Numéro 116 - janvier - février 2003

Les champs pétrolifères brûlent à nouveau
La politique du pire met en danger la paix
 

International Crisis Group

La crise produite par une offensive soutenue par le gouvernement dans les champs pétrolifères du Haut Nil Ouest à la fin 2002 et pendant tout le mois de janvier force à se poser des questions sur l’engagement du gouvernement de Khartoum à la paix et montre que beaucoup plus d’attention doit être accordée aux milices sudistes pro-gouvernementales et aux programmes politique et commercial pour lesquels elles sont utilisées.
Les combats dont le poids principal fut porté par les milices, avec des troupes régulières gouvernementales pour les soutenir, mirent en lumière trois obstacles majeurs à un accord de paix final:
 - la volonté du gouvernement de ne pas tenir compte des accords qu’il a signés,
 
 - le rôle destructeur que les milices pro-gouvernementales peuvent jouer dans le  processus de paix, même après la conclusion d’un processus de paix formel, si de  plus grands efforts ne sont faits pour leur réconciliation avec l’ALPS.

- le danger continuel que la dynamique de développement pétrolier représente pour le processus de paix tant que le gouvernement et un certain nombre de sociétés pétrolières étrangères dont il est partenaire, sont prêts à poursuivre ce développement par tous les moyens.

Un engagement international fort reste la clé pour étayer un processus de paix encore fragile et l’amener au succès dans les prochains mois. En premier lieu, cela signifie insister sur la pleine application des nouvelles conditions du cessez-le-feu, en donnant un rôle actif à l’équipe de Vérification pour le retrait des troupes à leur position avant l’offensive. Tenir les parties publiquement responsables pour les violations sera la clé pour s’assurer de leur sérieux à la table des négociations.

L’offensive de fin décembre qui continua pendant tout le mois de janvier fut une extension de la longue stratégie gouvernementale de dépeuplement des régions riches en pétrole, par des attaques indiscriminées contre les civils afin de frayer un passage à de nouveaux développements d’infrastructure. Des témoins oculaires confirment que les tactiques incluent des enlèvements de femmes et d’enfants, des viols collectifs, des attaques au sol soutenues par des hélicoptères, des destructions de sites humanitaires et des incendies de villages. Un membre important de la Société Civile soudanaise a conclu «Les milices Nouer sont la plus puissante menace à la sécurité et à la stabilité dans le Sud, que la paix soit conclue ou non ».

Les autorités de Khartoum le nient mais leur responsabilité dans les dernières hostilités est claire. Elles et les autres participants au fragile processus de paix doivent faire face à des décisions cruciales.
Le gouvernement doit choisir entre continuer une politique militaire du pire qui apporterait le renouvellement de sa condamnation par les instances internationales et donc de son isolement ou les bénéfices de la paix qui sont à portée de main. Les derniers combats reflètent une décision calculée de violer la trêve du 15 octobre 2002. La signature de nouveaux accords ne garantit donc pas leur mise en oeuvre. 

L’ALPS qui a été forcée à la défensive par ces attaques doit décider, non seulement si elle doit garder l’accent sur les négociations, mais encore si elle doit intensifier ses efforts pour arriver à une réconciliation avec les leaders des milices Nuer qui ont combattu pour Khartoum. En dépit des récents accords beaucoup à l’ALPS sont de plus en plus pessimistes sur les intentions du gouvernement aussi bien que sur l’engagement et la capacité de la communauté internationale à faire que Khartoum tienne parole.

Les mois prochains seront décisifs pour le processus de paix. Une date menaçante peut être le 21 avril, jour où le Président Bush doit faire son rapport au Congrès américain sur le progrès des négociations. Si ce rapport décide que Khartoum s’oppose au processus, il pourrait déclencher une nouvelle action conformément à la législation récente (Sudan Peace Act). « A cause de la politique d’engagement aux négociations du Département d’Etat, Khartoum sous-estime notre réponse. Ce serait une faute » a déclaré un officiel américain bien placé, citant les pressions venues du Congrès et des circonscriptions électorales en tant que variables inconnues. « Tout pourrait exploser » a déclaré un officiel occidental proche des pourparlers en janvier 2003, à propos de l’offensive. 

Le processus de paix continue - de peu - cette fois-ci, mais la situation reste volatile.

Traduction Vigilance Soudan. 
 

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