- Kofi Annan a sermonné la commission des droits de l’homme
: « Votre voix a été affaiblie par les dissensions
». Durant l’actuelle session, la Commission a renoncé à
examiner les violations commises par la Chine, blanchi la Russie à
propos de la Tchétchénie et le Soudan, ménagé
Cuba et oublié le Zimbabwe (Figaro, 25 04 03). Rappelons que 26
pays ont choisi de s’opposer à la motion critiquant le Soudan, l’Afrique
du Sud, l’Algérie, le Burkina Faso, le Cameroun, le Gabon, le Kenya,
la Libye, la RDC, le Sénégal et le Zimbabwe. L’Ouganda, la
Thailande et le Vénézuela se sont abstenus.
- L’Ouganda a expulsé le haut représentant
de l’UNHCR après que ce dernier ait fait part de son désaccord
sur le lieu de transfert d’un camp de réfugiés, qui est selon
lui autant en danger d’être agressé par la LRA que le premier
(AP 14 04).
- Une cinquantaine de réfugiés inscrits à l’UNHCR
et de demandeurs d’asile soudanais au Liban ont été emprisonnés
pour une durée allant jusqu’à un an et demi pour entrée
illégale sur le territoire.
- Le président Béchir a récemment signé
un décret ordonnant la nomination d’un comité qui mette en
conformité les lois soudanaises avec le droit humanitaire international
(IRIN). Espérons que ce comité sera efficace.
Nord
Haro sur la presse :
La section des média de l’Agence Nationale de Sécurité
a confisqué l’édition de l’éditorial de AL Sahafa
du 19 avril. Après quoi, l’officier de sécurité, un
certain Adam, a interdit la publication de tout article de Khalid Fadel,
en raison du caractère critique de son article sur la divulgation
des sujets des épreuves avant les examens. L’officier de sécurité
a également ordonné l’arrêt de la publication d’un
article sur les droits de l’homme par le journaliste Abd el Gader Hafiz,
et aussi celui concernant la Conférence Générale du
Parti Umma (opposition autorisée). Le journal a dû immédiatement
remplacer les articles incriminés. Le lendemain matin, le même
Adam a téléphoné à l’éditeur du journal
lui demandant de se présenter immédiatement à la Sécurité.
Après avoir attendu 6 heures, il fut interrogé sur des articles
écrits par Lubna Ahmed Hussein, un autre journaliste, et on lui
interdit de publier tout article de ce journaliste. Lubna déposa
une plainte écrite à l’agence Nationale de Sécurité,
qui retira son interdiction (SOAT 22 04). Al Sahafa et Al Sharia al Syassi
furent saisis pour avoir parlé des combats au Darfour (Reporters
sans Frontières 7/9 mai).
Al Sahafa avait déjà été saisie les 05
09 et 08 11 2002. En décembre 2002 les autorités ont définitivement
fermé le quotidien Al-Watan.
- Le 11 mai eut lieu un jugement sur plainte du ministère
des affaires religieuses. Le Khartoum Monitor avait publié trois
articles ; le premier traitait d’un prêtre emprisonné pour
avoir refusé de démolir une église dans les environs
de Khartoum, zone occupée par des personnes déplacées
; le second avait pour titre « Les musulmans ont-ils peur des chrétiens?
», et le troisième prétendait que les musulmans ont
le droit de boire de la bière brassée localement. Le journal
et son rédacteur en chef ont été condamnés
pour incitation à la discorde religieuse et dénigrement de
l’islam, ce que l’accusé avait nié. La cour a ordonné
la suspension du journal pour deux mois, et mis en prison son directeur
de la publication Nhial Bol, jusqu’au paiement d’une amende de 400
dollars, si non 4 mois de prison. L’avocat a fait appel. Trois jours avant
le jugement les autorités étaient entrées au journal,
en avaient chassé les journalistes et arrêté le rédacteur
en chef. On le fit se tenir debout pendant 5 heures, et on lui interdit
d’utiliser de vieux journaux comme matelas (Khartoum Monitor 8 mai). Le
rédacteur en chef avait dit à Reporters Sans Frontières
que l’Etat « voulait ruiner le journal par des amendes et des fermetures
continuelles ».
Le gouvernement avait dit avoir supprimé toute censure sur les
quotidiens (Reuter 09 05).
