LES FRONTIERES DU SUD
Les pourparlers de paix entre le gouvernement soudanais et l’Armée
de Libération du Peuple Soudanais (ALPS) ont repris à Karen
et non à Machakos, sous l’égide de l’IGAD, quelques jours
après la date prévue. Le gouvernement soudanais était
mécontent de l’insistance des rebelles à ce que la question
de la délimitation des frontières du Sud soit discutée
dans le cadre de la médiation, alors que cela ne relèverait
pas du mandat de l’IGAD. Mais pour l’ALPS cette question est au contraire
partie intégrante du conflit avec le gouvernement soudanais. Les
régions marginalisées des Monts Nouba, du Haut-Nil Bleu (Funj)
et d’Abyei ne font pas partie du Sud selon les frontières coloniales
de 1956, mais elles font partie du conflit. Les Nouba ont tenu une convention
en novembre et les Funj en décembre. Les deux peuples affirmèrent
leur désir de rester dans la zone administrée par l’ALPS
et leur droit à l’autodétermination ; ils donnèrent
mandat à l’ALPS pour négocier de leur part. Les Dinkas de
la région d’Abyei, entre les mains du gouvernement, n’ont pas eu
le loisir de donner leur opinion, mais ils partagent sans nul doute ces
points de vue. Une formule fut trouvée pour sauver la face : cette
question sera discutée séparément en-dehors de l’IGAD
le 1er mars. Les observateurs du cessez-le-feu dans les Monts Nouba font
remarquer qu’il tient, qu’il a été renouvelé deux
fois et demandent qu’il soit transformé en paix.
NOUVELLE TREVE ET AVANCEE
Une menace plus sérieuse aux pourparlers a été
la rupture de la trêve dans le Haut Nil Ouest assortie de nettoyages
ethniques (lire Opérations militaires). Seule la pression américaine
a empêché l’ALPS de rompre les négociations. Le gouvernement
prétendit que les accusations ALPS étaient une violation
de la trêve qui interdit les campagnes de média, puis qu’il
s’agissait de milices qui n’étaient pas parties à l’accord
du cessez-le feu. En fait, ces milices pro-gouvernementales lancent rarement
de grandes offensives sans l’aval du gouvernement, et la présence
d’hélicoptères signe l’intervention de l’armée soudanaise.
Un nouvel additif à la trêve a été signé
le 4 février : les deux côtés devront rapporter à
un comité de communication, la position de leurs troupes et des
milices alliées, ainsi que par avance, tout mouvement de troupe.
Les ruptures de trêve depuis le 16 octobre 2002, date de la première
trêve, donneront lieu à investigation et le terrain pris devra
être rendu. Espérons que la nouvelle Equipe de Surveillance
et de Vérification qui inclura Américains, Britanniques,
Italiens et Norvégiens, sera plus efficace que l’équipe américaine
de Protection des Civils qui n’est pas préparée à
enquêter sur les attaques de milices et ne peut travailler la nuit...Autre
point très important, les parties sont tombées d’accord pour
prendre toutes mesures destinées au retour volontaire des déplacés
de la région pétrolière du Haut Nil Ouest et des déplacés
après le 16 octobre 2002. Enfin le gouvernement suspend la construction
de la route pétrolière jusqu’à la paix. Ce sont là
des avancées considérables si parole est tenue, d’autant
plus que pour la première fois le gouvernement donne la paix comme
date limite d’une promesse. Elles sont l’oeuvre, pour l’essentiel, du Général
kenyan Sumbeiywo. Les milices ne sont toujours pas partie à l’accord,
quoique le Gouvernement soudanais et l’ALPS semblent en être responsables.
En ce qui concerne le partage du pouvoir, aucun communiqué officiel
n’a été émis. Il a transpiré que les Parties
s’étaient mises d’accord sur les principaux points mais devaient
encore travailler les détails. Les points d’accord semblent être
un bicaméralisme sur le plan national, un gouvernement d’union nationale
jusqu’aux prochaines élections démocratiques et la création
d’une commission mixte chargée d’élaborer la nouvelle constitution.
