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Numéro 120 - septembre- octobre
2003
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DROITS DE L’HOMME
| Qui Commande?
Béchir ou les Forces de Sécurité? Dans un discours, le 11 août, le Président de la République Béchir s’est engagé : . à supprimer la censure sur la presse, la mettant sous la responsabilité du Conseil National de la Presse (non des organes de Sécurité) « chacun peut s’exprimer dans les journaux et même à la télévision gouvernementale », . à supprimer l’Etat d’urgence dès la paix, . à supprimer l’interdiction de voyager pour les hommes politiques de l’opposition, . à envisager de relâcher les prisonniers politiques, « Il n’est pas de détention éternelle ». Il a fait appel à Mohamed Ibrahim Nugud, chef du parti communiste qui se cache depuis 13 ans de peur d’être arrêté. « Je ne sais pas où vous le cachez mais s’il réapparaît aujourd’hui, il ne sera pas arrêté et personne ne lui posera de questions ». Trente-deux détenus politiques ont été relâchés. Béchir a pu prendre cette décision pour élargir le soutien aux pourparlers de paix (Reuter 05 08) ou le soutien à sa raideur dans ces mêmes pourparlers. Le Comité des Droits de l’homme gouvernemental s’est enhardi jusqu’à demander la libération de Tourabi. « à développer des propositions constructives qui puissent rapprocher les points de vue du gouvernement et du mouvement rebelle pour répondre aux points en suspens ». Rien de tout cela n’a plu aux services de sécurité qui sont bien décidés à n’en pas tenir compte. Béchir dit aussi sa satisfaction que tous les Soudanais aussi
bien ceux qui soutiennent son gouvernement que ceux de l’opposition soient
unis dans leur antagonisme au projet de paix du général Sumbeywo.
Cette dernière déclaration était-elle le but de l’opération
de charme? Elle semble inexacte. Les partis d’opposition ont au contraire
demandé à Béchir de ne pas se retirer du processus
pour des « intérêts partisans étroits »
et d’accepter la déclaration de Khartoum où ces mêmes
partis demandaient un statut laïque pour Khartoum, la fin du règne
d’un seul parti, l’élargissement des prisonniers politiques
et l’établissement d’un gouvernement transitoire qui superviserait
des élections générales.
Jusqu’à présent, tout étranger voulant sortir de la région de Khartoum, ou de la région où il a son travail, devait demander un permis aux services de sécurité et/ou aux renseignements militaires. Le ministre des Affaires Etrangères a déclaré que ces permis seraient supprimés « pour permettre aux agences d’aide de se rendre plus facilement dans les régions atteintes par la sécheresse, les inondations et la guerre ». Les autorités avaient ajourné plusieurs visites diplomatiques dans les 3 régions contestées du Nord. Qu’en est-il de ces promesses dans les faits?
Les Etats-Unis: Southwick, un officiel du Département
d’Etat a déclaré à Khartoum que le Soudan devait améliorer
sa transformation démocratique et son respect des droits de l’homme
pour que les Etats-Unis normalisent leurs relations avec lui (DPA 11 08).
Le gouvernement a nié qu’il y ait des persécutions religieuses
(AFP 11 08).
Le PAM et le gouvernement débuteront début septembre un programme pour fournir de la nourriture dans les régions tenues par le gouvernement, notamment au Darfour, à Kassala, inondée, et à Bentiu en zone pétrolière. La Libye a « pardonné » à 263 prisonniers soudanais et en a rapatrié par avion, sans dire de quoi on leur avait pardonné. C’était à l’occasion du 34ème anniversaire de la révolution libyenne. La Libye sert de lieu de passage aux Soudanais qui veulent se rendre en Europe (AFP 01 09). NORD
L’Eglise Episcopalienne, la seconde Eglise chrétienne du Soudan après l’Eglise Catholique avec 2 millions et demi de fidèles, s’est plainte que la Sécurité détienne un de ces prêtres, directeur d’une école de l’Eglise à Khartoum, a dit redouter que « ses droits de l’homme » soient violés [ qu’il soit torturé] et a fait appel au gouvernement pour assurer que le personnel et les propriétés de l’Eglise soient protégés et respectés(DPA 14 09). Environ 90% de la population féminine du Nord Soudan subit
des mutilations génitales. Le gouvernement a pris la décision
d’interdire la pratique en général et en particulier
au corps médical d’y procéder. Il reconnaît qu’il lui
faudrait l’appui des autorités religieuses, du corps médical,
et des média pour obtenir un résultat. Une fatwa l’an dernier
avait dit qu’il n’y avait aucun lien entre cette pratique et l’islam, mais
elle fut sans effet (AFP 24.08 et IRIN O3 09).
