissent rapprocher les points de vue du gouvernement et du mouvement rebelle pour répondre aux points en suspens ».
Rien de tout cela n’a plu aux services de sécurité qui sont bien décidés à n’en pas tenir compte.

Béchir dit aussi sa satisfaction que tous les Soudanais aussi bien ceux qui soutiennent son gouvernement que ceux de l’opposition soient unis dans leur antagonisme au projet de paix du général Sumbeywo. Cette dernière déclaration était-elle le but de l’opération de charme? Elle semble inexacte. Les partis d’opposition ont au contraire demandé à Béchir de ne pas se retirer du processus pour des « intérêts partisans étroits » et d’accepter la déclaration de Khartoum où ces mêmes partis demandaient un statut laïque pour Khartoum, la fin du règne d’un seul parti, l’élargissement des prisonniers politiques  et l’établissement d’un gouvernement transitoire qui superviserait des élections générales.
Les déclarations de Béchir font suite à un appel aux partis de l’opposition de « se montrer » ; elles ont eu lieu en présence de membres de l’UMMA, du DUP, du PC, du Congrès Populaire, le parti de Tourabi et du Congrès National le parti au pouvoir (AFP 10 08).
L’essentiel serait l’abolition de la loi sur la sécurité nationale pour en finir avec le harcèlement, les arrestations et les détentions arbitraires.

 Jusqu’à présent, tout étranger voulant sortir de la région de Khartoum, ou de la région où il a son travail, devait demander un permis aux services de sécurité et/ou aux renseignements militaires. Le ministre des Affaires Etrangères a déclaré que ces permis seraient supprimés « pour permettre aux agences d’aide de se rendre plus facilement dans les régions atteintes par la sécheresse, les inondations et la guerre ». Les autorités avaient ajourné plusieurs visites diplomatiques dans les 3 régions contestées du Nord.

Qu’en est-il de ces promesses dans les faits? 
Le journal de langue anglaise Khartoum Monitor avait recommencé à paraître après une interdiction de deux mois et une amende de $416 pour un article sur l’alcool en islam. Dès le surlendemain, le journal, principalement dirigé par des Soudanais du Sud, vit par décision de la cour des crimes contre l’Etat, sa licence retirée et tant le journal que chacun des deux éditeurs eurent $208 d’amende. Ils ont fait appel. La décision de justice, fut causée par la publication en 2001 (sic) de l’interview d’un ancien ministre d’un Etat fédéré sur l’esclavage au Soudan où il disait qu’il y avait des marchés au Nord Bahr-el-Ghazal où des Dinkas étaient vendus comme du bétail par les Arabes. Or le gouvernement a dit et répété que l’esclavage n’existait pas au Soudan. Human Rights Watch a  demandé au gouvernement de rendre sa licence au Khartoum Monitor et d’enquêter sur les accusations de son rédacteur Nhial Bol, selon lesquelles un véhicule se serait jeté sur le sien dans le but de le tuer, cet attentat étant patronné par le gouvernement (Reuter/ DPA 12 07, Human Rights Watch 01 08). Depuis la cour d’Appel avait annulé le verdict et le Conseil National de la presse l’avait autorisé à travailler. Mais peu après le discours de Béchir, le procureur en charge des Crimes contre l’Etat, Mohammed Farid Hassan, a interdit la reparution du journal au titre de l’article 130 du code de procédure pénale «jusqu’à ce que l’enquête soit terminée ». (Reporters sans Frontières).
Mi-août, après le discours de Béchir, le quotidien Alwan était suspendu après que les forces de Sécurité l’aient accusé d’incitation à la sédition. Il s’agissait d’une interview de Tourabi. La suspension devait être maintenue jusqu’à la fin de l’enquête. « Un officiel judiciaire » ayant annulé cet ordre, le journal reparut 2 jours, puis le même procureur en charge des crimes contre l’Etat, Mohammed Farid Hassan qui avait ordonné la suspension, déclara que le journal serait fermé jusqu’à la fin de l’enquête par la Sécurité (AFP 03 09, Reporters sans Frontières 05 09, AP 15 09, AFP 26 09). L’ambassade des Etats-Unis critiqua le gouvernement de ne pas avoir supprimé les restrictions à la liberté de presse après s’être engagé à le faire (AP 15 09).
Quant à l’autorisation de voyager des étrangers, moins importante, elle fut repoussée d’un mois et les zones de combat en furent exclues.
Il est à penser que la Sécurité n’en fait qu’à sa tête, ce qui est extrêmement dangereux.

