Numéro 117 - mai - juin 2003

 

Droits de l’Homme
 

- Kofi Annan a sermonné la commission des droits de l’homme : « Votre voix a été affaiblie par les dissensions ». Durant l’actuelle session, la Commission a renoncé à examiner les violations commises par la Chine, blanchi la Russie à propos de la Tchétchénie et le Soudan, ménagé Cuba et oublié le Zimbabwe (Figaro, 25 04 03). Rappelons que 26 pays ont choisi de s’opposer à la motion critiquant le Soudan, l’Afrique du Sud, l’Algérie, le Burkina Faso, le Cameroun, le Gabon, le Kenya, la Libye, la RDC, le Sénégal et le Zimbabwe. L’Ouganda, la Thailande et le Vénézuela se sont abstenus.
 - L’Ouganda a expulsé le haut représentant de l’UNHCR après que ce dernier ait fait part de son désaccord sur le lieu de transfert d’un camp de réfugiés, qui est selon lui autant en danger d’être agressé par la LRA que le premier (AP 14 04).
- Une cinquantaine de réfugiés inscrits à l’UNHCR et de demandeurs d’asile soudanais au Liban ont été emprisonnés pour une durée allant jusqu’à un an et demi pour entrée illégale sur le territoire.
- Le président Béchir a récemment signé un décret ordonnant la nomination d’un comité qui mette en conformité les lois soudanaises avec le droit humanitaire international (IRIN). Espérons que ce comité sera efficace.

Nord
Haro sur la presse : 
La section des média de l’Agence Nationale de Sécurité a confisqué l’édition de l’éditorial de AL Sahafa du 19 avril. Après quoi, l’officier de sécurité, un certain Adam, a interdit la publication de tout article de Khalid Fadel, en raison du caractère critique de son article sur la divulgation des sujets des épreuves avant les examens. L’officier de sécurité a également ordonné l’arrêt de la publication d’un article sur les droits de l’homme par le journaliste Abd el Gader Hafiz, et aussi celui concernant la Conférence Générale du Parti Umma (opposition autorisée). Le journal a dû immédiatement remplacer les articles incriminés. Le lendemain matin, le même Adam a téléphoné à l’éditeur du journal lui demandant de se présenter immédiatement à la Sécurité. Après avoir attendu 6 heures, il fut interrogé sur des articles écrits par Lubna Ahmed Hussein, un autre journaliste, et on lui interdit de publier tout article de ce journaliste. Lubna déposa une plainte écrite à l’agence Nationale de Sécurité, qui retira son interdiction (SOAT 22 04). Al Sahafa et Al Sharia al Syassi furent saisis pour avoir parlé des combats au Darfour (Reporters sans Frontières 7/9 mai).
Al Sahafa avait déjà été saisie les 05 09 et 08 11 2002. En décembre 2002 les autorités ont définitivement fermé le quotidien Al-Watan.
- Le 11 mai eut lieu un jugement sur plainte du ministère des affaires religieuses. Le Khartoum Monitor avait publié trois articles ; le premier traitait d’un prêtre emprisonné pour avoir refusé de démolir une église dans les environs de Khartoum, zone occupée par des personnes déplacées ; le second avait pour titre « Les musulmans ont-ils peur des chrétiens? », et le troisième prétendait que les musulmans ont le droit de boire de la bière brassée localement. Le journal et son rédacteur en chef ont été condamnés pour incitation à la discorde religieuse et dénigrement de l’islam, ce que l’accusé avait nié. La cour a ordonné la suspension du journal pour deux mois, et mis en prison son directeur de la publication Nhial Bol, jusqu’au paiement d’une amende de 400 dollars, si non 4 mois de prison. L’avocat a fait appel. Trois jours avant le jugement les autorités étaient entrées au journal, en avaient chassé les journalistes et arrêté le rédacteur en chef. On le fit se tenir debout pendant 5 heures, et on lui interdit d’utiliser de vieux journaux comme matelas (Khartoum Monitor 8 mai). Le rédacteur en chef avait dit à Reporters Sans Frontières que l’Etat « voulait ruiner le journal par des amendes et des fermetures continuelles ».
Le gouvernement avait dit avoir supprimé toute censure sur les quotidiens (Reuter 09 05).

