Numéro 116 - janvier - février 2003

DROITS DE L’HOMME DROITS DE L’HOMME
 

L’Etat d’urgence renouvelé
- L’Etat d’urgence a été étendu pour un an par l’Assemblée Nationale à la requête du Président Béchir, à dater du 23 décembre (IRIN 26 12). Les raisons en ont été présentées par le président de la commission sécurité et défense, le général Hussein Abdallah Jibryl. Attaques de l’extérieur: la ville d’Hamehkoreib a été prise et les forces érythréennes sont massées à la frontière ; le Sudan Peace act [américain] que l’on devrait appeler le Sudan War act ; attaques de l’intérieur : vol à main armée dans le Darfour, les conférences tenues dans les Monts Nouba et le Nil Bleu Sud [zones qui veulent être ralliées au Sud et ont demandé à Garang de les représenter à Machakos] (Télévision Soudanaise, 18.12). Le Président de l’Assemblée a aussi cité la guerre du Sud. (AFP 18 12).
L’Etat d’urgence existe depuis décembre 99 quand le Président Béchir a renvoyé Hassan el Tourabi. Il permet au Président de nommer à des postes dont les titulaires devraient être élus, de conserver des gens indéfiniment en détention, d’instaurer des Cours spéciales au Darfour dont Gerahrt Baum, le Rapporteur Spécial des Nations-Unes pour les droits de l’homme a dit qu’elles étaient une source de grave préoccupation car en désaccord avec les standards internationaux  (IRIN 26 12).
- Le 3 janvier, l’Union Européenne a demandé au Soudan de commuer les peines de mort et d’amputation prévues pour le 5 (AP 03 01). Le 4 le Soudan a déclaré que les peines de mort ne pouvaient être commuées que par les parents des victimes. Le Ministre de la Justice a ajouté que même le Président Béchir ne pouvait le faire. Le président de l’association des avocats [gouvernementale] a dénoncé l’intervention de l’UE dans les affaires du Soudan. Il a ajouté qu’ils feraient mieux de s’occuper de leurs propres droits de l’homme puisque depuis le 11 septembre «ces gens ont changé leurs lois et arrêté des gens sans charges ». Les Etats-Unis ont détenu des milliers de gens vivant aux Etats-Unis dont beaucoup ont une ascendance Moyen-Orientale et ils ont conservé la peine de mort. Mais pas l’Europe (AP 04 01). Après avoir suspendu ces peines de mort quelques jours elle en a exécuté 3 [des gens accusés de vol à main armée- mais l’on sait dans quelles conditions de telles sentences sont rendues dans le Darfour]. L’Union Européenne a fortement condamné les exécutions.(AP 11 01).
- Le Soudan envisage de supprimer les visas de sortie (AFP 2 12).

