Numéro 117 - mai - juin 2003

 
 

Pétrole et Economie
 

Accord financiers et industriels

- En 1996, la banque ougandaise PTA avait prêté à Concorp International, une société de construction soudanaise, 481 000 shillings pour construire une raffinerie pétrolière au Soudan. Concorp avait donné en garantie un titre de propriété de terrains à Kampala.
Concorp ne remboursant pas, la banque fit une saisie arrêt sur les biens, et Concorp la poursuivit devant les tribunaux. Concorp déclare qu’il a conclu un arrangement avec la banque selon lequel la banque prend plein contrôle de la raffinerie pour la rendre pleinement opérationnelle. Concorp dit aussi que les bénéfices de la raffinerie seraient utilisés pour acquitter les facilités de paiement restructurées. Concorp dit enfin qu’il a vendu sa propriété à Garco Ltd. Le juge a décidé que Garco Ltd n’existait pas et donné raison à la banque ( New Vision, Kampala 09 04). 

- L’association Afrika-Verein qui rassemble les firmes allemandes actives en Afrique, organise, du 10 au 14 mai, une mission commerciale au Soudan qui rencontrera officiels et hommes d’affaires soudanais et visitera le complexe Djihad industries, aux portes de Khartoum. Lors de la dernière foire de Khartoum, 25 exposants allemands étaient présents. Afin de renforcer ses positions, le ministère allemand de l’économie veut créer une organisation réunissant les exportateurs allemands vers le Soudan (LOI 26 04).

- Stolt-Nielsen , une société de transports maritimes de produits chimiques, basée à Luxembourg mais ayant des bureaux à Greenwich, Connecticut, a dû payer une amende de $ 95000 au trésor américain, pour avoir fait des transactions avec le Soudan. La loi s’applique aux citoyens américains, où qu’ils soient dans le monde, aux étrangers domiciliés aux Etats-Unis et aux société étrangères ayant des bases aux Etats-Unis (AP 20 05).

- La China National Petroleum Corporation (CNPC) et le Soudan ont l’intention d’investir un milliard de dollars dans l’industrie pétrolière. 300 millions de dollars seront utilisés pour agrandir la raffinerie de Khartoum de 50 000 barils/jour à 90 000. Ils seront payables par moitié par le CNPC et le Soudan. Le reste de l’investissement est destiné à la construction d’un oléoduc de 750 kilomètres de long reliant le block 6 au Sud Kordofan à la raffinerie de Khartoum et à Port-Soudan, d’où il se connectera aux marchés étrangers. Le CNPC exploitera le Block 6, dont les réserves prouvées s’élèvent à 250 millions, de barils dès que l’oléoduc sera achevé, d’ici un an. C’est le plus important investissement de la CNPC à l’étranger.
La CNPC a une participation de 40% dans le Greater Nile Consortium qui produit 330000 barils/jour dans trois blocks et de 42% dans les Blocks 3 et 7 de Melut qui ne produisent pas encore (AFP, Reuter 19 05). 

- Après l’achat des parts du canadien Talisman par OVL Videsh, l’arrivée d’une première cargaison de 80 000 tonnes de brut en Inde fut célébrée. Le gouvernement indien est heureux d’assurer ses ressources pétrolières, d’autant qu’il n’a pas eu à supporter les risques d’exploration, que la proximité du Soudan rend les coûts de transport plus faibles et que c’est un signal positif pour le monde arabe. La société indienne, comme d’autres sociétés internationales, s’intéresse à deux autres blocks. Le Soudan accueillera favorablement les investissements indiens dans tous les secteurs. L’Inde envisage d’acheter également du pétrole soudanais (TV indienne 16 05, Silicon India 19 05).
Rappelons que l’exploitation pétrolière se fait au coût d’un nettoyage ethnique systématique, quasiment un génocide. De cela l’Inde n’a cure.
Transporter le brut en Chine n’est pas économiquement viable ( Dow Jones).

- Le Soudan et la Syrie ont discuté de coopération dans les domaines de l’industrie du commerce, de l’agriculture et éventuellement du pétrole ( AFP 18 05).

- Le pétrolier suédois Lundin veut vendre le Block 5A au malais Pétronas et garde le Block 5B.
Le prix de vente est 142,5 millions de dollars. La vente est soumise à l’accord du gouvernement soudanais et des partenaires, elle devrait se faire dans les 60 jours. Lors d’une conférence téléphonique Lundin a déclaré « Nous n’avons eu aucun déplacé de force dans le Block 5A ». Sic (Ecos 8 mai).

- OMV, le partenaire autrichien de Lundin a déclaré qu’il avait été pris par surprise par la décision de Lundin et qu’il n’avait pas de plan pour désinvestir au Soudan étant donné qu’il s’agissait de biens intéressants.

- Lors de l’Assemblée Générale de Talisman, des actionnaires soudanais ont félicité la société de s’être retirée du Soudan, à tort à notre avis, car les choses n’iront pas mieux avec la compagnie indienne acheteuse. Le CEO James Buckee a continué à nier toute responsabilité dans les actions de son partenaire, le gouvernement soudanais, malgré les centaines de millions de dollars, le support logistique et la couverture morale que Talisman apporta au régime. James Buckee refusa la suggestion des actionnaires soudanais de montrer des photos de films comme étant hors de propos (Freedom Quest International 09 05).