Arrêtés et tenus au secret dans un lieu inconnu : le 22 mars, Fathi Mohammed al-Hassan, 41 ans, membre du parti socialiste arabe Baath et journaliste occasionnel, aurait été torturé
Apparemment pour obtenir que Lenin al-Tayeb, un membre du Front Démocratique, se rende, la sécurité a arrêté ses frères, Khidder el Tayeb, relâché le 16 décembre, Hashem el Tayeb, relâché le 15 janvier et Al Shafi el Tayeb, relâché en mai. Khidder et Hashem ont été sévèrement battus. Lenin el Tayeb qui se cachait, a été arrêté le 24 avril. Il est détenu au secret dans la prison de Kobar et aurait été torturé. Il avait déjà été détenu en 1991, 1993 et 1996, époque où il aurait été torturé. Ahmed Dawah el Beit, diplômé de traduction et membre du Congrès indépendant des étudiants, a été arrêté dans la rue par des gens de « l’unité d’investigation de la police secrète ». Il aurait été vu à la prison de Kobar.
La « loi sur les codes de conduite étudiante » de janvier 2002 interdit explicitement aux étudiants de prendre part à des activités politiques et sert de justification à la suspension et au renvoi de maints étudiants. Les rencontres, manifestations et autres activités sociales ou politiques peuvent être arrêtées par les forces de sécurité et l’un des plus grand syndicat d’étudiants, le Syndicat des Etudiants de l’Université de Khartoum, est toujours interdit après avoir été suspendu il y a 4 ans quand les groupes d’opposition semblèrent gagner les élections étudiantes (OMCT, AI).

Darfour
- Le 23 avril, des nomades, dont certains en uniforme de milice gouvernementale, ont attaqué des hommes près de la mosquée de Mulli à 15 kilomètres au sud de Geneina. Il y eut 55 tués et au moins 20 blessés. Les animaux domestiques furent tués ou pillés. Le 25, une manifestation à Geneina protestait contre le fait qu’il n’y ait eu aucune arrestation. Le bureau du gouverneur a été brûlé. Les forces de sécurité ont tué une personne et en ont arrêté un certain nombre d’autres.
- Autre attaque sur le village d’Al Faki Salih Idriss à une quinzaine de kilomètres au sud de Nyala. Le village avec 90 têtes de bétail a été complètement brûlé et 5 Four ont été tués. (Diaspora).
D’autre part, la ville de Koutoum est sous couvre-feu toute la journée sans téléphone. Il y a des points de contrôle sur les routes d’accès. Des milliers de villageois se sont enfuis depuis le 11 avril après les attaques de l’armée et des milices contre l’Armée de Libération du Soudan (AI).
- Attaque le 7 mai par l’armée gouvernementale et la milice des villages Massaleit de Daltang et de Goker, tuant 5 personnes et pillant tout. Cette attaque est survenue en plein jour et les autorités de Geneina ont envoyé des policiers Massaleit. La milice arabe leur tendit une embuscade et en tua 20. Il semble que le gouvernement ait conspiré avec la milice pour éliminer ces policiers Massaleit. Le gouvernement et les milices arabes visent souvent les gens instruits et les leaders des communauté Massaleit, Four et Zaghawa, groupes ethniques africains.( Communauté Massaleit en exil).
- Attaque par l’armée et les milices des villes de Artala puis de Mukjar. Attaque par avion. Pillage. Les villes sont brûlées. A Artala, 4 morts et 42 blessés. A Mukjar 28 femmes, 24 hommes et 26 enfants tués (Diaspora 30 05).
- Pour des raisons de « sécurité », près d’un demi-millon de personnes qui avaient accès à l’assistance humanitaire, n’y ont plus droit, pas plus que les 30 000 personnes nouvellement déplacées (Nations-Unies, 15 mai).

