
|
Numéro 117 - mars - avril 2003
|
UN MALHEUR NE VIENT JAMAIS SEUL
| La résolution proposée à la Commission des Droits
de l’homme des Nations-unies condamnait maintes violations des droits de
l’homme par le Soudan et demandait le renouvellement du mandat du Rapporteur
Spécial. Elle a été rejetée le 15 avril par
26 voix, surtout africaines, contre 24 dont la France. Il n’y a donc pas
de renouvellement du mandat de Gerhart Baum, bien qu’il ait déclaré
qu’il n’y avait pas d’amélioration significative des droits de l’homme.
Sa voix est réduite au silence. La sauvagerie à l’égard
des citoyens du Sud, particulièrement en région pétrolière,
les maisons fantômes de Khartoum, l’utilisation de la torture, les
tribunaux spéciaux, la suppression de la liberté de la presse,
ne valent une considération spéciale.
Le quatrième round des pourparlers de paix a évité
le sujet du partage du pouvoir et des richesses sur lequel seuls quelques
accords de principe avaient été atteints. Il s’est consacré
aux arrangements sécuritaires. Faut-il, comme le veut le gouvernement
avoir une armée nationale unique dès la période intérimaire,
ou, comme le demande le MLPS, conserver aux côtés de l’armée
gouvernementale, l’Armée de Libération du Peuple Soudanais?
C’est sur l’incapacité de se mettre d’accord sur ce point que s’est
achevée la rencontre. Seule bonne nouvelle, les milices gouvernementales
furent inclues dans les discussions. La plupart souhaitent rester indépendantes.
Ce quatrième round avait été précédé de négociations entre le gouvernement et l’ALPS concernant les trois régions marginalisées, qui ne font pas partie du Sud stricto sensu, les Monts Nouba, les Ingessana, en guerre, bien que les Noubas jouissent d’un cessez-le-feu, et Abyei, peuplée de Dinkas. Les tractations se sont tenues en dehors des réunions de l’IGAD dont Khartoum maintient qu’il n’est responsable que du Sud. L’ALPS a maintenant implicitement admis que ces régions n’appartiennent pas au Sud, mais demande que leur statut politique fasse partie intégrante de l’accord de Paix. Khartoum le refuse comme il refuse de discuter leur statut politique. Khartoum veut co-opter des leaders de communauté et exclure les observateurs de l’IGAD et les partenaires internationaux. L’ALPS considère que ces pourparlers sont politiques, et que la solution comprend la séparation de l’Etat et de la religion ainsi que le droit à l’autodétermination, ce à quoi Khartoum s’oppose. Il faut noter toutefois que le sort de ces régions n’a jamais été discuté, et que pendant les négociations on a seulement pris langue sur l’ordre du jour. Peut-être le seul aspect positif de l’approche des Parties est-il qu’elles ressentent le besoin d’une représentation des citoyens des zones concernées. Avec les consultations société civile/ALPS, fin 2002, un dialogue public a été créé. Pour être prêts au jour de la paix, une rencontre aux Pays-Bas a réuni des délégués du gouvernement soudanais, du SPLM, des ONG soudanaises et étrangères travaillant en zone gouvernementale et non gouvernementale, ainsi que ceux de différents pays européens, des USA, du Japon, de la Ligue Arabe, de la Banque Mondiale et du FMI. Les participants ont décidé d’établir dans le temps le plus court possible un « programme à impact rapide » basé sur l’aide humanitaire et au développement existante et de préparer le terrain pour un développement, une réduction de pauvreté et un respect des droits de l’homme durables. Ces travaux auront lieu dans le cadre du forum des partenaires de l’IGAD. Les créditeurs et institutions financières prépareront l’allègement de la dette à être mise en oeuvre dès la paix. Les participants engageront des consultations dirigées par des Soudanais à travers tout le pays pour élargir le consensus au processus de paix. L’échec des deux pourparlers fait douter que la paix puisse avoir lieu fin juin 2003, comme l’avaient promis Béchir et Garang lors d’une rencontre en mars. Les négociations reprendront le 2 mai. Bételgeuse
|