Arrêtés et tenus au secret dans un lieu inconnu
: le 22 mars, Fathi Mohammed al-Hassan, 41 ans, membre du parti
socialiste arabe Baath et journaliste occasionnel, aurait été
torturé.
Apparemment pour obtenir que Lenin al-Tayeb, un membre du Front
Démocratique, se rende, la sécurité a arrêté
ses frères, Khidder el Tayeb, relâché le 16
décembre, Hashem el Tayeb, relâché le 15 janvier
et Al Shafi el Tayeb, relâché en mai. Khidder et Hashem
ont été sévèrement battus. Lenin el Tayeb qui
se cachait, a été arrêté le 24 avril. Il est
détenu au secret dans la prison de Kobar et aurait été
torturé. Il avait déjà été détenu
en 1991, 1993 et 1996, époque où il aurait été
torturé. Ahmed Dawah el Beit, diplômé de traduction
et membre du Congrès indépendant des étudiants, a
été arrêté dans la rue par des gens de «
l’unité d’investigation de la police secrète ». Il
aurait été vu à la prison de Kobar.
La « loi sur les codes de conduite étudiante »
de janvier 2002 interdit explicitement aux étudiants de prendre
part à des activités politiques et sert de justification
à la suspension et au renvoi de maints étudiants. Les
rencontres, manifestations et autres activités sociales ou politiques
peuvent être arrêtées par les forces de sécurité
et l’un des plus grand syndicat d’étudiants, le Syndicat des Etudiants
de l’Université de Khartoum, est toujours interdit après
avoir été suspendu il y a 4 ans quand les groupes d’opposition
semblèrent gagner les élections étudiantes (OMCT,
AI).
Darfour
- Le 23 avril, des nomades, dont certains en uniforme de milice gouvernementale,
ont attaqué des hommes près de la mosquée de
Mulli à 15 kilomètres au sud de Geneina. Il y eut
55 tués et au moins 20 blessés. Les animaux domestiques furent
tués ou pillés. Le 25, une manifestation à Geneina
protestait contre le fait qu’il n’y ait eu aucune arrestation. Le bureau
du gouverneur a été brûlé. Les forces de sécurité
ont tué une personne et en ont arrêté un certain nombre
d’autres.
- Autre attaque sur le village d’Al Faki Salih Idriss
à une quinzaine de kilomètres au sud de Nyala. Le village
avec 90 têtes de bétail a été complètement
brûlé et 5 Four ont été tués. (Diaspora).
D’autre part, la ville de Koutoum est sous couvre-feu toute la journée
sans téléphone. Il y a des points de contrôle sur les
routes d’accès. Des milliers de villageois se sont enfuis depuis
le 11 avril après les attaques de l’armée et des milices
contre l’Armée de Libération du Soudan (AI).
- Attaque le 7 mai par l’armée gouvernementale et la
milice des villages Massaleit de Daltang et de Goker, tuant
5 personnes et pillant tout. Cette attaque est survenue en plein jour et
les autorités de Geneina ont envoyé des policiers Massaleit.
La milice arabe leur tendit une embuscade et en tua 20. Il semble que le
gouvernement ait conspiré avec la milice pour éliminer
ces policiers Massaleit. Le gouvernement et les milices arabes visent
souvent les gens instruits et les leaders des communauté Massaleit,
Four et Zaghawa, groupes ethniques africains.( Communauté Massaleit
en exil).
- Attaque par l’armée et les milices des villes de Artala puis
de Mukjar. Attaque par avion. Pillage. Les villes sont brûlées.
A Artala, 4 morts et 42 blessés. A Mukjar 28 femmes, 24 hommes et
26 enfants tués (Diaspora 30 05).
- Pour des raisons de « sécurité », près
d’un demi-millon de personnes qui avaient accès à l’assistance
humanitaire, n’y ont plus droit, pas plus que les 30 000 personnes
nouvellement déplacées (Nations-Unies, 15 mai).
Peines de mort/procès injustes
Le 26 avril, 26 hommes dont un enfant de 15 ans et deux hommes
de 71 et 75 ans ont été condamnés à mort
par la Cour spéciale de Nyala pour avoir tué 35 personnes
et blessé 28 autres dans l’attaque d’un village agricole africain.
