| « Le pays reste sous la poigne de fer de l'appareil de
sécurité omniprésent qui continue à jouir d'une
impunité virtuelle » G.Baum
Résumé
Le Rapporteur spécial, tout en se réjouissant de
l'évolution récente du processus de paix, considère
qu'il ne faut pas perdre de vue la situation globale des droits de l'homme
et souligne combien il importe de mettre les droits de l'homme au cœur
des pourparlers de paix en vue d'une paix juste et durable.
Le contrôle de l'application de l'accord de paix, tant
de l'intérieur que de l'extérieur du pays, revêt une
importance capitale. Le processus de paix devrait reposer sur des mécanismes
concrets de promotion et de protection des droits de l'homme. Il faut notamment
créer des institutions indépendantes à l'intérieur
du pays ainsi qu'un dispositif permettant d'assurer un contrôle efficace
depuis l'extérieur.
D'une manière générale, la situation globale
des droits de l'homme ne s'est pas améliorée malgré
les engagements pris. Si la société civile est davantage
encline à prendre des initiatives et mieux organisée, les
forces de sécurité continuent d'opérer dans l'impunité.
20. Le Rapporteur spécial a constaté que le climat politique
actuel ne permet pas aux partis politiques et aux associations de se développer
librement. Les partis politiques d'opposition, les étudiants politiquement
actifs et les représentants de journaux indépendants ou d'ONG
de défense des droits de l'homme ont continué de faire l'objet
de différentes formes de harcèlement. La pratique consistant
à convoquer une personne quotidiennement ou périodiquement
dans les locaux des forces de sécurité ainsi que la torture,
qu'elle soit physique ou qu'elle revête des formes psychologiques
plus subtiles, n'ont pas cessé. Les prisonniers sont souvent éloignés
de leur communauté d'origine, ce qui les prive du soutien et de
l'assistance de leur famille. 21.Le Rapporteur spécial a été
informé que des étudiants qui mènent des activités
politiques et/ou militent pour les droits de l'homme ainsi que des membres
de partis politiques d'opposition - en particulier du Parti unioniste démocratique
(DUP) et du Congrès national populaire (PNC) - ont continué
de faire l'objet de harcèlement. Avant sa visite, il a été
informé que quelque 150 partisans du PNC avaient été
arrêtés dans tout le Soudan à la fin du mois de septembre.
Dans la plupart des cas, ces personnes n'avaient pas été
inculpées et on ignorait ce qu'il était advenu d'elles. La
détention du dirigeant du PNC, Hassan el-Tourabi, a été
une nouvelle fois prolongée le 15 août ..... 22. Le Rapporteur
spécial a été particulièrement préoccupé
par les informations qu'il a reçues concernant les émeutes
étudiantes qui ont eu lieu à l'Université de Khartoum
la dernière semaine d'octobre. La cause immédiate des manifestations
aurait été l'annulation d'un rassemblement politique même
si les restrictions à la liberté d'association et de réunion
semblent être la principale cause des désordres . D'après
les informations reçues, des manifestants étudiants ont été
attaqués par la police anti-émeute. Deux étudiants
ont été gravement blessés par balle et/ou roués
de coups et la police a arrêté une centaine d'étudiants,
dont une soixantaine ont été ensuite remis en liberté.
La plupart des étudiants auraient été inculpés
en application des articles 69, 77 et 142 du Code pénal de 1991.
23. [Onze] étudiants de l'Université de Khartoum seraient
toujours détenus au secret dans la prison de Kober. [Parmi
eux] M. Faroug aurait été cruellement torturé...25....Le
Rapporteur spécial a noté que a) une certaine confusion continue
d'entourer la création d'une institution nationale des droits de
l'homme; b) les atteintes à la liberté de réunion
commises par des agents de la sécurité restent un sujet de
préoccupation... 27.Quelques sources ont fait état de tortures
infligées à des étudiants au cours des deux ou trois
mois précédents. Le Rapporteur spécial a rencontré
l'un de ces étudiants dont les bras étaient marqués
de 13 brûlures de cigarette. Lorsque le Rapporteur spécial
a évoqué cette affaire, un haut responsable politique lui
a dit que l'on pouvait très bien s'infliger de telles blessures
afin d'éveiller la compassion. Le Rapporteur spécial a été
consterné par cette réponse et a demandé instamment
au Gouvernement de se pencher sérieusement sur la question de la
torture, notamment en vue de traduire les tortionnaires en justice. 28.Des
mesures de sécurité peuvent être imposées dans
le cadre de l'état d'urgence en vigueur depuis décembre 1999.
Elles sont souvent mises en œuvre arbitrairement. Le Rapporteur spécial
a déjà évoqué d'une part l'amendement à
la loi relative aux forces de sécurité nationales (National
Security Forces Act) qui permet, dans la pratique, de détenir une
personne au secret pendant six à neuf mois et d'autre part les amendements
à la loi de 1991 relative à la procédure pénale
qui renforce les pouvoirs des forces de l'ordre, notamment en matière
d'enquête, d'arrestation, d'interrogatoire et de détention,
sans examen judiciaire. D'une manière générale, l'action
des forces de sécurité, principales responsables des violations
des droits de l'homme et l'impunité dont jouissent les agents de
la sécurité continuent de susciter de graves préoccupations.
