Numéro 116 - janvier - février 2003

 

EN ATTENDANT LYSISTRATA
LES POURPARLERS DE PAIX *
 

LES FRONTIERES DU SUD 
Les pourparlers de paix entre le gouvernement soudanais et l’Armée de Libération du Peuple Soudanais (ALPS) ont repris à Karen et non à Machakos, sous l’égide de l’IGAD, quelques jours après la date prévue. Le gouvernement soudanais était mécontent de l’insistance des rebelles à ce que la question de la délimitation des frontières du Sud soit discutée dans le cadre de la médiation, alors que cela ne relèverait pas du mandat de l’IGAD. Mais pour l’ALPS cette question est au contraire partie intégrante du conflit avec le gouvernement soudanais. Les régions marginalisées des Monts Nouba, du Haut-Nil Bleu (Funj) et d’Abyei ne font pas partie du Sud selon les frontières coloniales de 1956, mais elles font partie du conflit. Les Nouba ont tenu une convention en novembre et les Funj en décembre. Les deux peuples affirmèrent leur désir de rester dans la zone administrée par l’ALPS et  leur droit à l’autodétermination ; ils donnèrent mandat à l’ALPS pour négocier de leur part. Les Dinkas de la région d’Abyei, entre les mains du gouvernement, n’ont pas eu le loisir de donner leur opinion, mais ils partagent sans nul doute ces points de vue. Une formule fut trouvée pour sauver la face : cette question sera discutée séparément en-dehors de l’IGAD le 1er mars. Les observateurs du cessez-le-feu dans les Monts Nouba font remarquer qu’il tient, qu’il a été renouvelé deux fois et demandent qu’il soit transformé en paix.

NOUVELLE TREVE ET AVANCEE 
Une menace plus sérieuse aux pourparlers a été la rupture de la trêve dans le Haut Nil Ouest assortie de nettoyages ethniques (lire Opérations militaires). Seule la pression américaine a empêché l’ALPS de rompre les négociations. Le gouvernement prétendit que les accusations ALPS étaient une violation de la trêve qui interdit les campagnes de média, puis qu’il s’agissait de milices qui n’étaient pas parties à l’accord du cessez-le feu. En fait, ces milices pro-gouvernementales lancent rarement de grandes offensives sans l’aval du gouvernement, et la présence d’hélicoptères signe l’intervention de l’armée soudanaise. Un nouvel additif à la trêve a été signé le 4 février : les deux côtés devront rapporter à un comité de communication, la position de leurs troupes et des milices alliées, ainsi que par avance, tout mouvement de troupe. Les ruptures de trêve depuis le 16 octobre 2002, date de la première trêve, donneront lieu à investigation et le terrain pris devra être rendu. Espérons que la nouvelle Equipe de Surveillance et de Vérification qui inclura Américains, Britanniques, Italiens et Norvégiens, sera plus efficace que l’équipe américaine de Protection des Civils qui n’est pas préparée à enquêter sur les attaques de milices et ne peut travailler la nuit...Autre point très important, les parties sont tombées d’accord pour prendre toutes mesures destinées au retour volontaire des déplacés de la région pétrolière du Haut Nil Ouest et des déplacés après le 16 octobre 2002. Enfin le gouvernement suspend la construction de la route pétrolière jusqu’à la paix. Ce sont là des avancées considérables si parole est tenue, d’autant plus que pour la première fois le gouvernement donne la paix comme date limite d’une promesse. Elles sont l’oeuvre, pour l’essentiel, du Général kenyan Sumbeiywo. Les milices ne sont toujours pas partie à l’accord, quoique le Gouvernement soudanais et l’ALPS semblent en être responsables.
En ce qui concerne le partage du pouvoir, aucun communiqué officiel n’a été émis. Il a transpiré que les Parties s’étaient mises d’accord sur les principaux points mais devaient encore travailler les détails. Les points d’accord semblent être un bicaméralisme sur le plan national, un gouvernement d’union nationale jusqu’aux prochaines élections démocratiques et la création d’une commission mixte chargée d’élaborer la nouvelle constitution. Il semble que l’on se dirige vers une solution qui donne au Parti du Congrès National (le parti au pouvoir) le choix du Président de la République et à l’ALPS, celui du vice-Président. Le problème du partage des richesses et en particulier des revenus pétroliers serait remis à une commission pétrolière qui bénéficiera du soutien de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International. Une autre difficulté concerne la responsabilité pour les violations des droits de l’homme. Là les deux parties sont entièrement d’accord : on n’en parle plus. Malgré une grande demande pour une forme de justice. La session s’est terminée le 6 février sur des mots d’espoir : la paix avant la fin de l’année. Les pourparlers de l’IGAD reprendront le 15 mars, laissant 15 jours au gouvernement et à l’ALPS pour se mettre d’accord sur les régions contestées...