Il semble que l’on se dirige vers une solution qui donne au Parti du Congrès
National (le parti au pouvoir) le choix du Président de la République
et à l’ALPS, celui du vice-Président. Le problème
du partage des richesses et en particulier des revenus pétroliers
serait remis à une commission pétrolière qui bénéficiera
du soutien de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International.
Une autre difficulté concerne la responsabilité pour les
violations des droits de l’homme. Là les deux parties sont entièrement
d’accord : on n’en parle plus. Malgré une grande demande pour une
forme de justice. La session s’est terminée le 6 février
sur des mots d’espoir : la paix avant la fin de l’année. Les pourparlers
de l’IGAD reprendront le 15 mars, laissant 15 jours au gouvernement et
à l’ALPS pour se mettre d’accord sur les régions contestées...
ARRIERE-PLAN
Lors d’une réunion de la Ligue Arabe tenue à Khartoum
en janvier, les ministres des Affaires Etrangères ont exprimé
leur opposition à tout partage du Soudan, donc à l’autodétermination
du Sud-Soudan.
Plusieurs évènements avaient eu lieu en décembre.
Un troisième forum de la société civile, intitulé
« Dialogue Sud-Sud pour la réconciliation et la bonne gouvernance
», organisé par les Eglises soudanaises, s’était tenu
à Entebbe, réunissant plus de 100 délégués.
Reconnaissant que l’ALPS est la seule voix sudiste aux pourparlers, le
forum recommande à l’ALPS d’étendre ses consultations avec
les Sudistes. Il a formé un Comité de Paix de la Société
Civile, pour travailler avec l’ALPS, d’autres groupes politiques sudistes,
le gouvernement soudanais et les médiateurs pendant les négociations
et après. De son côté un comité officiel, dirigé
par Abel Alier et l’évêque Paolino Lukudu approchent les leaders
des milices pour une réconciliation.
En décembre aussi le gouvernement soudanais avait offert la
formation d’une alliance politique avec l’ALPS. Quoiqu’elle ait peu de
chance de se matérialiser, cette offre augmente le souci de la société
civile que les deux parties au conflit, non élues, puissent utiliser
la période intérimaire pour garder le pouvoir.
Enfin des délégations du gouvernement soudanais et de
l’ALPS s’étaient rendues à des ateliers à Washington
« pour améliorer le climat des négociations ».
Il fut admis que beaucoup de points concernant le partage du pouvoir et
celui des richesses sont techniques et qu’un comité technique peut
aider à résoudre ces questions -ce qui fut accepté
pour le partage des richesses. Cela concerne aussi le management du Sudan
Peace Fund, ou plutôt Funds puisque la Ligue Arabe crée un
fonds dans ce but. Le sénateur Danforth avait admis que les trois
prochains mois étaient cruciaux puisque le Sudan Peace Act exige
que le Président Bush fasse un rapport à ce moment sur les
progrès des négociations. Il avait ajouté que les
Etats-Unis pourraient perdre tout intérêt dans les négociations
si les parties ne s’accordent pas d’ici 6 mois. D’autant que la guerre
d’Irak pourrait être terminée d’ici là. Le Gouvernement
soudanais a fait part aux Etats-Unis de son insatisfaction concernant leurs
relations, en particulier les sanctions prévues par le Sudan Peace
Act et la suspension des investissements.
LYSISTRATA
Suivant l’exemple de Lysistrata, selon l’ancien professeur Samira Ahmed,
des femmes Nouer dans le Sud, puis des milliers de femmes du Nord seraient
en grève du sexe, pour forcer leurs époux à faire
la paix.
Bételgeuse
*On se souvient qu’en juillet des premiers pourparlers de paix avaient
abouti à accorder la liberté de culte dans tout le Soudan
et le droit d’autodétermination au Sud à être mis en
oeuvre six ans et demi après les accords de paix. A l’automne de
nouveaux pourparlers décidaient d’une trêve.
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