Numéro 117 - mai - juin 2003

 

Interview de Lazarus Sumbeiywo
Chef médiateur aux pourparlers de paix
 

....R. A Karen du 2 au 5 mai 2002 nous nous mîmes d’accord sur l’ordre du jour.

Q. Quel est le rôle du protocole de Machakos ?
R. C’est un cadre que nous avons établi comme base des négociations. Nous le suivons religieusement. ...A la reprise des pourparlers, nous avons étudié deux points très critiques. Les Parties voulaient connaître les arrangements sécuritaires avant d’examiner le partage des ressources et du pouvoir. Cela nous a pris 10 jours pour nous mettre d’accord sur l’ordre du jour des trois régions disputées [Monts Nouba, Abyei, Nil Bleu Sud], cela nous a pris encore trois jours pour nous mettre d’accord sur l’ordre du jour des arrangements sécuritaires. Le partage des richesses n’a pas présenté un tel problème, quand j’ai décidé d’examiner tous les problèmes du conflit.

Q. A quel stade en sont les pourparlers?
R. Nous avons achevé la cinquième session. ..Pendant la sixième session nous aurons besoin de négociateurs qui puissent participer à l’établissement du projet final. Après quoi les Parties en demanderont l’approbation des dirigeants. Mais cette session pourrait ne pas être la dernière. Il manquera encore les modalités de mise en oeuvre. Il ne doit pas y avoir de tricheries. Nous ne voulons pas d’un accord comme celui d’Addis Abbeba en 1972. Nous voulons un accord qui puisse avoir des garanties internationales, des Nations-Unies, de l’Union Africaine et d’autres. Nous avons encore besoin de détails sur les arrangements sécuritaires.

Q. Pendant la cinquième session, nous avons remarqué des changements dans votre stratégie de médiation. Quelles en sont les raisons?
R. Quand on conduit, il ne faut pas toujours le faire de la même manière, c’est monotone. D’autre part je viens d’un métier [militaire] où deux composantes sont primordiales, la flexibilité et un élément de surprise. Il faut aussi pouvoir lire une situation et ne pas engager ses forces vers ce qui ne conduit nulle part.

Q. Un des nouveaux concepts que vous avez introduits est l’approche holistique. 
R. L’approche holistique est une approche globale. Il existe beaucoup de points sur lesquels les Parties ne sont pas d’accord, et nous les avons réunis de manière à ce qu’elles puissent marchander ces points les uns contre les autres.... Quelques problèmes sont traités à un niveau beaucoup plus élevé que la table des négociations.

Q. Quelle sera  la démarche suivante?
R. Mener des consultations à un niveau plus élevé pour essayer de savoir quelles sont les points non négociables et les zones grisées. C’est pourquoi je vais me rendre au Soudan. Nous nous servons de l’humeur du pays. Le Soudan rêve de paix. En me rendant dans le pays je pourrai achever le projet d’accord.

Q. Vous avez donné fin juin comme date de signature du projet final. Pensez-vous que ce soit une date réaliste?
R. Ce n’est pas moi. En avril, le Président Béchir et John Garang se sont rencontrés à Nairobi. C’était un des points de pression du gouvernement kenyan...C’est alors qu’ils donnèrent cette date… Cependant la délégation SPLM a été invitée aux Etats-Unis. Je ne pense pas qu’elle retourne à temps pour que nous achevions fin juin....plutôt à mi-août.

Q. Il y a toujours le problème de bâtir la confiance?
R. Nous avons déjà commencé il y a quelques temps en négociant le mémorandum d’entente sur le cessez-le feu et en y obtenant un addendum. Nous avons aussi facilité les mécanismes de vérification du cessez-le-feu grâce aux Equipes de Vérification et de Surveillance qui se sont rendues au Soudan cette semaine…

Q. Quelle est la différence entre cette nouvelle Equipe de Surveillance et l’Equipe de Surveillance de Protection Civile [CPMT] déjà sur place?
R. Le CPMT servait essentiellement à la protection des civils et des biens des civils. Le groupe qui arrive maintenant va seulement dans les régions où nous pouvons surveiller les activités [militaires] des parties. Je pense que savoir que quelqu’un regarde, donnera confiance aux gens du cru.

Q. ...Des groupes d’opposition se sont rendus au Caire pour discuter du processus de paix. Ils ont signé une déclaration demandant que ce processus aille au-delà des négociations bilatérales entre le gouvernement et le SPLM, vers un consensus national. Qu’en pensez-vous?
R. Dans le cadre de Machakos il y a des dispositions pour cela. Cela ne sert à rien de signer un accord pour recommencer la guerre parce que certaines personnes ont été oubliées. Il est un temps où toutes les parties au conflit devraient être incluses. 

Q. L’Egypte a exprimé de sérieuses réserves...sur le droit du Sud-Soudan à l’autodétermination [et donc à la sécession]. Est-ce toujours le cas?
R. Non. L’Egypte a réalisé qu’elle ne pouvait décider pour le peuple soudanais...Je suis allé en Egypte quatre fois discuter de ces problèmes. Ils nous soutiennent maintenant complètement.

Q. Quelle est votre vue d’ensemble sur la paix au Soudan?
R. Elle est dans les mains des Parties. Le plus difficile est de créer une situation dans laquelle les deux Parties puissent vivre. Une Partie trouve ces conditions inacceptables. Mais avec la pression internationale, je crois qu’ils signeront l’accord en août 2003. ...

(IRIN - Traduction Vigilance Soudan)
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