Numéro 116 - janvier - février 2003

Le Soudan, l'Europe, Béchir à Paris
 

LE SOUDAN
L’Europe renouvelle pour un an le « dialogue critique » avec le Soudan. Une mission de la troïka dirigée par le Danemark eut lieu en décembre. Les nouveaux points de référence pour l’année 2003 nous semblent faibles en ce qui concerne les droits de l’homme. Par exemple elle demande la suppression de l’Etat d’urgence et des Cours spéciales « dès que possible » ou « quand un accord de paix sera signé » et non immédiatement. Les remarques sur les forces de sécurité sont molles. Elle relève peu des violations des Droits de l’Homme mentionnées par le Rapporteur Spécial. L’Europe semble anticiper la paix et se prépare à offrir au Soudan au moins 155 millions d’Euros, sans attendre, au moins pour une partie de la somme, ni  que les attaques cessent véritablement, ni que le nouveau gouvernement mis en place du fait du partage du pouvoir soit testé, ni a fortiori qu’il  tienne sa parole en ce qui concerne le droit à l’autodétermination six ans et demi après l’accord de paix.

L’EUROPE
Sans système démocratique et transparent de la part du gouvernement, le danger que ce don fasse plus de mal que de bien est réel. De plus, l’aide pour le Sud semble se concentrer sur l’Equatoria qui est déjà dans une meilleure position que le Bahr el Ghazal, le Haut-Nil et le Haut Nil Ouest. C’est la solution de facilité : on voit ce que l’on peut faire en Equatoria, mais les autres régions sont dans un état tellement désespéré  qu’un programme y est beaucoup plus difficile à mettre sur pied. Tous ont besoin de voir les bénéfices de la paix. Cette disparité d’aide est des plus graves, elle pourrait amener un autre conflit.
Jean-Christophe Belliard, sous-directeur au Quai d’Orsay pour l’Afrique Orientale, s’est rendu à Khartoum pour des consultations sur la paix ; il a offert que la France envoie une mission militaire dans les Monts Nouba pour surveiller le cessez-le-feu et s’efforce de réduire les tensions entre le Soudan et l’Erythrée. Il préparait la visite de Ghazzi Salah el Din, le conseiller du Président soudanais pour la paix, qui est venu à Paris en décembre.

BECHIR A PARIS

Maintenant c’est le Président Béchir qui doit venir à Paris pour le sommet franco-africain et pour des conversations concernant la paix. Nous sommes désarçonnés. Béchir est venu au pouvoir par un coup d’Etat destiné à arrêter un processus de paix fort avancé, basé sur la suppression de la charia dans tout le pays. Il a avancé masqué, cachant soigneusement qu’il était Frère Musulman, membre d’un parti qui venait d’être battu aux élections. Il a supprimé toutes les libertés, régné par la terreur, proclamé le djihad dans les Monts Nouba et le Sud, poursuivi jusqu’en janvier 2003 une politique de nettoyage ethnique en zone pétrolière et mérité cent fois d’être poursuivi devant le Tribunal Pénal International. Il a soutenu des terroristes dans tous les pays voisins, abrité Carlos et Usama ben Laden. Il a immensément enrichi ses amis politiques. Depuis il s’est éloigné du terrorisme, dont il a accusé Hassan Al Tourabi, son mentor et complice pendant 10 ans d’être l’auteur, prenant le monde entier pour des demeurés. Il chercherait à faire la paix. Il a signé une trêve en octobre, mais n’en a pas moins ordonné une grande offensive en région pétrolière assortie de nettoyage ethnique.
N’aurait-il pas mieux valu attendre avant de l’inviter, qu’il signe les accords de paix et surtout qu’il les respecte?

Bételgeuse
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