La Mission de Commission de Surveillance/ Mission de Commission Militaire surveillant le cessez-le feu aux Monts Nouba a suspendu ses patrouilles et inspections aériennes dans la zone de Julud, à la suite de tensions montantes entre les deux parties et se contentera d’un bureau de liaison avec l’ALPS. [C’est plutôt surprenant, on s’attendrait à ce qu’une Commission de Surveillance intensifie ses activités quand la tension s’accroît]. Les tensions ont monté quand l’ALPS a arrêté 8 personnes entrées aux Monts Nouba sans le lui signaler : il s’agit, selon la presse de Khartoum de travailleurs humanitaires islamistes qui ont été relâchés (dpa 22 08). Une partie du comté d’Abyei, sis dans le Nord mais où
la population est Dinka (sudiste), est contrôlée par l’ALPS.
L’ONG irlandaise Goal s’y est rendue. Il n’y a pas de services de santé
pour 32000 personnes. Les leaders des communautés avaient établi
il y a trois ans des « postes de santé d’urgence »,
mais comme il n’y avait ni médicaments ni argent pour payer les
salaires, [faute d’ONG étrangères vraisemblablement], ces
postes n’ont pas duré. Environ 60% des gens s’adressent aux médecins
traditionnels, les maîtres de la lance, qui pratiquent la sorcellerie.
Les autres vont à l’hôpital d’ Abyei, ville tenue par le gouvernement,
ou se rendent dans les centres de santé du comté Twic. Les
malades doivent être souvent portés sur des brancards sur
de longues distances. Le paludisme, les maladies diarrhéiques, les
infections respiratoires, la malnutrition et la rougeole sont les
principales causes de mortalité. Deux-tiers des gens n’ont pas de
couverture et dorment près de feux. Ils s’exposent ainsi aux moustiques
et par conséquent au paludisme quand le feu s’éteint pendant
la nuit- la fumée chasse les moustiques. En dépit d’une bonne
récolte de sorgho, près d’un quart des enfants examinés
souffrent de malnutrition due au manque de protéines quand s’achève
l’allaitement au sein. Il n’y a pas d’immunisation contre la poliomyélite.
Lors de la dernière poussée de la maladie, les seuls enfants
à avoir survécu dans un camp, 8 sur 116, revenaient
du Nord-Soudan où l’UNICEF avait fait une campagne de vaccinations.
Malgré le cessez-le feu, des milliers de Dinka sont toujours déplacés,
70 000 sont dans des camps en zone gouvernementale et 50 000 dispersés
dans le Bahr-el-Ghazal. Une ONG locale estime que 1300 maisonnées
sont retournées cette année, on attend 750 personnes dans
les semaines à venir. Une conférence régionale
groupant plus de 700 participants à Agok dans le comté d’Abyei
début juin, avait exprimé son indignation pour les conditions
sous-humaines dans lesquelles vivent les personnes déplacées
du comté (IRIN 10 07).
L’alcool à Khartoum n’est plus totalement interdit depuis
un certain temps.
ON LIRA AUSSI L’ARTICLE DARFOUR Pétrole et droits de l’homme La plate-forme autrichienne d’ECOS Philipp-Stephan Schneider
La plate-forme autrichienne d’ECOS [groupe de 80 associations européennes
dont VS fait partie] souligne qu’après la vente de sa participation
à l’industrie pétrolière au Soudan, OMV a déclaré
« nous avons eu un bon prix », environ $ 70 millions.
Or OMV a toujours déclaré agir avec un code de conduite
tenant compte de « sa responsabilité sociale ». La Plate-forme
autrichienne demande à OMV de dépenser une partie du profit
($ 17 millions?) pour indemniser les Soudanais déplacés.
Cela pourrait être fait soit en donnant un fonds spécial au
PAM, soit en aidant les déplacés de la guerre juste
après l’accord de paix. Les organisations membres d’ECOS-Autriche
croient fermement qu’il ne suffit pas qu’OMV ait annoncé avoir donné
une aide humanitaire pendant son temps d’exploitation. Tant que ces projets
ne correspondent pas aux standards autrichiens de la coopération
et n’ont pas été vérifiés par un organisme
indépendant, on peut au moins douter qu’ils aient réellement
bénéficié aux personnes déplacées. Selon
la plate-forme, « chercher du pétrole par tous les moyens
en temps de guerre civile et s’en aller maintenant que la paix approche
ne correspond pas à la tentative d’OMV de se positionner comme une
société agissant avec responsabilité sociale ».