***

Les Etats-Unis: Southwick, un officiel du Département d’Etat a déclaré à Khartoum que le Soudan devait améliorer sa transformation démocratique et son respect des droits de l’homme pour que les Etats-Unis normalisent leurs relations avec lui (DPA 11 08). Le gouvernement a nié qu’il y ait des persécutions religieuses (AFP 11 08).
Le « Statut Protégé Temporaire » qui accordent aux ressortissants d’un pays d’habiter aux Etats-Unis a été étendu au Soudan « qui est en guerre » (AFP 03 09).

Le PAM  et le gouvernement débuteront début septembre un programme pour fournir de la nourriture dans les régions tenues par le gouvernement, notamment au Darfour, à Kassala, inondée, et à Bentiu en zone pétrolière. 

La Libye a « pardonné » à 263 prisonniers soudanais et en a rapatrié par avion, sans dire de quoi on leur avait pardonné. C’était à l’occasion du 34ème anniversaire de la révolution libyenne. La Libye sert de lieu de passage aux Soudanais qui veulent se rendre en Europe (AFP 01 09).

NORD
L’université de Juba (Juba est une ville du Sud, mais le siège de l’université est à Khartoum depuis 20 ans) a été fermée indéfiniment après une émeute. La police a arrêté 62 étudiants, 15 étaient « légèrement blessés ». Il s’agissait pour les étudiants appartenant à l’Alliance Nationale Démocratique (opposition) et les étudiants sudistes d’un problème d’élections au syndicat étudiant (AFP 02 08). Ces élections ont été suspendues depuis que la masse des étudiants vote contre le gouvernement.
Trois des étudiants détenus sont au secret dans un lieu inconnu aux mains de la Sécurité, ce sont Hamdi Sebit, Michael Kustober et Mohammed Ibrahim, on craint pour leur sécurité . La plupart des autres étudiants ont été libérés sous caution. Quant aux blessés, qui sont au moins 20, la police les avaient frappés avec des objets métalliques, ils ont été transférés à l’hôpital de Khartoum (Amnesty International 01 08).
Selon la police, 20 autres étudiants de l’université du Soudan ont été arrêtés après avoir mis le feu à l’université. Ils auraient demandé que leur diplôme soit surclassé  (AFP 03 08). Ils ont été relâchés après s’être engagés à se bien conduire (AP 05 08).
On en déduira qu’on est pardonné quand on met le feu, mais pas quand on fait de la politique.

L’Eglise Episcopalienne, la seconde Eglise chrétienne du Soudan après l’Eglise Catholique avec 2 millions et demi de fidèles, s’est plainte que la Sécurité détienne un de ces prêtres,  directeur d’une école de l’Eglise à Khartoum, a dit redouter que « ses droits de l’homme » soient violés [ qu’il soit torturé] et a fait appel au gouvernement pour assurer que le personnel et les propriétés de l’Eglise soient protégés et respectés(DPA 14 09).

Environ 90% de la population féminine du Nord Soudan subit des mutilations génitales. Le gouvernement a pris la décision d’interdire la pratique en général et en particulier au corps médical d’y procéder. Il reconnaît qu’il lui faudrait l’appui des autorités religieuses, du corps médical, et des média pour obtenir un résultat. Une fatwa l’an dernier avait dit qu’il n’y avait aucun lien entre cette pratique et l’islam, mais elle fut sans effet (AFP 24.08 et IRIN O3 09).
Ces mutilations revêtent plusieurs formes, l’enlèvement plus ou moins important du clitoris, ce qui est une excision simple, ou l’infibulation, à ce même enlèvement s’ajoute  la couture des grosses lèvres, ne laissant qu’une petite ouverture pour les humeurs et rendant la défloration extrêmement pénible. A la campagne, cette couture se fait avec des épines. La mutilation est généralement pratiquée sur les petites filles de 7 à 11 ans et peut provoquer des saignements internes, une rétention d’urine et des infections conduisant à la stérilité. Ces pratiques sont censées protéger « l’honneur » des pères ce qui est faux : l’infibulation permet au contraire d’avoir des amants avant son mariage : l’essentiel alors étant de trouver une sage-femme discrète pour tout recoudre trois semaines avant la consommation du mariage.

