Numéro 119 - juillet - août 2003

 

TERRORISME

Un Roman d’espionnage
Un bateau destiné au Soudan, véritable bombe atomique
 

Un navire, le Baltic Sky,  se promenait depuis six semaines  en Méditerranée. Venu d’Albanie le 27 avril, il se rendit à Gabès en Tunisie le 12 mai, où il était chargé, puis se montra à Istamboul le 22 mai, dit en partant qu’il allait à Suez,  a été vu dans les eaux au Nord de la Turquie le 2 juin,  puis dans les eaux maritimes grecques où il fut arrêté le 22 juin. Ses allées et venues  avaient attiré l’attention de la branche anti-terroriste de l’Otan, l’Operation active endeavour, chargée de surveiller la Méditerranée depuis le 11 septembre ; sa liste noire comporte 50 bateaux, mais pas le Baltic. De quel Etat vient la première nouvelle de ces curieuses errances? D’un Etat du Sud de la Méditerranée; on n’en sait pas plus.
Le cargo fut  arraisonné par la marine grecque avec des hommes grenouilles et des commandos spéciaux, et conduit au tout petit port grec de Plattiyali à 235 kilomètres au nord-ouest d’Athènes. Le navire, battant pavillon des Comores, enregistré par une société appelée Alpha Sipping Inc.(mais pas légalement selon les autorités grecques), et loué à une société chypriote Aegeas Navigation Ltd, a 37 ans.  O! surprise il contenait 680 tonnes d’explosifs à base de nitrate d’ammonium et de TNT ainsi que 8000 détonateurs. Les Grecs déclarèrent que ce bateau était une véritable bombe atomique et que la quantité de TNT correspondait à ce que possédait l’armée grecque (450 pallettes). Le chargement était destiné à une société à Khartoum, dont les Grecs dirent dans un premier temps qu’elle n’existait pas. Elle existe, mais seulement depuis novembre 2002. Son nom n’est pas Integrated Chemicals and Development mais Mutakamila Company for Chemicals and Development Ltd. Le marchand d’explosifs tunisien, SOTEMU, dit que le Baltic Sky avait été chargé le 11 et 12 mai et que le 13 mai il partait à Port-Soudan. Il se rendit au contraire dans la Mer Noire. Le propriétaire du bateau basé à Istamboul (où il changea d’équipage) menaça de confisquer le cargo et de le revendre si la compagnie ne payait pas une somme supplémentaire, (35000 dollars semble-t-il).  La société tunisienne porta plainte. Si le bateau courait la Méditerranée, c’était dans l’attente  du paiement de cette somme.
Les Grecs mirent en examen les sept membres de l’équipage, cinq Ukrainiens et deux Azeri, qui avait pénétré dans les eaux grecques sans prévenir 24 heures à l’avance qu’ils transportait des explosifs, comme le prévoient les réglements. Ils doivent être jugés pour possession et transport de matériel explosif et risquent de 5 à 20 ans de prison selon la quantité d’explosif et les circonstances. Le capitaine déclara qu’il devait remettre le chargement « quelque part dans la mer Ionienne «  ce qui n’est pas réaliste, selon le ministre grec des Affaires Maritimes, on ne peut faire ce transfert en mer ».
Pendant ce temps, le gouvernement soudanais disait qu’il avait autorisé la transaction, et réclamait avec acerbité  l’arrivée du chargement à Port-Soudan. Selon le directeur de la société soudanaise, « l’équipage s’est volontairement rendu aux Grecs » et les explosifs sont à usage industriel pour les usines de ciment, les sociétés de construction de routes, les mines et l’industrie pétrolière.
On n’utilise pas d’explosifs dans l’industrie pétrolière. 
Les Grecs répliquèrent que le chargement était trop important pour un usage civil. « On pourrait penser que cette affaire est liée au terrorisme » avait dit le ministre grec des Affaires Maritimes.
Le syndicat International des travailleurs du transport, basé à Londres déclara : «  C’est trop tôt pour savoir si c’était illégal...Les forces navales ont fait ce qu’elles avaient à faire en enquêtant sur un bateau dont le seul drapeau envoie des signaux d’alarme. Normalement il devrait avoir mis 3 jours pour arriver à Port-Soudan ».
Affaire à suivre.
 
 
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