Numéro 119 - juillet - août 2003

Paix
LE PIRE N’EST PAS TOUJOURS CERTAIN
 

Le Soudan attend la paix. Les négociations continuent, le cessez-le-feu tient à peu près, les gens du Sud-Soudan ne sont pas bombardés et la communauté internationale s’intéresse toujours au processus. Tout cela semblerait pousser à un bel optimisme qui n’est pas partagé par la plupart des observateurs. Les pourparlers de mai n’ont apporté aucune avancée.
Le médiateur principal de l’IGAD, le général kenyan Sumbeiywo, a déclaré qu’après les discussions actuellement en cours, il ferait une proposition globale aux Parties, dans laquelle « elles pourront vivre » bien que chacune d’entre elles n’ait pas tout ce qu’elle voudrait. Il est à présumer qu’il la préparera avec les principaux observateurs, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Norvège. Quelles sont leurs positions?
Le Président Bush, selon Africa Confidential est confronté à deux formes de pression pour le Soudan. L’une vient des lobbies des droits de l’homme, anti-esclavagistes, noirs et chrétiens, [auquel on peut ajouter l’humanitaire USAID et le groupe de pression International Crisis Group, bien que son responsable Soudan fût naguère un membre de la Nomenklatura démocrate]. L’autre vient des anti-terroristes qui semblent écrasés par leur désir d’obtenir des renseignements. Nous en déduisons que le lobby anti-terroriste pousse à n’importe quelle paix. Telle est vraisemblablement l’attitude de la troisième forme de pression, le lobby pétrolier. Alan Goulty, l’observateur britannique, est un arabisant, il a toujours été perçu comme pro-gouvernemental, mais quand il était ambassadeur au Soudan, il s’est souvent rendu au Sud.  Lors de la réunion organisée par ECOS au parlement européen ( lire infra), il a déclaré qu’il ne voulait pas faire pression sur les Parties de sorte qu’elles puissent se reconnaître dans la paix. Enfin la Norvège semblerait être plus favorable au Mouvement/Armée de Libération du Peuple Soudanais (M/ALPS).

La proposition globale de Sumbeiywo sera à prendre ou à laisser; toutefois les négociations concernant les arrangements sécuritaires et les trois régions contestées, seraient repoussées, ce qui n’empêcherait pas la signature du reste. 

Le gouvernement soudanais a beaucoup de « lignes rouges » qu’il refuse de franchir, le statut de la capitale, les régions contestées et probablement le partage des richesses et une partie du partage du pouvoir. En se montrant suffisamment flexible sur d’autres questions, il poussera peut-être les médiateurs à soutenir sa position sur les points de non-compromission et toute la pression serait mise sur le M/ALPS au dernier moment.  Si tel n’est pas le cas la perspective d’une rupture de dernière minute  de la part du gouvernement ne peut être négligée.
Une ligne rouge pour le M/ALPS est peut-être une capitale islamique.  Mais la ligne rouge absolue qu’il ne peut absolument pas franchir, est l’existence de deux armées pendant la période intérimaire. Tous les Sudistes soutiennent ce point de vue, car seule une armée peut garantir la tenue du référendum d’auto-détermination. Le M/ALPS peut donc lui aussi rompre les pourparlers. Selon un analyste, les Américains soutiendraient cette position surtout s’ ils l’interprétaient comme un problème de protection civile. N’oublions pas que le Sudan Peace Act existe toujours.

Il ne serait donc pas inutile que les médiateurs proposent un autre plan en cas d’échec du premier, qui pourrait garantir par exemple, une zone d’interdiction de vol et une force de déploiement rapide pour la protection des civils, jusqu’au temps indéterminé où les pourparlers seraient repris.

Mais le pire n’est pas toujours certain. Toutefois si la stratégie de l’IGAD réussit, les médiateurs auront autant de peine à mettre en oeuvre les accords qu’ils en auront eu à obtenir les signatures.  

Bételgeuse
 
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