La Mission de Commission de Surveillance/ Mission de Commission Militaire surveillant le cessez-le feu aux Monts Nouba a suspendu ses patrouilles et inspections aériennes dans la zone de Julud, à la suite de tensions montantes entre les deux parties et se contentera d’un bureau de liaison avec l’ALPS. [C’est plutôt surprenant, on s’attendrait à ce qu’une Commission de Surveillance intensifie ses activités quand la tension s’accroît]. Les tensions ont monté quand l’ALPS a arrêté 8 personnes entrées aux Monts Nouba sans le lui signaler : il s’agit, selon la presse de Khartoum de travailleurs humanitaires islamistes qui ont été relâchés (dpa 22 08).

Une partie du comté d’Abyei, sis dans le Nord mais où la population est Dinka (sudiste), est contrôlée par l’ALPS. L’ONG irlandaise Goal s’y est rendue. Il n’y a pas de services de santé pour 32000 personnes. Les leaders des communautés avaient établi il y a trois ans des « postes de santé d’urgence », mais comme il n’y avait ni médicaments ni argent pour payer les salaires, [faute d’ONG étrangères vraisemblablement], ces postes n’ont pas duré. Environ 60% des gens s’adressent aux médecins traditionnels, les maîtres de la lance, qui pratiquent la sorcellerie. Les autres vont à l’hôpital d’ Abyei, ville tenue par le gouvernement, ou se rendent dans les centres de santé du comté Twic. Les malades doivent être souvent portés sur des brancards sur de longues distances. Le paludisme, les maladies diarrhéiques, les infections respiratoires, la malnutrition  et la rougeole sont les principales causes de mortalité. Deux-tiers des gens n’ont pas de couverture et dorment près de feux. Ils s’exposent ainsi aux moustiques et par conséquent au paludisme quand le feu s’éteint pendant la nuit- la fumée chasse les moustiques. En dépit d’une bonne récolte de sorgho, près d’un quart des enfants examinés souffrent de malnutrition due au manque de protéines quand s’achève l’allaitement au sein. Il n’y a pas d’immunisation contre la poliomyélite. Lors de la dernière poussée de la maladie, les seuls enfants à avoir survécu  dans un camp, 8 sur 116, revenaient du Nord-Soudan où l’UNICEF avait fait une campagne de vaccinations. Malgré le cessez-le feu, des milliers de Dinka sont toujours déplacés, 70 000 sont dans des camps en zone gouvernementale et 50 000 dispersés dans le Bahr-el-Ghazal. Une ONG locale estime que 1300 maisonnées sont retournées cette année, on attend 750 personnes dans les semaines à venir. Une conférence régionale  groupant plus de 700 participants à Agok dans le comté d’Abyei début juin, avait exprimé son indignation pour les conditions sous-humaines dans lesquelles vivent les personnes déplacées du comté  (IRIN 10 07).
Le statut d’Abyei est un des problèmes des négociations de paix. Le M/ALPS insiste sur le droit d’Abyei à tenir un référendum avant le référendum du Sud pour dire s’ils veulent appartenir au Sud ou au Nord, tandis que le gouvernement maintient qu’Abyei est une question locale sur laquelle le M/ALPS n’a pas à négocier.

L’alcool à Khartoum n’est plus totalement interdit depuis un certain temps.
- Aux réceptions des ambassades non arabes on en offre au buffet, et non plus comme à une certaine époque à un petit buffet masqué, séparé. L’alcool est reçu par la valise diplomatique.
- On en offre aussi dans d’autres réceptions élégantes, le whisky venant apparemment des ambassades.
- On trouve de la bière à l’hôtel coréen, mais pas dans les autres hôtels et restaurants.
- Les Sudistes ont le droit de brasser de la bière pour les enterrements.
- Des policiers se rendent dans des endroits où ils savent que les femmes font de l’alcool, le plus souvent quand ils ont besoin d’argent. Soit la contrevenante paie un bakchich, soit elle est flagellée et mise en prison.