Nord

l’Etat serre la visse à la presse
La presse : Le 19 décembre les autorités de la sécurité de l’Etat ont confisqué 3 journaux, Al-Horreya, Al-Sahafa et Al Sahafi Al Dawli, pour avoir publié une déclaration du ministre des ressources animales, niant une rumeur selon laquelle une maladie du bétail  avait été contractée par des êtres humains par la consommation de boeuf et de lait (AFP 19 12). 
Le 28 décembre Al-Horreya et Al Sahafa n’ont pas paru parce que des officiels de la sécurité leur ont dit que s’ils paraissaient ils seraient confisqués. L’éditeur en chef de Al-Horreya a été convoqué à la sécurité le 27 au soir et questionné sur un article prévu pour le lendemain. L’article intitulé  Bilmantik  ce qui veut dire logiquement, a attaqué la vente de biens par le gouvernement, disant qu’il avait même vendu des biens immobiliers au confluent des Nil Bleu et Blanc à Khartoum. Il soutenait que d’énormes sommes d’argent avaient été détournées. L’éditeur de Al Sahafa, a aussi été convoqué par les forces de sécurité, à propos d’un article citant une déclaration du parti du Congès National Populaire (Tourabi) qui critiquait le renouvellement de l’Etat d’urgence. Un officiel des services de sécurité a déclaré à l’Associated Press qu’il n’avait pas menacé l’éditeur en chef de Al-Horreya, et qu’il n’avait pas contacté l’éditeur en chef de AL-Sahafa. Le Secrétaire général du Conseil National de la Presse a déclaré qu’il n’avait rien à voir avec le fait que les journaux n’aient pas paru, «  et jusqu’à présent nous n’avons reçu aucune notification à ce sujet » (AP 28 12). On croit qui on veut.
Le 28 décembre, à 8 heures du soir, le directeur général de la sécurité intérieure a fermé le journal Al-Watan «d’après la loi d’urgence, et pour le maintien de la sécurité et de la sûreté publique », à l’heure même où c’était annoncé à la télévision. Les services de sécurité ont occupé le journal et l’ont virtuellement confisqué ; ils ont demandé aux journalistes de quitter les lieux sans donner aucune explication (AFP 28 12). Le 30 décembre, le gouvernement défendit sa décision, disant que Al-Watan était impliqué dans une série d’actes diffamatoires, de chantage, et de saper les relations du Soudan avec d’autres pays. La fermeture du journal servira d’exemple aux autres. L’assistant du directeur de la publication avait déclaré plus tôt à Associated Press que le gouvernement objectait la couverture de cas de corruption et les interviews de rebelles sudistes. En novembre, 22 journalistes de Al-Watan furent détenus pendant plusieurs heures alors qu’ils se rendaient au ministère de l’information pour remettre une note de protestation contre une décision gouvernementale d’interdire la publication d’une affaire de corruption. Al-Watan, connu pour ses reportages d’investigation et son traitement hardi des cas de corruption fut suspendu après le coup d’Etat de 1989 qui amena le régime actuel au pouvoir. Son éditeur, Khalifa, retourna à Khartoum après un exil volontaire, et recommença à publier le journal il y a 2 ans (AP 30 12).
- Ghazi Suleiman, le chef du groupe de Droits de l’Homme Soudanais a déclaré à Associated Press qu’un étudiant en médecine, Omar Abdel Aziz Omar, était détenu depuis le 4 décembre, et n’avait pas été vu depuis son arrestation. Il demande qu’il soit immédiatement  relâché, ou présenté aux juges. D’après Ghazi, Omar appartient à un groupe qui promeut les idéaux communistes et réclame le retour de la démocratie. Il a été arrêté après une rencontre politique.
- Amnesty International a été autorisé à se rendre au Soudan pour la première fois depuis 13 ans. L’ONG s’est félicitée de cette ouverture, mais a déclaré être toujours soucieuse des violations de droits de l’homme. «Détenir des étudiants, des leaders de communauté ou des opposants politiques au secret pendant des périodes allant jusqu’à neuf mois et les relâcher sans procès est une violation des droits de l’homme de base ». Elle a appelé le gouvernement à supprimer les sections du National Security Act qui l’autorise. « Amnesty a rencontré plusieurs personnes qui furent torturées pendant leur détention au secret ».

Darfour : le nettoyage ethnique continuerait
Pendant sa visite au Darfour Amnesty International a exprimé son souci pour l’absence de procès justes. « Une personne a été condamnée à mort après une heure de procès, une autre sans avoir eu d’avocat ».
D’après le quotidien indépendant Al-Watan, (avant sa fermeture), 12 personnes furent tuées et quelques 80 autres blessées quand un raid fut lancé par une cinquantaine de chameliers contre des groupes Fur et Bergu (paysans africains), vivant à 45 kilomètres de Nyala, la capitale du Darfour Sud. Les raiders s’enfuirent avec un millier de têtes de bétail, mais sont pouruivis par la police, ajoute le journal. Les blessés sont traités à l’hôpital de Nyala (AFP 25 12).
D’après le journal Al-Alwan, 17 personnes furent tuées au Darfour au cours de deux raids par des voleurs armés. Il n’était pas clair si des raiders faisaient partie des morts et le journal ne donne pas plus de détails (Reuter 30 décembre).