29. Bien que la censure ait été temporairement abolie à
la fin de novembre 2001 et contrairement aux informations reçues
du Conseil national de la presse, le Rapporteur spécial a constaté
que les journaux indépendants étaient toujours pris pour
cible. Outre la persistance des formes directes et indirectes de censure
et l'imposition de mesures restrictives telles que des amendes élevées,
le Rapporteur spécial a été informé qu'une
instruction officielle en date de juillet oblige les journaux à
avoir au moins 12 pages. L'augmentation des coûts de production découlant
de cette instruction a été considérée comme
une sanction indirecte visant la presse écrite indépendante.
30...les journalistes travaillant pour des journaux qui ont été
suspendus se retrouvent sans emploi et n'ont aucune garantie d'en retrouver
car dans la plupart des cas ils ne peuvent pas travailler non plus pour
d'autres journaux. Le rôle du Conseil national de la presse a fait
l'objet de critiques...33...Des sources ont regretté que le Conseil
consultatif pour les chrétiens n'ait pas été créé
d'une manière démocratique et sur un mode participatif et
que ses membres aient été nommés par le Gouvernement.
En conséquence, les Églises ne semblent pas avoir confiance
dans le Conseil. 34.L'égalité de droits devrait être
garantie à tous les citoyens soudanais, quelle que soit leur religion.
46...le Rapporteur spécial a été informé que
des progrès, certes toujours limités, avaient été
enregistrés dans le domaine des enlèvements à la suite
de la restructuration du Comité pour l'élimination des rapts
de femmes et d'enfants (CERFE) et parce que le train reliant Babanusa à
Wau n'avait pas circulé dernièrement. 56....le Rapporteur
spécial a été informé que des femmes fonctionnaires
continuaient d'être licenciées. Conformément aux règlements
régissant la délivrance de visas de sortie, les femmes ne
peuvent voyager à moins d'obtenir de leur «gardien»
une autorisation de voyager. Celle-ci doit être visée par
un juge ou un homme de loi. Les femmes qui vivent seules feraient souvent
l'objet de harcèlement de la part des services de sécurité,
y compris sur le plan sexuel. 57. Le Rapporteur spécial se déclare
préoccupé par les informations selon lesquelles 17 femmes
auraient été récemment reconnues coupables d'adultère
et condamnées à 100 coups de fouet à l'issue d'un
procès sommaire à Nyala dans le Sud-Darfour.
La situation reste également préoccupante dans les zones
contrôlées par le Mouvement/l'Armée de libération
du peuple soudanais (MLPS/ALPS), où il n'existe pratiquement aucune
garantie concernant le respect des libertés et des droits fondamentaux.
59.En ce qui concerne la situation des femmes dans les territoires contrôlés
par le MLPS/ALPS, le Rapporteur spécial a été informé
que les femmes n'étaient guère associées à
la réalisation des projets de développement car la société
locale serait pour l'essentiel dominée par les hommes. En général,
les femmes ne reçoivent pas d'instruction et dès l'âge
de 10 ou 12 ans, la plupart des jeunes filles seraient prises pour femmes
par des dirigeants ou des commandants locaux. Il semble que la situation
ne varie que légèrement d'une région à l'autre...65...
Le Rapporteur spécial renouvelle son appui inconditionnel aux initiatives
prises au niveau local, qui aident, grâce à un dialogue direct
de personne à personne, à jeter les bases de la paix. 68.Le
Rapporteur spécial a été informé que les auteurs
de violations des droits de l'homme sont parfois traduits en justice. ...
dans quelques zones, le principe de l'obligation de rendre des comptes
était relativement bien appliquée mais que cela tenait essentiellement
aux personnalités concernées. En général, les
magistrats agissent souvent d'une manière arbitraire. D'après
les informations reçues, les tribunaux civils commençaient
lentement à remplacer les tribunaux militaires. Quant aux chefs
locaux, dont la plupart avaient été marginalisés,
ils revenaient lentement sur le devant de la scène et avaient commencé
à jouer un rôle actif dans l'instauration de la primauté
du droit. 61.Les principaux problèmes étaient toutefois les
suivants: le «pouvoir énorme des forces de sécurité»;
les graves restrictions à la liberté d'opinion et d'expression,
de parole, de réunion et d'association; et la mise en œuvre de mesures
répressives visant à contrôler et/ou supprimer les
initiatives politiques et les structures administratives indépendantes...en
bref, il n'y a pas véritablement d'autre solution que le MLPS/ALPS.
La population n'est généralement pas informée du processus
de paix et n'y est pas préparée. .. une opposition interne
se mettait en place et la société civile demandait, dans
une certaine mesure, des comptes au MLPS/ALPS, lorsque celui-ci ne respectait
pas ses engagements.