ON LIRA AUSSI L’ARTICLE DARFOUR

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SUD

Pétrole et droits de l’homme

La plate-forme autrichienne d’ECOS

Philipp-Stephan Schneider
La plate-forme autrichienne d’ECOS [groupe de 80 associations européennes dont VS fait partie] souligne qu’après la vente de sa participation à l’industrie pétrolière au Soudan, OMV a déclaré «  nous avons eu un bon prix », environ $ 70 millions. Or OMV a toujours déclaré agir avec un code de conduite  tenant compte de « sa responsabilité sociale ». La Plate-forme autrichienne demande à OMV de dépenser une partie du profit ($ 17 millions?) pour indemniser les Soudanais déplacés. Cela pourrait être fait soit en donnant un fonds spécial au PAM, soit  en aidant les déplacés de la guerre juste après l’accord de paix. Les organisations membres d’ECOS-Autriche  croient fermement qu’il ne suffit pas qu’OMV ait annoncé avoir donné une aide humanitaire pendant son temps d’exploitation. Tant que ces projets ne correspondent pas aux standards autrichiens de la coopération et n’ont pas été vérifiés par un organisme indépendant, on peut au moins douter qu’ils aient réellement bénéficié aux personnes déplacées. Selon la plate-forme, « chercher du pétrole par tous les moyens en temps de guerre civile et s’en aller maintenant que la paix approche ne correspond pas à la tentative d’OMV de se positionner comme une société agissant avec responsabilité sociale ».

Le Haut-Nil Est  

Eric Reeves*
De nouveaux développements inquiétants dans le Haut-Nil Est continuent à suggérer que les impératifs militaires du développement pétrolier ont déjà produit des mouvements nouveaux et potentiellement  très destructifs. La société pétrolière Petrodar qui est surtout chinoise, est basée à Adar Yel, Haut-Nil Est, site de la garnison la plus puissante et la plus active dans cette partie du Sud-Soudan.  Les rapports continuent à être sommaires, mais une image puissante émerge quand on considère les facteurs géographiques qui gouvernent le futur développement pétrolier. Bien qu’il n’y ait qu’une présence humanitaire relativement faible  dans le Haut-Nil Est, les rapports continuent à suinter de toute une série de sources, par des personnes qui ont récemment voyagé dans la région et par des communications directes avec ses habitants.
Le contexte géographique est des plus importants, en voici un résumé :
1. Le champ pétrolifère d’Adar Yel comprend le Block 3 de la concession ; il est dominé par Pétrodar
2. Adar Yel se situe à 60 miles au nord/nord/est de Longochok et à 30 miles ouest/sud/ouest de Mabaan, deux régions qui ont vu des combats récents significatifs.
3. Adar Yel est la base militaire de Khartoum la plus importante, d’où ont été lancées  les offensives militaires majeures au cours des dernières années.
4. Des routes élevées sont essentielles pour les opérations pétrolières. Une de ces routes va de Adar Yel par Golgook (la principale base des milices pro-Khartoum dans le Haut-Nil Est) jusqu’à Longochok, maintenant sous contrôle militaire de Khartoum. Une autre va de Adar Yel dans les régions de Mabaan et Boin, c’est là qu’un massacre de civils a été rapporté en avril 2002. Une troisième route va à Mélut et sert à transporter les 10 000 barils/ jour produits. A Mélut le pétrole est chargé sur des barges du Nil jusqu’à Khartoum, envoyé à Port Soudan   d’où il sera exporté. Ce pétrole ne peut être raffiné au Soudan.
5. Ayant atteint Longochok, où ils ont creusé 3 puits en février avril 2003 dont l’un est productif, les Chinois voudront vraisemblablement étendre leur route de 45 miles plus au sud par Mading pour atteindre Gueng où Chevron avait creusé des puits avec succès en 1984. Or Mading a été repris par l ’ALPS sur une milice pro-gouvernementale en juin. Le recouvrer causera des destructions et des déplacements de civils.
6. Des rapports arrivent de Daga Post à 40 miles à l’est de Longochok, fort proche de la frontière éthiopienne et sous contrôle ALPS, selon lesquels un flot continu de personnes déplacées arrivent de Mading, Longochok et de beaucoup de villages le long de la route en projet vers Gueng. Si les villageois s’enfuient de Mading, cela laisse à penser que soit les forces gouvernementales ont repris cette ville soit qu’elles s’apprêtent à le faire. Les civils fuyant avant d’être attaqués. Le contrôle ALPS empêche la construction de la route et l’exploitation des anciens puits Chevron. Il s’agit donc certainement d’une cible militaire de première importance.
Un autre rapport indique que la milice pro-gouvernementale du commandant Chaiyot, opérant maintenant à l’extérieur de Longochok a attaqué Udeir à 25 miles au nord-est. Cette attaque aurait été apparemment repoussée par l’ALPS, mais elle implique que Khartoum aurait armé ces forces et leur aurait fourni un soutien logistique suffisant pour attaquer si loin de leurs bases. 