Nous recevons une lettre de l’association du Darfour à Toronto (Ahmed M.Abdallah, 310 Bloor Street West-Apt 324, Toronto, Ontario MSS lW4, Canada). Elle mentionne à nouveau le nettoyage ethnique dont sont victimes les paysans africains musulmans de la part des tribus arabes avec, disent-ils, le soutien de l’Etat soudanais. 
«Le 31 décembre 2002, un certain nombre de tribus arabes (Tarjam, Naiaa et Misseriya) ont attaqué le village de Sinkita. Dans ce massacre de Sinkita il y eut trente tués et plus de quarante blessés. A peu près 800 huttes ont été brûlées au sol et les habitants sont sans abri, nourriture et médicaments.
Du 1er Octobre au 24 décembre 2002, des Arabes ont attaqué les principales villes et villages des Four. Ils ont attaqué le village de Kidinyeer, à 78 kilmètres au Nord de Nyala, le 5 octobre, Golo dans le Gebel Marra le 9 octobre, Gounda, Elayba, Wastani et Shawa, entre le Gebel Marra et Kabkabya le 13 novembre, Sabunogna, Turra et Mugjar le 24 novembre, Tegueraiss, le 27 novembre, et Dumma au nord-est de Nyala le 24 décembre. Au cours de ces attaques 100 personnes furent tuées, 44 blessées et des milliers d’autres s’enfuirent vers les villes de la région, où ils n’ont ni nourriture ni abri ni école.».
Nous faisons appel au rapporteur spécial des Droits de l’homme au Soudan pour qu’il enquête.

Sud

nettoyage ethnique, diminution des cas d’interdiction d’aide, aide européenne, 
- Le nettoyage ethnique se poursuit dans la concession Lundin. On se souvient que Lundin était parti du Soudan pour « manque de sécurité ». D’après Eric Reeves, «des sources locales extrêmement fiables rapportent que Lundin est devenu à nouveau opérationnel dans le Haut-Nil Ouest ». Eric Reeves accuse le suédois Lundin, la Suède et la Suisse où Lundin est basé, de complicité de génocide.
- L’Opération Lifeline Sudan (OLS) se félicite qu’à la suite de l’accord d’octobre entre le gouvernement et l’ALPS, les cas d’interdiction à l’aide humanitaire aient diminué. Par exemple le corridor de la rivière Sobat dans le Haut-Nil a été autorisé d’accès pour la première fois depuis trois ans. En novembre, le PAM a pu distribuer plus de 600 tonnes métriques de nourriture dans la région d’Unité (Haut-Nil Ouest) (IRIN 31 janvier). Avec la reprise des combats dans la région Vigilance Soudan doute que cette aide ait continué. D’ailleurs le télégramme date du 31 janvier et la distribution de novembre....
- L’Union Européenne consacre 20 millions d’Euros d’aide humanitaire au Soudan pour 18 mois à compter de janvier 2003. Les priorités concernent la santé, la nutrition, l’eau et les systèmes sanitaires, la préparation et les réponses à l’urgence et la sécurité alimentaire.

Autres : un assassinat politique
- Le 15 janvier, à 10 heures du soir, Tisso Nadim un membre engagé de la communauté Nuba, qui représentait l’ALPS aux pourparlers de Machakos, qui revenait d’Angleterre où il venait d’achever son diplôme de Master of Arts in Education, fut tué à Nairobi. Il semble certain qu’il s’agit d’un assassinat politique. Tisso et un de ses cousins rentraient à la maison en voiture et attendaient que le garde de sécurité ouvre la porte, quand trois hommes apparurent et commencèrent à leur tirer dessus. Tisso et son cousin sortirent de la voiture et commencèrent à courir. L’un d’eux suivit Tisso en lui tirant dessus et s’en alla seulement après avoir vérifié que Tisso était mort. Son cousin s’en tira avec quelques contusions. La voiture ne fut pas volée; il ne s’agit donc pas de banditisme (La communauté Sud-Soudanaise à Nairobi, 16  01 03).
- La porte-parole du PAM, Christiane Berthaume a déclaré que 220 000 Soudanais et Somalis qui ont fui leur pays au Kenya, dépendent de l’aide alimentaire du PAM. Malgré des coupes sévères dans l’alimentation, les réserves ne dureront que jusqu’à mi-janvier. Le Pam a besoin de nourriture d’un montant de 11 millions de dollars pour nourrir les réfugiés jusqu ’en septembre 2004 (AP 10 12).
- Quarante-et-un Soudanais ont péri dans des combats entre réfugiés au camp de Fugnido, Ethiopie. Les problèmes à l’intérieur du camp reflèterait les tensions tribales et politiques parmi la population de la région qui appartiennent aux mêmes groupes tribaux que les réfugiés. Les affiliations des réfugiés aux différentes factions de l’ALPS sont censées avoir nourri la dispute ainsi que des droits de pâturage. L’UNHCR a contacté le gouvernement éthiopien pour que les coupables soient punis et envisage de transférer certaines communautés tribales dans d’autres camps (AP 03 12).
 

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