Peines de mort/procès injustes
Le 26 avril, 26 hommes dont un enfant de 15 ans et deux hommes de 71 et 75 ans ont été condamnés à mort par la Cour spéciale de Nyala pour avoir tué 35 personnes et blessé 28 autres dans l’attaque d’un village agricole africain. Des témoins avaient dit que les attaquants venaient d’un autre groupe, et que les accusés avaient été arrêtés arbitrairement. Les avocats autorisés (trois pour 38 accusés), ne purent avoir accès aux accusés que 5 jours avant l’ouverture du procès et ne furent autorisés qu’à poser 4 questions à chaque accusé et chaque témoin alors que l’accusation a pu poser un nombre illimité de questions. Des trois juges, l’un était policier, l’autre appartenait à l’armée et seul le président était civil. Les condamnés ont 8 jours pour faire appel.
La peine de mort contre des mineurs de 18 ans est interdite par le droit international (AI, HRW). 
- Une jeune fille célibataire de 14 ans a été condamnée parce qu’elle était enceinte de neuf mois, à Nyala, à 100 coups de fouet pour adultère- alors que pour qu’il y ait adultère il faut être marié. Si le jugement est confirmé en appel la peine devra être appliquée immédiatement. Son avocat a fait valoir que la Cour n’avait pas tenu compte de son âge. La flagellation d’un enfant contrevient à la convention sur le droit des enfants que le Soudan a signé. Un commerçant de 25 ans accusé en connexion avec ce cas fut acquitté, faute de preuves. Rappelons qu’en novembre 2002, 17 femmes de cette région furent condamnées à 100 coups de fouet chacune, sans qu’aucun homme ne soit accusé en connexion avec les affaires. Elles n’avaient pas eu droit à un avocat.

Détention au secret et sans acte d’accusation par l’Agence Nationale de Sécurité et les Renseignements Militaires, risques de torture.
Arrestations de masse de Zaghawa (OMCT).
 En particulier, le 23 avril Abu Baker Hamed Nour et Youssouf Mohammed Faleh, ingénieurs, Mohamed Bashir Ahmed, fonctionnaire, Bashir Bushara, Hashem el Tayeb, Abdel Rahman Ahmed et Mohammed Hashem Abdel Rahman, commerçants, tous Zaghawa (africains) ainsi que Ibrahim Mohammed Hassan, propriétaire d’un studio de photographie et Four (africain), Abdel Shafi Issa Mohamed, directeur de l’usine textile de Nyala, ont été arrêtés à Khartoum et au Darfour en connexion avec le conflit actuel au Darfour et Amnesty International craint qu’ils ne soient torturés (AI).
Le 2 mai, ont également été arrêtés au Darfour Adam Mohamed Ahmed Mohammmed Girba et Mohamed Karama, commerçants, Four, Khalil Mohammedein et Mohammed Ibrahim Tyrab, fermiers, Four, Omer Hussein Ali et Adam Haroon Nour enseignants, Zaghawa, Youssif Hussam commerçant Zaghawa, Adam Ahmed Abu Jamal 50 ans et Abdel Gader Salim Barakat 25 ans, (qui aurait été torturé), Four, Mohammed Said Ahmed, fonctionnaire, Saied Bushara commerçant, Zaghawa (Sudanese Organization against Torture : SOAT, membre de l’OMCT).
Le 15 mai, arrestation de Yusuf Arkoi Minawi, 45 ans, Sherif Ahmed Llaga, 38 ans Ramadan Jabir Nahar, 35 ans, Dawood Mohamed, 55 ans, Zakaria Mohamed, 70 ans, Yunis Mohammed Banni, 25 ans, Mandi Mamoun, 55 ans (AI).
Arrestation le 29 mai d’Adam Mussa Madibbu, membre du Politburo du Parti Umma. Son arrestation pourrait être liée à ce que lors d’une réunion de différents partis politiques organisée par le parti au pouvoir, le Congrès National, il ait « exprimé son opinion ». Il a été relâché le lendemain.
Le 3 mai, le journaliste Yusif Al Bashir Musa, correspondant de Al Sahafa à Nyala, a été arrêté pour avoir rapporté des combats dans la région du Darfour. Il a été torturé selon un médecin qui a pu le voir ; bien qu’il n’ait qu’une jambe, il a été battu et frappé sur la plante du pied et les épaules avec un gourdin, frappé sur la figure et l’abdomen, et menacé de viol (OMCT). Relâché le 6 mai, il fut arrêté à nouveau le 7 par décret du gouverneur du Darfour et emprisonné pour 6 mois, ce qui est rendu possible par l’état d’urgence.
De plus à l’université de Zalingei, Darfour, 24 étudiants ont été arrêtés le 1er mai à la suite d’incidents concernant le paiement d’allocations, dont deux seulement ont été relâchés. Deux étudiantes ont été sévèrement battues.

