L’Etat d’urgence renouvelé
- L’Etat d’urgence a été étendu pour un an par
l’Assemblée Nationale à la requête du Président
Béchir, à dater du 23 décembre (IRIN 26 12). Les raisons
en ont été présentées par le président
de la commission sécurité et défense, le général
Hussein Abdallah Jibryl. Attaques de l’extérieur: la ville d’Hamehkoreib
a été prise et les forces érythréennes sont
massées à la frontière ; le Sudan Peace act [américain]
que l’on devrait appeler le Sudan War act ; attaques de l’intérieur
: vol à main armée dans le Darfour, les conférences
tenues dans les Monts Nouba et le Nil Bleu Sud [zones qui veulent être
ralliées au Sud et ont demandé à Garang de les représenter
à Machakos] (Télévision Soudanaise, 18.12). Le Président
de l’Assemblée a aussi cité la guerre du Sud. (AFP 18 12).
L’Etat d’urgence existe depuis décembre 99 quand le Président
Béchir a renvoyé Hassan el Tourabi. Il permet au Président
de nommer à des postes dont les titulaires devraient être
élus, de conserver des gens indéfiniment en détention,
d’instaurer des Cours spéciales au Darfour dont Gerahrt Baum, le
Rapporteur Spécial des Nations-Unes pour les droits de l’homme a
dit qu’elles étaient une source de grave préoccupation car
en désaccord avec les standards internationaux (IRIN 26 12).
- Le 3 janvier, l’Union Européenne a demandé au Soudan
de commuer les peines de mort et d’amputation prévues pour le 5
(AP 03 01). Le 4 le Soudan a déclaré que les peines de mort
ne pouvaient être commuées que par les parents des victimes.
Le Ministre de la Justice a ajouté que même le Président
Béchir ne pouvait le faire. Le président de l’association
des avocats [gouvernementale] a dénoncé l’intervention de
l’UE dans les affaires du Soudan. Il a ajouté qu’ils feraient mieux
de s’occuper de leurs propres droits de l’homme puisque depuis le 11 septembre
«ces gens ont changé leurs lois et arrêté des
gens sans charges ». Les Etats-Unis ont détenu des milliers
de gens vivant aux Etats-Unis dont beaucoup ont une ascendance Moyen-Orientale
et ils ont conservé la peine de mort. Mais pas l’Europe (AP 04 01).
Après avoir suspendu ces peines de mort quelques jours elle en a
exécuté 3 [des gens accusés de vol à main armée-
mais l’on sait dans quelles conditions de telles sentences sont rendues
dans le Darfour]. L’Union Européenne a fortement condamné
les exécutions.(AP 11 01).
- Le Soudan envisage de supprimer les visas de sortie (AFP 2 12).
Nord :
l’Etat serre la visse à la presse
La presse : Le 19 décembre les autorités de la sécurité
de l’Etat ont confisqué 3 journaux, Al-Horreya, Al-Sahafa et Al
Sahafi Al Dawli, pour avoir publié une déclaration du ministre
des ressources animales, niant une rumeur selon laquelle une maladie du
bétail avait été contractée par des êtres
humains par la consommation de boeuf et de lait (AFP 19 12).
Le 28 décembre Al-Horreya et Al Sahafa n’ont pas paru parce
que des officiels de la sécurité leur ont dit que s’ils paraissaient
ils seraient confisqués. L’éditeur en chef de Al-Horreya
a été convoqué à la sécurité
le 27 au soir et questionné sur un article prévu pour le
lendemain. L’article intitulé Bilmantik ce qui veut
dire logiquement, a attaqué la vente de biens par le gouvernement,
disant qu’il avait même vendu des biens immobiliers au confluent
des Nil Bleu et Blanc à Khartoum. Il soutenait que d’énormes
sommes d’argent avaient été détournées. L’éditeur
de Al Sahafa, a aussi été convoqué par les forces
de sécurité, à propos d’un article citant une déclaration
du parti du Congès National Populaire (Tourabi) qui critiquait le
renouvellement de l’Etat d’urgence. Un officiel des services de sécurité
a déclaré à l’Associated Press qu’il n’avait pas menacé
l’éditeur en chef de Al-Horreya, et qu’il n’avait pas contacté
l’éditeur en chef de AL-Sahafa. Le Secrétaire général
du Conseil National de la Presse a déclaré qu’il n’avait
rien à voir avec le fait que les journaux n’aient pas paru, «
et jusqu’à présent nous n’avons reçu aucune notification
à ce sujet » (AP 28 12). On croit qui on veut.