Des témoins avaient dit que les attaquants venaient d’un autre groupe,
et que les accusés avaient été arrêtés
arbitrairement. Les avocats autorisés (trois pour 38 accusés),
ne purent avoir accès aux accusés que 5 jours avant l’ouverture
du procès et ne furent autorisés qu’à poser 4 questions
à chaque accusé et chaque témoin alors que l’accusation
a pu poser un nombre illimité de questions. Des trois juges, l’un
était policier, l’autre appartenait à l’armée et seul
le président était civil. Les condamnés ont 8 jours
pour faire appel.
La peine de mort contre des mineurs de 18 ans est interdite par le
droit international (AI, HRW).
- Une jeune fille célibataire de 14 ans a été
condamnée parce qu’elle était enceinte de neuf mois,
à Nyala, à 100 coups de fouet pour adultère-
alors que pour qu’il y ait adultère il faut être marié.
Si le jugement est confirmé en appel la peine devra être appliquée
immédiatement. Son avocat a fait valoir que la Cour n’avait pas
tenu compte de son âge. La flagellation d’un enfant contrevient
à la convention sur le droit des enfants que le Soudan a signé.
Un commerçant de 25 ans accusé en connexion avec ce cas fut
acquitté, faute de preuves. Rappelons qu’en novembre 2002,
17 femmes de cette région furent condamnées à 100
coups de fouet chacune, sans qu’aucun homme ne soit accusé en connexion
avec les affaires. Elles n’avaient pas eu droit à un avocat.
Détention au secret et sans acte d’accusation par l’Agence
Nationale de Sécurité et les Renseignements Militaires, risques
de torture.
Arrestations de masse de Zaghawa (OMCT).
En particulier, le 23 avril Abu Baker Hamed Nour et Youssouf
Mohammed Faleh, ingénieurs, Mohamed Bashir Ahmed, fonctionnaire,
Bashir Bushara, Hashem el Tayeb, Abdel Rahman Ahmed et Mohammed Hashem
Abdel Rahman, commerçants, tous Zaghawa (africains) ainsi que Ibrahim
Mohammed Hassan, propriétaire d’un studio de photographie et Four
(africain), Abdel Shafi Issa Mohamed, directeur de l’usine textile de Nyala,
ont été arrêtés à Khartoum et au Darfour
en connexion avec le conflit actuel au Darfour et Amnesty International
craint qu’ils ne soient torturés (AI).
Le 2 mai, ont également été arrêtés
au Darfour Adam Mohamed Ahmed Mohammmed Girba et Mohamed Karama, commerçants,
Four, Khalil Mohammedein et Mohammed Ibrahim Tyrab, fermiers, Four, Omer
Hussein Ali et Adam Haroon Nour enseignants, Zaghawa, Youssif Hussam commerçant
Zaghawa, Adam Ahmed Abu Jamal 50 ans et Abdel Gader Salim Barakat 25 ans,
(qui aurait été torturé), Four, Mohammed Said Ahmed,
fonctionnaire, Saied Bushara commerçant, Zaghawa (Sudanese Organization
against Torture : SOAT, membre de l’OMCT).
Le 15 mai, arrestation de Yusuf Arkoi Minawi, 45 ans, Sherif Ahmed
Llaga, 38 ans Ramadan Jabir Nahar, 35 ans, Dawood Mohamed, 55 ans, Zakaria
Mohamed, 70 ans, Yunis Mohammed Banni, 25 ans, Mandi Mamoun, 55 ans (AI).
Arrestation le 29 mai d’Adam Mussa Madibbu, membre du Politburo du
Parti Umma. Son arrestation pourrait être liée à ce
que lors d’une réunion de différents partis politiques organisée
par le parti au pouvoir, le Congrès National, il ait « exprimé
son opinion ». Il a été relâché le lendemain.
Le 3 mai, le journaliste Yusif Al Bashir Musa, correspondant de Al
Sahafa à Nyala, a été arrêté pour avoir
rapporté des combats dans la région du Darfour. Il a été
torturé selon un médecin qui a pu le voir ; bien qu’il n’ait
qu’une jambe, il a été battu et frappé sur la plante
du pied et les épaules avec un gourdin, frappé sur la figure
et l’abdomen, et menacé de viol (OMCT). Relâché le
6 mai, il fut arrêté à nouveau le 7 par décret
du gouverneur du Darfour et emprisonné pour 6 mois, ce qui est rendu
possible par l’état d’urgence.
