Numéro 117 - mars - avril 2003

 

DARFOUR

Nouveau mouvement rebelle
Au Royaume-Uni - Un apologiste bloque le droit d’asile
Nouveau mouvement rebelle
Vigilance Soudan s’était fait l’écho de rapports nombreux alléguant dans cette vaste région de l’ouest du Soudan, un nettoyage ethnique qui serait soutenu par le gouvernement au détriment des cultivateurs africains musulmans et en faveur des éleveurs arabes, dans un contexte de ce que le gouvernement appelle des vols à main armée et certainement de sécheresse et de famine. Le Rapporteur Spécial des Nations-Unies, Amnesty International et d’autres s’étaient indignés des tribunaux spéciaux au Darfour. Le gouvernement organisa une réunion de chefs tribaux pour essayer de calmer les choses.

C’est alors qu’un groupe d’environ 300 rebelles, saisit Gulu, la capitale provinciale des Monts Marra (qui culminent à 3024m.) et y installa sa propre administration. Le nom du dirigeant est peu clair : on cite Abdallah Korah, Abdel Wahib Mohammed Nour, Abdallah Abkar et d’autres. Selon Ibrahim Soleiman, gouverneur du Nord Darfour et chef d’un comité pour la sécurité dans tout le Darfour, les rebelles ont établi des camps d’entraînement dans les Monts Mara d’où ils lancent des attaques contre les postes de l’armée et de la police. Ils disposent d’armes, de véhicules et de communications modernes par satellite. Ils seraient soutenus par « des tribus tchadiennes » ; la frontière entre le Tchad et le Soudan a séparé des tribus qu’unit toujours un sentiment de solidarité.
La conférence des chefs tribaux durait encore quand les rebelles déclarèrent s’appeler Mouvement/Armée de Libération du Soudan (M/ALS), à ne pas confondre avec le M/ALPS. L’objectif du M/ALS est de renverser le régime et de créer un Soudan uni et démocratique. « L’unité du Soudan doit être basée sur le droit à l’autodétermination... et sur un système politique et économique qui s’engage contre le développement inégal et la marginalisation ». Le Darfour a souffert d’une politique « de nettoyage ethnique à l’encontre des tribus africaines ». Il appelle à la séparation de l’Etat et de la religion, à une entente avec l’Alliance Nationale Démocratique (qui groupe des partis d’opposition du Nord et l’ALPS), et appelle les habitants du Darfour d’origine arabe à rejoindre leur combat.
Une délégation Fur [tribu africaine d’agriculteurs] leur fut envoyée par Ibrahim Suleiman. Les demandes du M/ALS sont, de source gouvernementale, l’engagement du gouvernement à mettre en oeuvre des plans de développement intensifs dans le Darfour, une amnistie et un cessez-le-feu. Béchir écarta toute possibilité de pourparlers. L’ALS déclara avoir pris la région Zaghawa et la ville de Tiné qui commande la frontière avec la Libye et le Tchad. Après la visite du ministre de l’Intérieur au Tchad, ce pays a résolu de fermer ses frontières. Depuis Béchir a rencontré Debbé, le président tchadien. Entre temps l’avocat Fur, Abdel Wahib a déclaré par téléphone à Africa Confidential qu’ils avaient des milliers de supporters armés, qu’ils contrôlaient bien le terrain tout autour des Monts Marra, et qu’ils avaient battu l’armée et les milices gouvernementales qui voulait reprendre Tiné. La situation est quelque peu confuse car « l’Alliance Soudanaise Démocratique Fédéraliste », sous la direction du Professeur Al-Sharif et d’Ahmed Diraij (gouverneur du Darfour à la fin des années 70 et depuis membre de l’Alliance Nationale Démocratique), a aussi revendiqué entre autres la prise de Tiné. Elle invite les media internationaux à visiter la région.
Une milice arabe a blessé mortellement le Shaikh Salih Dakoro, leader proéminent de la communauté Masalit âgé de 69 ans, alors qu’il voyageait avec quatre compagnons.
L’ALPS dit n’être responsable en rien de l’émergence de l’ALS, mais souligne, à juste titre, que depuis ses débuts, elle a toujours insisté sur la marginalisation dont sont l’objet maints peuples du Soudan.

Les pourparlers de Machakos auront montré aux habitants du Darfour que faire la guerre est plus payant que supporter patiemment ses malheurs.

Au Royaume-Uni - Un apologiste bloque le droit d’asile

Le Ministère de l’Intérieur a recruté un apologiste du gouvernement soudanais pour bloquer la requête d’un demandeur d’asile soudanais et discréditer un expert dont les rapports demandent que les réfugiés soudanais ne soient pas refoulés.
Dans une plaidoirie écrite à un tribunal d’appel, un officier d’émigration a élevé des doutes sur l’objectivité de Peter Verney, éditeur de Sudan Update, qui a préparé deux cents rapports au cours des deux dernières années pour des demandeurs d’asile soudanais. L’accusation de partialité, dit l’officier Javid, était basée sur un article écrit par David Hoile, consultant des autorités soudanaises et directeur du Conseil pour les Affaires Publiques Europo-Soudanaises. 
M.Hoile s’est allié par le passé à un certain nombre de groupes terroristes et rebelles équivoques : les Contras au Nicaragua, Renamo au Mozambique et Unita en Angola. Quand il était étudiant à l’université Warwick dans les années 80, il portait un écusson « Pendez Mandela ».
Depuis qu’il a établi son Conseil en 1998, M.Hoile a croisé le fer avec de nombreux groupes de droits de l’homme, de chercheurs et de journalistes qui rendaient compte des violations des droits de l’homme. M. Verney, qui a étudié le Soudan pendant 25 ans, a participé à plusieurs enquêtes internationales sur le conflit et dit de M.Hoile « Il a défendu le régime contre des accusations allant du soutien au terrorisme, à l’implication dans l’esclavage... J’ai pu démolir les arguments du Ministère de l’Intérieur, ils ont évidemment décidé de saper ma crédibilité.
L’appel est d’un Masalit (africain du Darfour). M.Verney a écrit que ce groupe ethnique « a été l’objet d’un traitement de plus en plus violent durant la dernière décade. Les milices tribales arabes avec la complicité apparente des forces gouvernementales ont attaqué les régions, les gens, les fermes, le bétail des Masalit, ont pillé leurs possessions et pris leurs terres »....M.Verney rejette donc dans son article l’affirmation de M.Javid selon laquelle cette tribu n’est pas l’objet de persécutions. 
Lord Avebury, Président du groupe parlementaire des droits de l’homme a déclaré lors d’un débat à la chambre des Lords : « On pense que M. Hoile reçoit tout son argent du gouvernement soudanais. J’espère que ceux qui reçoivent sa littérature en prendront bonne note ». M. Hoile a nié que le Conseil soit financé par le gouvernement soudanais. Mais il a reconnu être payé pour son travail de consultant.
M. Javid n’a pas répondu aux appels téléphoniques et le Ministère de l’Intérieur a dit ne pouvoir faire de commentaires sur l’utilisation de l’article de M. Hoile.

The Guardian
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