Numéro 116 - janvier - février 2003

 

Objections gouvernementales
 

Tout en faisant obstruction aux pourparlers de Machakos en refusant de discuter d’une zone tampon Nord-Sud et d’autres questions clés, le gouvernement du National Islamic Front (National Congress) muscle sa réponse militaire face à l’opposition. Il a envoyé des armes lourdes dans le port de Juba, sur le Nil, et a intensifié les attaques dans les zones pétrolières de l’Upper Nile, essentiellement Nuer, de la part de son dernier allié (Nuer) en date dans la région, le commandant Peter Gadet.
En 2000, Gadet avait déserté le Sudan People’s Democratic Front de Riek Machar, majoritairement Nuer et allié au NIF, pour rejoindre la Sudan People’s Liberation Army. En janvier 2002, la SPDF de Riek a de nouveau fusionné avec la SPLA ; après la nouvelle défection de Gadet dans le camp gouvernemental en novembre, le leader de la SPLA, le colonel John Garang, a envoyé Riek combattre contre Gadet dans l’Upper Nile en décembre. Selon nos informations, Riek a demandé le soutien des troupes Dinka de la SPLA –conséquence paradoxale du « processus de paix de peuple à peuple », qui a inclu des initiatives de réconciliation Nuer-Dinka.
Riek s’est rapidement emparé de grandes quantités de matériel gouvernemental et de kits de communication. Toutefois son QG mobile a vite été la cible d’attaques précises menées par des hélicoptères de combat. « C’est comme ils savaient exactement où nous trouver », a-t-il dit à ses partisans à l’étranger grâce à son téléphone satellite. Des alliés aux Etats-Unis ont rapidement averti Riek que son téléphone satellite indiquait sa position à deux mètres près. L’Upper Nile est frontalier du Blue Nile, dans le Sud, l’une des « zones marginales » dont le NIF dit qu’elles ne doivent pas figurer à l’ordre  du jour des difficiles pourparlers de paix qui se tiennent à Machakos, au Kenya. Selon des sources de la SPLA, il est ridicule de demander que des « zones de conflit » soient exclues des discussions. Elles affirment aussi que le gouvernement a accepté d’en discuter depuis bien longtemps.
Les objections du gouvernement font suite à la conférence de novembre réunissant la société civile des régions Nuba et Blue Nile à Kampala, en Ouganda, où la délégation du Transitional Council for Peace de Khartoum, dirigée par le transfuge de la SPLA-Nuba Mohamed Haroun Kafi, a contre toute attente reconnu que l’autodétermination était nécessaire pour les Nuba. Le gouvernement a vite dissout le TCP. Puis le colonel Garang après s’être rendu dans les Monts Nuba pour la première fois, pour la conférence de la SPLA de Kauda, a accepté qu’ils soient inclus dans une future entité du Sud. Le gouvernement de Khartoum a rapidement rétabli Mohamed Haroun en place : une autodétermination mal définie pour les Nuba est préférable à leur inclusion dans le Sud qui milite pour son indépendance.
Africa Confidential, n°419, 27 janvier 2003
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