ARRIERE-PLAN
Lors d’une réunion de la Ligue Arabe tenue à Khartoum en janvier, les ministres des Affaires Etrangères ont exprimé leur opposition à tout partage du Soudan, donc à l’autodétermination du Sud-Soudan.
Plusieurs évènements avaient eu lieu en décembre. Un troisième forum de la société civile, intitulé « Dialogue Sud-Sud pour la réconciliation et la bonne gouvernance », organisé par les Eglises soudanaises, s’était tenu à Entebbe, réunissant plus de 100 délégués. Reconnaissant que l’ALPS est la seule voix sudiste aux pourparlers, le forum recommande à l’ALPS d’étendre ses consultations avec les Sudistes. Il a formé un Comité de Paix de la Société Civile, pour travailler avec l’ALPS, d’autres groupes politiques sudistes, le gouvernement soudanais et les médiateurs pendant les négociations et après. De son côté un comité officiel, dirigé par Abel Alier et l’évêque Paolino Lukudu approchent les leaders des milices pour une réconciliation.
En décembre aussi le gouvernement soudanais avait offert la formation d’une alliance politique avec l’ALPS. Quoiqu’elle ait peu de chance de se matérialiser, cette offre augmente le souci de la société civile que les deux parties au conflit, non élues, puissent utiliser la période intérimaire pour garder le pouvoir.
Enfin des délégations du gouvernement soudanais et de l’ALPS s’étaient rendues à des ateliers à Washington « pour améliorer le climat des négociations ». Il fut admis que beaucoup de points concernant le partage du pouvoir et celui des richesses sont techniques et qu’un comité technique peut aider à résoudre ces questions -ce qui fut accepté pour le partage des richesses. Cela concerne aussi le management du Sudan Peace Fund, ou plutôt Funds puisque la Ligue Arabe crée un fonds dans ce but. Le sénateur Danforth avait admis que les trois prochains mois étaient cruciaux puisque le Sudan Peace Act exige que le Président Bush fasse un rapport à ce moment sur les progrès des négociations. Il avait ajouté que les Etats-Unis pourraient perdre tout intérêt dans les négociations si les parties ne s’accordent pas d’ici 6 mois. D’autant que la guerre d’Irak pourrait être terminée d’ici là. Le Gouvernement soudanais a fait part aux Etats-Unis de son insatisfaction concernant leurs relations, en particulier les sanctions prévues par le Sudan Peace Act et la suspension des investissements.

LYSISTRATA
Suivant l’exemple de Lysistrata, selon l’ancien professeur Samira Ahmed, des femmes Nouer dans le Sud, puis des milliers de femmes du Nord seraient en grève du sexe, pour forcer leurs époux à faire la paix.

Bételgeuse

*On se souvient qu’en juillet des premiers pourparlers de paix avaient abouti à accorder la liberté de culte dans tout le Soudan et le droit d’autodétermination au Sud à être mis en oeuvre six ans et demi après les accords de paix. A l’automne de nouveaux pourparlers décidaient d’une trêve.
 

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