De plus à l’université de Zalingei, Darfour, 24 étudiants
ont été arrêtés le 1er mai à la suite
d’incidents concernant le paiement d’allocations, dont deux seulement ont
été relâchés. Deux étudiantes ont été
sévèrement battues.
Sud
- D’après l’ONG, Persecution Project Foundation, qui
s’est rendue dans les régions pétrolières du Haut-Nil
Ouest entre Tam et Mankien, le sol était couvert de restes humains
provenant des massacres des semaines précédentes, spectacle
qu’ils ont vu pendant 6 heures de marche (Report 23 04).
- Selon l’ONG Servant’s Heart une attaque simultanée
de 10 villages par les forces gouvernementales eut lieu dans le Haut-Nil
Est [zone des pétroliers arabes]. Il n’y avait pas d’ALPS dans
la région. Beaucoup de villageois furent brûlés
vifs dans leur maison dont un pasteur presbytérien, son épouse
et leurs quatre enfants. On compte 59 morts, 15 blessés, 10
enfants et 6 femmes enlevés (Freedom Quest, 04 06).
L’esclavage au Nord Bahr el Ghazal :Résultats d’une recherche
nominative
- 11 105 victimes d’enlèvements furent enregistrées
de 1983 à 2002
- Pendant ces 20 ans, 1 862 raids au cours desquels
- 5 148 personnes furent tuées
- Des 11 105 personnes enlevées, on connaît 528 personnes
qui sont rentrées chez elles
- 60 % des personnes enlevées avaient 18 ans ou moins à
l’époque de l’enlèvement
- La majorité des personnes enlevées étaient
de sexe masculin
- Dans le village le plus affecté, Ajok, dans le comté
d’Aweil Ouest, 101 adultes et enfants furent enlevés en une seule
semaine.
Tous les enlèvements ont eu lieu dans des régions contrôlées
par l’ALPS. Beaucoup d’enfants ont été enlevés trop
petits pour se souvenir du nom de leur village.
La recherche fut conduite par le Rift Valley Institute, une association
indépendante de recherche et d’éducation basée à
Londres et au Kenya, sur financement du Département du Développement
International du gouvernement britannique et de deux associations américaines,
l’Open Society Institute et le Fonds J.M.Kaplan. Elle fut organisée
et dirigée par deux spécialistes du Soudan, John Ryle, président
du Rift Valley Institute qui fut membre du groupe d’Eminentes Personnes,
sponsorisé par le gouvernement américain, dont le rapport
sur l’esclavage fut publié l’an dernier. Il a également oeuvré
à faire connaître le nettoyage ethnique en zone pétrolière.
Jok Madut Jok enseigne à l’université Loyola Marymount de
Los Angeles ; il est l’auteur du livre Guerre et esclavage au Soudan. L’étude
a réuni 48 chercheurs soudanais formés et recrutés
localement. Pendant 18 mois, ils ont effectué des milliers d’interviews
avec des leaders de communauté et des membres des familles de personnes
enlevées. Ils ont parcouru de très nombreux kilomètres
à pied et à bicyclette transportant des questionnaires et
des moustiquaires.
Save the Children Fund se sert de cette base de donnée pour
retrouver ceux qui ont été enlevés et les réunir
à leur famille. « Sous la pression internationale, a dit John
Ryle, le gouvernement soudanais a autorisé ce travail. Mais les
personnes enlevées anciennement et celles réduites en esclavage
au Nord Soudan n’ont toujours pas accès à la justice ».
- MSF puis Action Contre la Faim avertissent que la nourriture
se raréfie dans 2 comtés du Bahr el Ghazal à cause
de la sécheresse (AFP 23 04, 28 05). « La situation
est alarmante. »
- Au Soudan, aucun nouveau cas de polyomélite n’a été
rapporté depuis 2001. Cependant les Nations-Unies demandent des
fonds additionnels pour achever le programme (IRIN 13 05).
- Selon l’OMS, dans les Monts Imatong au Sud-Soudan 178 personnes
sont atteintes de fièvre, diarrhée et vomissements de sang.
Onze sont mortes. Des prélèvements ont été
envoyés au Kenya pour savoir s’il s’agit d’Ebola ( Reuter 14 05).
-Le PAM a pu, grâce au cessez-le feu, utiliser des
barges sur le Nil au lieu d’avions pour transporter l’aide alimentaire,
ce qui correspond à une diminution de coût de près
de 60%.
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