Le 28 décembre, à 8 heures du soir, le directeur général
de la sécurité intérieure a fermé le journal
Al-Watan «d’après la loi d’urgence, et pour le maintien de
la sécurité et de la sûreté publique »,
à l’heure même où c’était annoncé à
la télévision. Les services de sécurité ont
occupé le journal et l’ont virtuellement confisqué ; ils
ont demandé aux journalistes de quitter les lieux sans donner aucune
explication (AFP 28 12). Le 30 décembre, le gouvernement défendit
sa décision, disant que Al-Watan était impliqué dans
une série d’actes diffamatoires, de chantage, et de saper les relations
du Soudan avec d’autres pays. La fermeture du journal servira d’exemple
aux autres. L’assistant du directeur de la publication avait déclaré
plus tôt à Associated Press que le gouvernement objectait
la couverture de cas de corruption et les interviews de rebelles sudistes.
En novembre, 22 journalistes de Al-Watan furent détenus pendant
plusieurs heures alors qu’ils se rendaient au ministère de l’information
pour remettre une note de protestation contre une décision gouvernementale
d’interdire la publication d’une affaire de corruption. Al-Watan, connu
pour ses reportages d’investigation et son traitement hardi des cas de
corruption fut suspendu après le coup d’Etat de 1989 qui amena le
régime actuel au pouvoir. Son éditeur, Khalifa, retourna
à Khartoum après un exil volontaire, et recommença
à publier le journal il y a 2 ans (AP 30 12).
- Ghazi Suleiman, le chef du groupe de Droits de l’Homme Soudanais
a déclaré à Associated Press qu’un étudiant
en médecine, Omar Abdel Aziz Omar, était détenu depuis
le 4 décembre, et n’avait pas été vu depuis son arrestation.
Il demande qu’il soit immédiatement relâché,
ou présenté aux juges. D’après Ghazi, Omar appartient
à un groupe qui promeut les idéaux communistes et réclame
le retour de la démocratie. Il a été arrêté
après une rencontre politique.
- Amnesty International a été autorisé à
se rendre au Soudan pour la première fois depuis 13 ans. L’ONG s’est
félicitée de cette ouverture, mais a déclaré
être toujours soucieuse des violations de droits de l’homme. «Détenir
des étudiants, des leaders de communauté ou des opposants
politiques au secret pendant des périodes allant jusqu’à
neuf mois et les relâcher sans procès est une violation des
droits de l’homme de base ». Elle a appelé le gouvernement
à supprimer les sections du National Security Act qui l’autorise.
« Amnesty a rencontré plusieurs personnes qui furent torturées
pendant leur détention au secret ».
Darfour : le nettoyage ethnique continuerait
Pendant sa visite au Darfour Amnesty International a exprimé
son souci pour l’absence de procès justes. « Une personne
a été condamnée à mort après une heure
de procès, une autre sans avoir eu d’avocat ».
D’après le quotidien indépendant Al-Watan, (avant sa
fermeture), 12 personnes furent tuées et quelques 80 autres blessées
quand un raid fut lancé par une cinquantaine de chameliers contre
des groupes Fur et Bergu (paysans africains), vivant à 45 kilomètres
de Nyala, la capitale du Darfour Sud. Les raiders s’enfuirent avec un millier
de têtes de bétail, mais sont pouruivis par la police, ajoute
le journal. Les blessés sont traités à l’hôpital
de Nyala (AFP 25 12).
D’après le journal Al-Alwan, 17 personnes furent tuées
au Darfour au cours de deux raids par des voleurs armés. Il n’était
pas clair si des raiders faisaient partie des morts et le journal ne donne
pas plus de détails (Reuter 30 décembre).
Nous recevons une lettre de l’association du Darfour à Toronto
(Ahmed M.Abdallah, 310 Bloor Street West-Apt 324, Toronto, Ontario MSS
lW4, Canada). Elle mentionne à nouveau le nettoyage ethnique dont
sont victimes les paysans africains musulmans de la part des tribus arabes
avec, disent-ils, le soutien de l’Etat soudanais.
«Le 31 décembre 2002, un certain nombre de tribus arabes
(Tarjam, Naiaa et Misseriya) ont attaqué le village de Sinkita.
Dans ce massacre de Sinkita il y eut trente tués et plus de quarante
blessés. A peu près 800 huttes ont été brûlées
au sol et les habitants sont sans abri, nourriture et médicaments.