La situation a été insuffisamment étudiée. Elle appelle à une action énergique du Civilian Protection Monitoring Team et du Verification and Monitoring Team. Il est malheureux qu’aucune de ces équipes ne puisse effectuer de telles enquêtes. Le Civilian Protection Monitoring Team n’a fourni que deux rapports sur le Haut Nil Est, pleins d’omissions, d’erreurs et d’absence d’enquête ; le premier ne mentionnait pas du tout la recherche pétrolière, le second représentait Pétrodar comme une société bienveillante, une source sûre de renseignements. Or à propos du Haut-Nil Ouest, Amnesty International avait écrit que «  les travailleurs chinois étaient armés et semblaient prêts à utiliser leurs armes ». Le Civilian Team s’excusait par contre d’avoir fait appel une fois à un interprète ALPS sans dire qui étaient ses interprètes habituels. Cette équipe a au moins un champion enthousiaste, l’ambassade du Soudan à Washington qui a fait des communiqués de presse célébrant ses recherches.
Le Verification and Monitoring Team n’est pas déployé de façon significative, il a vu des changements non expliqués dans sa direction, subirait des dissensions internes et n’a produit aucun rapport utile concernant les situations spécifiées dans son mandat. Comme les quatre dernières années l’ont montré dans le Haut-Nil Ouest, le pétrole et la guerre sont liés de manière inextricable. C’est la conclusion de tous les rapports qu’ils viennent d’ONG, d’organisations de Droits Civils ou de groupes de réflexion. Il n’est donc pas exagéré de penser que l’effondrement imminent du processus de paix et l’accélération du développement pétrolier chinois sont intimement liés.

* Eric Reeves est  professeur à Smith College, Etats-Unis, et se consacre au Soudan. Ce texte est antérieur aux dernières percées du processus de paix.

***

Selon l’UNICEF, les taux moyens de malnutrition ont  augmenté depuis 2001 dans le Bahr -el-Ghazal et le Haut-Nil, atteignant 20%. Ce pourcentage s’applique aux enfants de moins de 5 ans qui sont en-dessous de 80% du poids moyen. Tandis qu’il y a une réponse coordonnée à la situation  dans le Bahr el Ghazal, il n’y a pas de programme de nourriture dans beaucoup d’endroits du Haut-Nil.
C’est principalement dû à l’insécurité générale et à l’activité des milices en liaison avec le pétrole qui obligent les Nations-Unies à envoyer l’aide par avion ce qui est beaucoup trop cher compte-tenu des donations actuelles.
Maxime Clayton, d’Action Contre la faim qui s’est rendue maintes fois dans le Haut-Nil, insiste sur la nécessité de fournir non seulement de la nourriture mais aussi de l’eau propre et des soins de santé pour prévenir plus de malnutrition  (IRIN 02 09).

80% des cas d’infection par le ver de guinée dans le monde se trouvent au Sud-Soudan (AFP 19 09). A l’hôpital de Lui, Equatoria occidentale, le médecin de Samaritan’s Purse, une ONG chrétienne, a décelé une nouvelle maladie atteignant les enfants inconnue jusqu’alors en-dehors de ces lieux où environ 300 enfants en souffrent. C’est un désordre neurologique  dont le premier symptôme est que le patient lance la tête en avant et en arrrière. Les enfants n’ont pas d’appétit, s’arrêtent de grandir et leur cerveau cesse  de se développer, laissant les victimes mentalement retardées. Les autres familles les évitent. Ils peuvent tomber. La maladie finit par tuer.  Des experts sont venus dont ceux de l’OMS ; ils ne connaissent ni la maladie, ni son traitement. On a découvert que la maladie arrive quand les enfants sont nourris de haricots et d’amidon. Autre théorie : ils auraient mangé quelque chose de mauvais, soit une plante vénéneuse, soit de la nourriture d’aide en dépassement de date, soit de la viande de singe. La maladie pourrait aussi être associée à la cécité des rivières, fréquente à Lui (New-York Times 22 09).

