Numéro 115 - novembre - décembre 2002

 

Mettre fin à la famine comme arme de guerre
 

Les Parties au conflit et les fournisseurs d’aide internationale ont une opportunité historique de mettre fin à ce qui est peut-être l’exemple le plus extrême dans le monde de l’utilisation de l’accès humanitaire comme arme de guerre. Une rencontre mi-décembre entre les Nations-Unies et les parties combattantes soudanaises - le comité technique pour l’assistance humanitaire (en anglais TCHA)- fournit un moyen de supprimer une fois pour toutes les barrières institutionnelles à l’accès de l’aide humanitaire. Une telle opportunité peut ne pas se renouveler, aussi est-il impératif que les médiateurs, le Conseil de Sécurité des Nations-Unies, et les gouvernements intéressés, fournissent un soutien immédiat dans ce but. 
Le processus de paix est de loin le meilleure espoir de finir un conflit dévastateur de 19 ans. La manipulation de l’aide humanitaire a été pendant tout le conflit une partie intégrale des stratégies des deux côtés, mais surtout du gouvernement qui se repose sur son droit souverain d’interdire l’accès de son territoire.
Le 26 octobre, les parties signèrent avec les Nations Unies (sous l’aile desquelles les principales opérations d’assistance sont entreprises) un nouvel accord technique  autorisant un accès sans restriction durant les mois de novembre et de décembre. Le principal négociateur de l’IGAD, le général kenyan Lazarus Sumbeywo, s’attend à obtenir une extension du mémorandum d’entente à la fois pour la cessation des hostilités et pour l’autorisation d’accès - jusqu’au 31 mars 2003.
La situation humanitaire dans de nombreuses régions dévastées par la guerre s’est beaucoup détériorée au cours des récents mois alors que les civils ont continué à souffrir le plus de Khartoum. L’accord aidera à alléger le dommage fait au cours des derniers mois mais seulement si les ressources nécessaires sont mobilisées pour répondre aux besoins des régions nouvellement accessibles. 
Cependant il y a toutes les raisons d’être sceptique sur le fait que le nouvel accord humanitaire pourra soit produire une amélioration durable ou contribuer positivement aux négociations cruciales de Machakos. Les parties ont atteint et rompu de tels accords un grand nombre de fois dans le passé depuis l’arrangement tripartite originel qui créa l’Opération Lifeline Sudan en 1989 sous l’ombrelle des Nations-Unies. Chaque fois la communauté internationale n’a pas appliqué de sanctions. Il est vital d’éviter une telle faute cette fois-ci parce que de nombreuses vies sont en jeu et parce qu’autoriser les parties à ne pas tenir compte de leur engagement écrit créerait une atmosphère de cynisme à Machakos qui rendrait peu probable un accord de paix durable. Un effort majeur est nécessaire au Meeting du TCHA le mois prochain pour mettre fin au droit de veto des parties sur quand et où l’aide est livrée. 
...Il est aussi temps de commencer à explorer les problèmes difficiles auxquels la communauté internationale devra faire face au cas où la guerre recommencerait début 2003, et qu’il soit nécessaire de menacer d’utiliser la force militaire pour faire entrer l’aide dans le pays.

L’utilisation de la famine comme tactique de guerre centrale par l’obstruction de l’aide humanitaire ne doit plus être acceptée sur le plan international.

International Crisis Group
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