Du 1er Octobre au 24 décembre 2002, des Arabes ont attaqué
les principales villes et villages des Four. Ils ont attaqué le
village de Kidinyeer, à 78 kilmètres au Nord de Nyala, le
5 octobre, Golo dans le Gebel Marra le 9 octobre, Gounda, Elayba, Wastani
et Shawa, entre le Gebel Marra et Kabkabya le 13 novembre, Sabunogna, Turra
et Mugjar le 24 novembre, Tegueraiss, le 27 novembre, et Dumma au nord-est
de Nyala le 24 décembre. Au cours de ces attaques 100 personnes
furent tuées, 44 blessées et des milliers d’autres s’enfuirent
vers les villes de la région, où ils n’ont ni nourriture
ni abri ni école.».
Nous faisons appel au rapporteur spécial des Droits de l’homme
au Soudan pour qu’il enquête.
Sud :
nettoyage ethnique, diminution des cas d’interdiction d’aide, aide européenne,
- Le nettoyage ethnique se poursuit dans la concession Lundin. On se
souvient que Lundin était parti du Soudan pour « manque de
sécurité ». D’après Eric Reeves, «des
sources locales extrêmement fiables rapportent que Lundin est devenu
à nouveau opérationnel dans le Haut-Nil Ouest ». Eric
Reeves accuse le suédois Lundin, la Suède et la Suisse où
Lundin est basé, de complicité de génocide.
- L’Opération Lifeline Sudan (OLS) se félicite qu’à
la suite de l’accord d’octobre entre le gouvernement et l’ALPS, les cas
d’interdiction à l’aide humanitaire aient diminué. Par exemple
le corridor de la rivière Sobat dans le Haut-Nil a été
autorisé d’accès pour la première fois depuis trois
ans. En novembre, le PAM a pu distribuer plus de 600 tonnes métriques
de nourriture dans la région d’Unité (Haut-Nil Ouest) (IRIN
31 janvier). Avec la reprise des combats dans la région Vigilance
Soudan doute que cette aide ait continué. D’ailleurs le télégramme
date du 31 janvier et la distribution de novembre....
- L’Union Européenne consacre 20 millions d’Euros d’aide humanitaire
au Soudan pour 18 mois à compter de janvier 2003. Les priorités
concernent la santé, la nutrition, l’eau et les systèmes
sanitaires, la préparation et les réponses à l’urgence
et la sécurité alimentaire.
Autres : un assassinat politique
- Le 15 janvier, à 10 heures du soir, Tisso Nadim un membre
engagé de la communauté Nuba, qui représentait l’ALPS
aux pourparlers de Machakos, qui revenait d’Angleterre où il venait
d’achever son diplôme de Master of Arts in Education, fut tué
à Nairobi. Il semble certain qu’il s’agit d’un assassinat politique.
Tisso et un de ses cousins rentraient à la maison en voiture et
attendaient que le garde de sécurité ouvre la porte, quand
trois hommes apparurent et commencèrent à leur tirer dessus.
Tisso et son cousin sortirent de la voiture et commencèrent à
courir. L’un d’eux suivit Tisso en lui tirant dessus et s’en alla seulement
après avoir vérifié que Tisso était mort. Son
cousin s’en tira avec quelques contusions. La voiture ne fut pas volée;
il ne s’agit donc pas de banditisme (La communauté Sud-Soudanaise
à Nairobi, 16 01 03).
- La porte-parole du PAM, Christiane Berthaume a déclaré
que 220 000 Soudanais et Somalis qui ont fui leur pays au Kenya, dépendent
de l’aide alimentaire du PAM. Malgré des coupes sévères
dans l’alimentation, les réserves ne dureront que jusqu’à
mi-janvier. Le Pam a besoin de nourriture d’un montant de 11 millions de
dollars pour nourrir les réfugiés jusqu ’en septembre 2004
(AP 10 12).
- Quarante-et-un Soudanais ont péri dans des combats entre réfugiés
au camp de Fugnido, Ethiopie. Les problèmes à l’intérieur
du camp reflèterait les tensions tribales et politiques parmi la
population de la région qui appartiennent aux mêmes groupes
tribaux que les réfugiés. Les affiliations des réfugiés
aux différentes factions de l’ALPS sont censées avoir nourri
la dispute ainsi que des droits de pâturage. L’UNHCR a contacté
le gouvernement éthiopien pour que les coupables soient punis et
envisage de transférer certaines communautés tribales dans
d’autres camps (AP 03 12).
|