- L’iranien Fathi VPI, affilié au ministère de la défense, a livré au producteur de véhicules soudanais djihad 115 camions et jeep (Tehran Times 01 06).

- La société malaise Lankhorst a obtenu en principe deux contrats pour les plans, la construction, l’entretien et la réhabilitation (sic) d’une nouvelle voie ferrée de 1100 km, de Sennar Khartoum à Port-Soudan et Suakin. Il s’agit d’un mémorandum d’entente, selon lequel Lankhorst doit faire une offre dans les trois mois (The Edge daily, Malaysia 02 06).

- La centrale électrique de Burri, Khartoum, a été détruite par un incendie qui a causé la mort de cinq personnes. Extrêmement ancienne, elle était utilisée pour soulager le réseau électrique national. Le Soudan a d’énormes problèmes d’électricité. De grandes parties de la capitale sont sans électricité pendant la journée, surtout pendant les mois d’été (AP 03 06).

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Statistiques
Une nouvelle station de pompage a été inaugurée à une cinquantaine de kilomètres au Nord de Khartoum à Geili qui permettra de pousser les exportations de 210 000 barils/jour à 300 000.
Les réserves de pétrole sont estimées à plus de deux milliards de barils, les réserves prouvées étant 700 millions de barils, selon les chiffres officiels. Le Soudan voudrait pousser sa production de 325 000 B/j à la fin de l’année à 450 000 en 2005 (AFP 22 04).
Les investissements au Soudan des Emirats Arabes Unis se sont élevés à 700 millions de dollars au cours des trois dernières années (WAM 15 05).

Fonds de reconstruction au moment de la paix
Plusieurs sociétés soudanaises se sont engagées à verser 2 millions de dollars, la moitié étant fournie par Kenana Sugar Co qui a des actionnaires saoudis, kowetis, italiens et soudanais. Ce fonds aidera à construire routes et écoles.
Le gouvernement soudanais lui-même s’est engagé à niveau de 10 millions de dollars ; son but est 40 millions de dollars.
Le Fonds Arabe pour le Développement Social et Economique s’est engagé à financer des projets d’eau potable dans le Sud à niveau de 10 millions de dollars et à offrir la moitié du coût d’une route Renk ( à la frontière du Nord) /Malakal, (Haut-Nil) dont le montant est de 150 millions de dollars. 
Le Fonds de développement saoudien s’est engagé à verser le montant de l’autre moitié de ce projet.
Le Fonds de développement d’Abu Dhabi s’est engagé à verser 10 millions de dollars pour financer la réhabilitation de la Sudan Railways [principalement dans le Nord].
Un sultan des Emirats Arabes Unis s’est engagé à financer la route qui joint deux villes du Nord Soudan, Damazin et Qissan (Haut Nil Bleu) (AFP 29 05).
Une délégation de la Ligue arabe a rencontré Garang au Sud-Soudan (Reuter 08 05)

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Les multinationales abusives ont un copain à Washington

Madelaine Drohan
L’Alien Tort Act, selon lequel les non-Américains sont autorisés à poursuivre au civil devant les Cours américaines pour des violations de la loi internationale, et selon lequel Talisman est poursuivi par l’Eglise Presbytérienne, est en danger. L’Attorney -General, John Ashcroft, est intervenu pour soutenir le pétrolier Unocal dans une action qui l’accuse notamment d’utiliser le travail forcé à Burma. John Ashcroft, bien qu’admettant des violations des droits de l’homme flagrantes, dit que c’est aux politiques et non aux tribunaux, de s’en occuper. Il veut la fin de tous les cas similaires présentés aux tribunaux. Ce serait un coup pour toutes les organisations de droits de l’homme. M.Ashcroft prétend que la loi, qui date de George Washington, était destinée à protéger les ambassadeurs américains. D’autres prétendent qu’il s’agissait de lutter contre les actes de piraterie barbaresque fréquents en Méditerrannée.
Quoi qu’il en soit, cette loi fut retrouvée par des avocats américains qui cherchaient une réponse légale aux massacres de My Lai au Vietnam et fut utilisée dans un procès concernant la torture et la mort d’un Paraguayen. Depuis 1980, elle fut beaucoup employée. Les groupes d’affaires ont beaucoup lutté contre elle, dont la Chambre Internationale du Commerce  qui l’a appelée «  une extension extraterritoriale de la juridiction américaine inacceptable ». M.Ashcroft est d’accord, il cite même George Washington : « Aucune nation n’a le doit de se mêler des affaires intérieures des autres », ce qui est amusant au moment de la guerre d’Irak. Il a mentionné aussi que l’interprétation actuelle de cette loi pouvait miner les efforts américains dans leur lutte contre le terrorisme et que certains prisonniers de Guantanamo l’avait utilisée pour porter plainte contre les Etats-Unis. Si l’administration Bush faisait des efforts pour étendre la loi internationale, la perte potentielle de l’Alien Tort Act pourrait être supportable, mais Washington a miné la Cour Criminelle Internationale en refusant de signer sa charte de fondation. ...Le monde sera plus confortable pour les multinationales abusives.
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