Nouveau mouvement rebelle
Vigilance Soudan s’était fait l’écho de rapports nombreux
alléguant dans cette vaste région de l’ouest du Soudan, un
nettoyage ethnique qui serait soutenu par le gouvernement au détriment
des cultivateurs africains musulmans et en faveur des éleveurs arabes,
dans un contexte de ce que le gouvernement appelle des vols à main
armée et certainement de sécheresse et de famine. Le Rapporteur
Spécial des Nations-Unies, Amnesty International et d’autres s’étaient
indignés des tribunaux spéciaux au Darfour. Le gouvernement
organisa une réunion de chefs tribaux pour essayer de calmer les
choses.
C’est alors qu’un groupe d’environ 300 rebelles, saisit Gulu, la capitale
provinciale des Monts Marra (qui culminent à 3024m.) et y installa
sa propre administration. Le nom du dirigeant est peu clair : on cite Abdallah
Korah, Abdel Wahib Mohammed Nour, Abdallah Abkar et d’autres. Selon Ibrahim
Soleiman, gouverneur du Nord Darfour et chef d’un comité pour la
sécurité dans tout le Darfour, les rebelles ont établi
des camps d’entraînement dans les Monts Mara d’où ils lancent
des attaques contre les postes de l’armée et de la police. Ils disposent
d’armes, de véhicules et de communications modernes par satellite.
Ils seraient soutenus par « des tribus tchadiennes » ; la frontière
entre le Tchad et le Soudan a séparé des tribus qu’unit toujours
un sentiment de solidarité.
La conférence des chefs tribaux durait encore quand les rebelles
déclarèrent s’appeler Mouvement/Armée de Libération
du Soudan (M/ALS), à ne pas confondre avec le M/ALPS. L’objectif
du M/ALS est de renverser le régime et de créer un Soudan
uni et démocratique. « L’unité du Soudan doit être
basée sur le droit à l’autodétermination... et sur
un système politique et économique qui s’engage contre le
développement inégal et la marginalisation ». Le Darfour
a souffert d’une politique « de nettoyage ethnique à l’encontre
des tribus africaines ». Il appelle à la séparation
de l’Etat et de la religion, à une entente avec l’Alliance Nationale
Démocratique (qui groupe des partis d’opposition du Nord et l’ALPS),
et appelle les habitants du Darfour d’origine arabe à rejoindre
leur combat.
Une délégation Fur [tribu africaine d’agriculteurs] leur
fut envoyée par Ibrahim Suleiman. Les demandes du M/ALS sont, de
source gouvernementale, l’engagement du gouvernement à mettre en
oeuvre des plans de développement intensifs dans le Darfour, une
amnistie et un cessez-le-feu. Béchir écarta toute possibilité
de pourparlers. L’ALS déclara avoir pris la région Zaghawa
et la ville de Tiné qui commande la frontière avec la Libye
et le Tchad. Après la visite du ministre de l’Intérieur au
Tchad, ce pays a résolu de fermer ses frontières. Depuis
Béchir a rencontré Debbé, le président tchadien.
Entre temps l’avocat Fur, Abdel Wahib a déclaré par téléphone
à Africa Confidential qu’ils avaient des milliers de supporters
armés, qu’ils contrôlaient bien le terrain tout autour des
Monts Marra, et qu’ils avaient battu l’armée et les milices gouvernementales
qui voulait reprendre Tiné. La situation est quelque peu confuse
car « l’Alliance Soudanaise Démocratique Fédéraliste
», sous la direction du Professeur Al-Sharif et d’Ahmed Diraij (gouverneur
du Darfour à la fin des années 70 et depuis membre de l’Alliance
Nationale Démocratique), a aussi revendiqué entre autres
la prise de Tiné. Elle invite les media internationaux à
visiter la région.
Une milice arabe a blessé mortellement le Shaikh Salih Dakoro,
leader proéminent de la communauté Masalit âgé
de 69 ans, alors qu’il voyageait avec quatre compagnons.
L’ALPS dit n’être responsable en rien de l’émergence de
l’ALS, mais souligne, à juste titre, que depuis ses débuts,
elle a toujours insisté sur la marginalisation dont sont l’objet
maints peuples du Soudan.
Les pourparlers de Machakos auront montré aux habitants du Darfour
que faire la guerre est plus payant que supporter patiemment ses malheurs.
Au Royaume-Uni
- Un apologiste bloque le droit d’asile
Le Ministère de l’Intérieur a recruté un apologiste
du gouvernement soudanais pour bloquer la requête d’un demandeur
d’asile soudanais et discréditer un expert dont les rapports demandent
que les réfugiés soudanais ne soient pas refoulés.
Dans une plaidoirie écrite à un tribunal d’appel, un
officier d’émigration a élevé des doutes sur l’objectivité
de Peter Verney, éditeur de Sudan Update, qui a préparé
deux cents rapports au cours des deux dernières années pour
des demandeurs d’asile soudanais. L’accusation de partialité, dit
l’officier Javid, était basée sur un article écrit
par David Hoile, consultant des autorités soudanaises et directeur
du Conseil pour les Affaires Publiques Europo-Soudanaises.
M.Hoile s’est allié par le passé à un certain
nombre de groupes terroristes et rebelles équivoques : les Contras
au Nicaragua, Renamo au Mozambique et Unita en Angola. Quand il était
étudiant à l’université Warwick dans les années
80, il portait un écusson « Pendez Mandela ».
Depuis qu’il a établi son Conseil en 1998, M.Hoile a croisé
le fer avec de nombreux groupes de droits de l’homme, de chercheurs et
de journalistes qui rendaient compte des violations des droits de l’homme.
M. Verney, qui a étudié le Soudan pendant 25 ans, a participé
à plusieurs enquêtes internationales sur le conflit et dit
de M.Hoile « Il a défendu le régime contre des accusations
allant du soutien au terrorisme, à l’implication dans l’esclavage...
J’ai pu démolir les arguments du Ministère de l’Intérieur,
ils ont évidemment décidé de saper ma crédibilité.
L’appel est d’un Masalit (africain du Darfour). M.Verney a écrit
que ce groupe ethnique « a été l’objet d’un traitement
de plus en plus violent durant la dernière décade. Les milices
tribales arabes avec la complicité apparente des forces gouvernementales
ont attaqué les régions, les gens, les fermes, le bétail
des Masalit, ont pillé leurs possessions et pris leurs terres »....M.Verney
rejette donc dans son article l’affirmation de M.Javid selon laquelle cette
tribu n’est pas l’objet de persécutions.
Lord Avebury, Président du groupe parlementaire des droits de
l’homme a déclaré lors d’un débat à la chambre
des Lords : « On pense que M. Hoile reçoit tout son argent
du gouvernement soudanais. J’espère que ceux qui reçoivent
sa littérature en prendront bonne note ». M. Hoile a nié
que le Conseil soit financé par le gouvernement soudanais. Mais
il a reconnu être payé pour son travail de consultant.
M. Javid n’a pas répondu aux appels téléphoniques
et le Ministère de l’Intérieur a dit ne pouvoir faire de
commentaires sur l’utilisation de l’article de M. Hoile.
The Guardian
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