Le secrétaire général de l’Union des Commerçants du Nord au Sud, Siddiq Mohammed Korak, est venu à Khartoum se plaindre des effets néfastes du processus de paix. « Des personnes affiliées au M/ALPS ont confisqué les magasins, fermes et maisons de quelques commerçants du Nord et les ont attribués à des Sudistes ». Ces personnes auraient tué quiconque n’obéissait pas à leurs ordres. Il refusa de donner des chiffres disant que les intéressés parleraient pour eux-mêmes.
De même source le nombre de gens du Nord au Sud est d’environ 1 million dont mille seraient commerçants... qui  ont de vastes investissements dans des plantations de thé et de café. [Le chiffre de 1 million nous paraît fabuleusement élevé. Au début de la guerre les gens du Nord quittèrent le Sud en nombre. Depuis, le gouvernement soudanais a donné des terres en bail emphytéotique particulièrement  au Nord Bahr el Ghazal, vraisemblablement à des gens du Nord. Qui sont leurs ouvriers agricoles? D’autre part, les Baggara, tribu nomade du Nord, pâturent de plus en plus le Nord Bahr el Ghazal, mais ils n’ont ni magasins, ni fermes, ni maisons. Plusieurs sources indiquent  que le nettoyage ethnique  en zone pétrolière fut accompagné de la venue de Baggara, mais là il s’agit de gens qui ne sont plus en zone ALPS. Nous ne serions pas surpris que quelques membres de l’ALPS aient confisqué des biens appartenant à des gens du Nord. Ce serait un prêté pour un rendu. D’autre part, des Sudistes  redoutent sûrement qu’au moment du référendum d’autodétermination il n’ y ait des gens du Nord au Sud qui votent, et essaient de les faire retourner au Nord. Ce qui nous surprend, connaissant la nature humaine et l’état de non-droit régnant au Sud,  c’est que les Sudistes en zone ALPS ne se soient pas appropriés les biens des gens du Nord auparavant].  Ces commerçants veulent récupérer leurs biens; ils ont fait appel à l’IGAD et à l’ambassade des Etats-Unis.

Les Etats-Unis  financent une nouvelle station d’ondes courtes destinée aux sud-Soudanais pour parer à leur méconnaissance du processus de paix. Elle fournira aussi des informations sur la nutrition, l’agriculture, les droits civiques et la culture. Les langues utilisées incluront le dinka, le bari, le nouer, le zandé, le shillouk, l’arabe, l’arabe de Juba et l’anglais. Cette station sera située à Nairobi jusqu’à ce que les conditions permettent de l’établir au Soudan. Par transmetteurs anglais, on peut écouter ces émissions en temps universel de 16h à 17h sur 17639 kHz et de 17h à 18h sur 17660 kHz (Radio Néerlandaise 11 08).

L’UNHCR avait transporté en 2002 des réfugiés soudanais en Ouganda à Kiryandongo sis plus au sud, après que leur camp au nord ait été attaqué par l’Armée de Résistance du Seigneur (ARS), laissant 100 tués. La police ougandaise vient de les retransporter de force plus au nord, malgré leur résistance due à la crainte de l’ARS qui enlève des jeunes pour servir de soldats, de porteurs ou de concubines. La police a tiré sur les réfugiés récalcitrants et interdit l’accès du camp à l’UNHCR alors que d’après les conventions internationales cette agence a un droit d’accès illimité aux camps. L’UNHCR a protesté. L’Ouganda a répondu que là où on avait emmené les réfugiés, il n’y avait pas de ARS. [Pour l’instant] ( AP 02 09). L’UNHCR a été autorisée à entrer dans le camp le 11 septembre ( US News Services).
 

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