Le Haut-Nil Est Eric Reeves*
De nouveaux développements inquiétants dans le Haut-Nil Est
continuent à suggérer que les impératifs militaires
du développement pétrolier ont déjà produit
des mouvements nouveaux et potentiellement très destructifs.
La société pétrolière Petrodar qui est surtout
chinoise, est basée à Adar Yel, Haut-Nil Est, site de la
garnison la plus puissante et la plus active dans cette partie du Sud-Soudan.
Les rapports continuent à être sommaires, mais une image puissante
émerge quand on considère les facteurs géographiques
qui gouvernent le futur développement pétrolier. Bien qu’il
n’y ait qu’une présence humanitaire relativement faible dans
le Haut-Nil Est, les rapports continuent à suinter de toute une
série de sources, par des personnes qui ont récemment voyagé
dans la région et par des communications directes avec ses habitants.
Le contexte géographique est des plus importants, en voici un résumé : 1. Le champ pétrolifère d’Adar Yel comprend le Block 3 de la concession ; il est dominé par Pétrodar 2. Adar Yel se situe à 60 miles au nord/nord/est de Longochok et à 30 miles ouest/sud/ouest de Mabaan, deux régions qui ont vu des combats récents significatifs. 3. Adar Yel est la base militaire de Khartoum la plus importante, d’où ont été lancées les offensives militaires majeures au cours des dernières années. 4. Des routes élevées sont essentielles pour les opérations pétrolières. Une de ces routes va de Adar Yel par Golgook (la principale base des milices pro-Khartoum dans le Haut-Nil Est) jusqu’à Longochok, maintenant sous contrôle militaire de Khartoum. Une autre va de Adar Yel dans les régions de Mabaan et Boin, c’est là qu’un massacre de civils a été rapporté en avril 2002. Une troisième route va à Mélut et sert à transporter les 10 000 barils/ jour produits. A Mélut le pétrole est chargé sur des barges du Nil jusqu’à Khartoum, envoyé à Port Soudan d’où il sera exporté. Ce pétrole ne peut être raffiné au Soudan. 5. Ayant atteint Longochok, où ils ont creusé 3 puits en février avril 2003 dont l’un est productif, les Chinois voudront vraisemblablement étendre leur route de 45 miles plus au sud par Mading pour atteindre Gueng où Chevron avait creusé des puits avec succès en 1984. Or Mading a été repris par l ’ALPS sur une milice pro-gouvernementale en juin. Le recouvrer causera des destructions et des déplacements de civils. 6. Des rapports arrivent de Daga Post à 40 miles à l’est de Longochok, fort proche de la frontière éthiopienne et sous contrôle ALPS, selon lesquels un flot continu de personnes déplacées arrivent de Mading, Longochok et de beaucoup de villages le long de la route en projet vers Gueng. Si les villageois s’enfuient de Mading, cela laisse à penser que soit les forces gouvernementales ont repris cette ville soit qu’elles s’apprêtent à le faire. Les civils fuyant avant d’être attaqués. Le contrôle ALPS empêche la construction de la route et l’exploitation des anciens puits Chevron. Il s’agit donc certainement d’une cible militaire de première importance. Un autre rapport indique que la milice pro-gouvernementale du commandant Chaiyot, opérant maintenant à l’extérieur de Longochok a attaqué Udeir à 25 miles au nord-est. Cette attaque aurait été apparemment repoussée par l’ALPS, mais elle implique que Khartoum aurait armé ces forces et leur aurait fourni un soutien logistique suffisant pour attaquer si loin de leurs bases. La situation a été insuffisamment étudiée.
Elle appelle à une action énergique du Civilian Protection
Monitoring Team et du Verification and Monitoring Team. Il est malheureux
qu’aucune de ces équipes ne puisse effectuer de telles enquêtes.