Le Rapporteur spécial se réjouit des progrès qui
ont été faits dans le domaine de l'accès des opérations
humanitaires. 36.Les restrictions imposées pendant le mois d'octobre
ont été qualifiées de «décourageantes»:
le Gouvernement n'a pas seulement opposé un refus ...pour 61 des
178 points qui avaient fait l'objet d'une demande; il a également
demandé que toutes les zones situées dans les monts Nouba
soient approvisionnées à partir de points qu'il contrôle,
notamment El-Obeid. D'autres restrictions ont été imposées
à l'utilisation d'avions spécifiques (deux sur trois). Les
restrictions concernant le survol de l'Équatoria orientale et de
l'Équatoria occidentale et la suspension des activités humanitaires
pendant plus d'une semaine ont suscité d'autant plus d'inquiétudes
qu'elles s'inscrivaient dans le cadre d'une politique d'accès de
plus en plus restrictive qui rendait de plus en plus difficile l'organisation
d'opérations humanitaires efficaces au Soudan. D'après les
informations disponibles, il était de ce fait devenu impossible
d'accéder à quelque 400 000 personnes. On pouvait certes
les atteindre en passant par d'autres points mais elles devaient marcher
sur de plus longues distances pour atteindre les vivres . En outre, la
décision prise récemment de refuser l'accès à
l'Équatoria orientale et à l'Équatoria occidentale
constituait une violation directe des protocoles tripartites relatifs aux
bénéficiaires et à la sécurité et des
principes humanitaires régissant l'Opération Survie au Soudan.
39.Le Rapporteur spécial s'est félicité de la
signature, le 26 octobre, ...d'un accord entre le Gouvernement, le
MLPS/ALPS et l'ONU autorisant un accès humanitaire sans entrave.
Cet accord devait couvrir la période allant du 1ernovembre à
la fin du mois de décembre 2002,... 41...les personnes déplacées,
en particulier des personnes originaires de l'État de l'Unité,
ont dû faire face à de graves problèmes pendant les
deux mois écoulés à cause d'une milice pro-gouvernementale
dirigée par Paulino Matiep, qui aurait été habilité
à arrêter les Nouers, à les emprisonner dans une maison
à Khartoum et/ou à les enrôler de force pour les envoyer
dans des zones de combat. Cela aurait entraîné des affrontements
... entre tribus. 42....après la chute de Kapoeta et de Torit, de
nouveaux groupes de personnes déplacées ont été
signalés ...et se sont retrouvées sans défense.
62.D'après les informations reçues par le Rapporteur spécial,
le recrutement forcé d'enfants dans les zones de combat se poursuivrait.
Il a appris qu'un nombre non confirmé d'enfants avaient été
emprisonnés à Bahr al-Ghazal pour avoir déserté
et qu'ils ont été condamnés à des peines d'emprisonnement
allant jusqu'à 20 ans. Il a été heureux d'apprendre
que selon certaines informations le Wali de Wau avait décidé
de les remettre en liberté au motif que ces mineurs n'auraient tout
simplement pas dû être recrutés.
Le Rapporteur spécial estime que les tribunaux spéciaux
créés dans le Darfour ne sont pas conformes aux normes internationales
relatives aux droits de l'homme et encourage le Gouvernement à étudier
d'autres moyens de gérer la situation dans cette région.
83.Les entretiens qu'il a eus ...ont montré clairement qu'on n'avait
pas pris le temps de procéder à des contre-interrogatoires,
que certains prisonniers n'avaient pas été informés
des raisons de leur condamnation à mort, que la plupart des autres
prisonniers avaient été condamnés pour attaque armée
et meurtre. Toutes ces personnes avaient fait appel. Le Rapporteur spécial
a remarqué que tous les prisonniers étaient enchaînés,
un traitement dont on lui a dit qu'il était généralement
réservé aux prisonniers condamnés à mort. À
cause de la chaleur, les prisonniers devaient envelopper les chaînes
dans du papier et/ou du plastique afin qu'elles n'entrent pas en contact
avec la peau. 91.. En outre, les personnes condamnées ne sont généralement
pas citées à comparaître lors du procès en appel.
Le Rapporteur spécial considère que l'Organisation des
Nations Unies devrait jouer un rôle politique plus actif au Soudan
afin de soutenir le processus de paix actuel en vue de parvenir à
une paix durable. ...le Gouvernement semblait se satisfaire des résultats
de la première session des entretiens de paix et n'éprouvait
donc pas le besoin de continuer à mettre l'accent sur les questions
relatives aux droits de l'homme. Si tel était le cas, le Rapporteur
spécial considérerait alors qu'il y a danger et souhaiterait
souligner sans ambiguïté que les droits de l'homme doivent
non pas entrer en jeu après le conflit mais faire partie intégrante
des pourparlers de paix et être au cœur de ces pourparlers car si
l'on ne s'intéresse pas aux droits de l'homme aujourd'hui, il n'y
aura jamais de paix juste et durable demain. Il tient aussi à rappeler
que les pourparlers de paix doivent être ouverts à toutes
les parties au conflit et ne sauraient donc relever exclusivement du Gouvernement
et du MLPS/ALPS; cela risquerait d'accentuer le clivage du pays et rendrait
plus difficile le règlement du conflit lui-même
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