Sud
- D’après l’ONG, Persecution Project Foundation, qui s’est rendue dans les régions pétrolières du Haut-Nil Ouest entre Tam et Mankien, le sol était couvert de restes humains provenant des massacres des semaines précédentes, spectacle qu’ils ont vu pendant 6 heures de marche (Report 23 04).
- Selon l’ONG Servant’s Heart une attaque simultanée de 10 villages par les forces gouvernementales eut lieu dans le Haut-Nil Est [zone des pétroliers arabes]. Il n’y avait pas d’ALPS dans la région. Beaucoup de villageois furent brûlés vifs dans leur maison dont un pasteur presbytérien, son épouse et leurs quatre enfants. On compte 59 morts, 15 blessés, 10 enfants et 6 femmes enlevés (Freedom Quest, 04 06).

L’esclavage au Nord Bahr el Ghazal :Résultats d’une recherche nominative

- 11 105 victimes d’enlèvements furent enregistrées de 1983 à 2002
- Pendant ces 20 ans, 1 862 raids au cours desquels
- 5 148 personnes furent tuées
- Des 11 105 personnes enlevées, on connaît 528 personnes qui sont rentrées chez elles
- 60 % des personnes enlevées avaient 18 ans ou moins à l’époque de l’enlèvement
- La majorité des personnes enlevées étaient de sexe masculin
- Dans le village le plus affecté, Ajok, dans le comté d’Aweil Ouest, 101 adultes et enfants furent enlevés en une seule semaine.

Tous les enlèvements ont eu lieu dans des régions contrôlées par l’ALPS. Beaucoup d’enfants ont été enlevés trop petits pour se souvenir du nom de leur village.
La recherche fut conduite par le Rift Valley Institute, une association indépendante de recherche et d’éducation basée à Londres et au Kenya, sur financement du Département du Développement International du gouvernement britannique et de deux associations américaines, l’Open Society Institute et le Fonds J.M.Kaplan. Elle fut organisée et dirigée par deux spécialistes du Soudan, John Ryle, président du Rift Valley Institute qui fut membre du groupe d’Eminentes Personnes, sponsorisé par le gouvernement américain, dont le rapport sur l’esclavage fut publié l’an dernier. Il a également oeuvré à faire connaître le nettoyage ethnique en zone pétrolière. Jok Madut Jok enseigne à l’université Loyola Marymount de Los Angeles ; il est l’auteur du livre Guerre et esclavage au Soudan. L’étude a réuni 48 chercheurs soudanais formés et recrutés localement. Pendant 18 mois, ils ont effectué des milliers d’interviews avec des leaders de communauté et des membres des familles de personnes enlevées. Ils ont parcouru de très nombreux kilomètres à pied et à bicyclette transportant des questionnaires et des moustiquaires.
Save the Children Fund se sert de cette base de donnée pour retrouver ceux qui ont été enlevés et les réunir à leur famille. « Sous la pression internationale, a dit John Ryle, le gouvernement soudanais a autorisé ce travail. Mais les personnes enlevées anciennement et celles réduites en esclavage au Nord Soudan n’ont toujours pas accès à la justice ».

- MSF puis Action Contre la Faim avertissent que la nourriture se raréfie dans 2 comtés du Bahr el Ghazal à cause de la sécheresse (AFP 23 04, 28 05). «  La situation est alarmante. »
- Au Soudan, aucun nouveau cas de polyomélite n’a été rapporté depuis 2001. Cependant les Nations-Unies demandent des fonds additionnels pour achever le programme (IRIN 13 05).
- Selon l’OMS, dans les Monts Imatong au Sud-Soudan 178 personnes sont atteintes de fièvre, diarrhée et vomissements de sang. Onze sont mortes. Des prélèvements ont été envoyés au Kenya pour savoir s’il s’agit d’Ebola ( Reuter 14 05).
-Le PAM a pu, grâce au cessez-le feu, utiliser des barges sur le Nil au lieu d’avions pour transporter l’aide alimentaire, ce qui correspond à une diminution de coût de près de 60%.
 
 

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