Le Civilian Protection Monitoring Team n’a fourni que deux rapports sur
le Haut Nil Est, pleins d’omissions, d’erreurs et d’absence d’enquête
; le premier ne mentionnait pas du tout la recherche pétrolière,
le second représentait Pétrodar comme une société
bienveillante, une source sûre de renseignements. Or à propos
du Haut-Nil Ouest, Amnesty International avait écrit que «
les travailleurs chinois étaient armés et semblaient prêts
à utiliser leurs armes ». Le Civilian Team s’excusait par
contre d’avoir fait appel une fois à un interprète ALPS sans
dire qui étaient ses interprètes habituels. Cette équipe
a au moins un champion enthousiaste, l’ambassade du Soudan à Washington
qui a fait des communiqués de presse célébrant ses
recherches.
* Eric Reeves est professeur à Smith College, Etats-Unis, et se consacre au Soudan. Ce texte est antérieur aux dernières percées du processus de paix. Selon l’UNICEF, les taux moyens de malnutrition ont
augmenté depuis 2001 dans le Bahr -el-Ghazal et le Haut-Nil, atteignant
20%. Ce pourcentage s’applique aux enfants de moins de 5 ans qui sont en-dessous
de 80% du poids moyen. Tandis qu’il y a une réponse coordonnée
à la situation dans le Bahr el Ghazal, il n’y a pas de programme
de nourriture dans beaucoup d’endroits du Haut-Nil.
80% des cas d’infection par le ver de guinée dans le monde se trouvent au Sud-Soudan (AFP 19 09). A l’hôpital de Lui, Equatoria occidentale, le médecin de Samaritan’s Purse, une ONG chrétienne, a décelé une nouvelle maladie atteignant les enfants inconnue jusqu’alors en-dehors de ces lieux où environ 300 enfants en souffrent. C’est un désordre neurologique dont le premier symptôme est que le patient lance la tête en avant et en arrrière. Les enfants n’ont pas d’appétit, s’arrêtent de grandir et leur cerveau cesse de se développer, laissant les victimes mentalement retardées. Les autres familles les évitent. Ils peuvent tomber. La maladie finit par tuer. Des experts sont venus dont ceux de l’OMS ; ils ne connaissent ni la maladie, ni son traitement. On a découvert que la maladie arrive quand les enfants sont nourris de haricots et d’amidon. Autre théorie : ils auraient mangé quelque chose de mauvais, soit une plante vénéneuse, soit de la nourriture d’aide en dépassement de date, soit de la viande de singe. La maladie pourrait aussi être associée à la cécité des rivières, fréquente à Lui (New-York Times 22 09). Le secrétaire général de l’Union des Commerçants
du Nord au Sud, Siddiq Mohammed Korak, est venu à Khartoum se plaindre
des effets néfastes du processus de paix. « Des personnes
affiliées au M/ALPS ont confisqué les magasins, fermes et
maisons de quelques commerçants du Nord et les ont attribués
à des Sudistes ». Ces personnes auraient tué quiconque
n’obéissait pas à leurs ordres. Il refusa de donner des chiffres
disant que les intéressés parleraient pour eux-mêmes.
Les Etats-Unis financent une nouvelle station d’ondes courtes destinée aux sud-Soudanais pour parer à leur méconnaissance du processus de paix. Elle fournira aussi des informations sur la nutrition, l’agriculture, les droits civiques et la culture. Les langues utilisées incluront le dinka, le bari, le nouer, le zandé, le shillouk, l’arabe, l’arabe de Juba et l’anglais. Cette station sera située à Nairobi jusqu’à ce que les conditions permettent de l’établir au Soudan. Par transmetteurs anglais, on peut écouter ces émissions en temps universel de 16h à 17h sur 17639 kHz et de 17h à 18h sur 17660 kHz (Radio Néerlandaise 11 08). L’UNHCR avait transporté en 2002 des réfugiés
soudanais en Ouganda à Kiryandongo sis plus au sud, après
que leur camp au nord ait été attaqué par l’Armée
de Résistance du Seigneur (ARS), laissant 100 tués. La police
ougandaise vient de les retransporter de force plus au nord, malgré
leur résistance due à la crainte de l’ARS qui enlève
des jeunes pour servir de soldats, de porteurs ou de concubines. La police
a tiré sur les réfugiés récalcitrants et interdit
l’accès du camp à l’UNHCR alors que d’après les conventions
internationales cette agence a un droit d’accès illimité
aux camps. L’UNHCR a protesté. L’Ouganda a répondu que là
où on avait emmené les réfugiés, il n’y avait
pas de ARS. [Pour l’instant] ( AP 02 09). L’UNHCR a été autorisée
à entrer dans le camp le 11 septembre ( US News Services).
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