Numéro 115 - novembre - décembre 2002

 

Droits de l’homme
 

NORD
- A l’Université de Khartoum, des émeutes commencèrent le 22 octobre quand la police intervint pour interrompre  une célébration par les étudiants de  la fin du régime militaire du général Abboud à la suite d’un soulèvement populaire. Les étudiants protestèrent contre l’entrée de la police et appelèrent à la démission du vice-chancelier de l’université pour l’avoir appelée. Le gouvernement a annoncé le 4 novembre avoir ordonné une enquête sur des abus supposés(nombreux blessés, pillage) de la police qui ont conduit à une agitation continuelle. Le comité d’enquête doit comprendre des membres de la police, des forces de sécurité et de l’administration de l’Université. Les demandes des étudiants incluent le fait que des étudiants et des membres du staff aient été battus. Ils veulent aussi que les syndicats étudiants , suspendus il y a 4 ans alors que les élections semblaient devoir être gagnées par l’opposition, soient rétablis.
Le 14 novembre, des troubles ont éclaté à nouveau, opposant étudiants pro et anti- gouvernement, et l’université a été fermée de manière illimitée (BBC 14 11).
Le 22 Novembre , pas de nouvelles de l’enquête, mais le chef de la police a félicité ses hommes pour leur attitude pendant l’émeute et annoncèrent une récompense de 10 millions de livres (environ 4000 $) sans indiquer comment la somme serait partagée (AFP 22 11).

- Le Khartoum Monitor a été fermé deux jours pour avoir publié un document sur le sida, jugé trop graphique et pouvant mener à l’immoralité publique (AFP 6 11).
- Les autorités ont confisqué le 9 novembre les copies de trois journaux indépendants, Al-Sahafa, Al-Horriya et Al Watan. Les éditeurs ont été interrogés par la police et on leur a dit de ne pas écrire sur les émeutes anti-gouvernementales à l’université. (AFP 9 11, AP 10 11).

- Le gouvernement érythréen a protesté auprès des autorités soudanaises  contre « les arrêts massifs » d’Erythréens. Les forces de sécurité soudanaises seraient entrées « illégalement » dans le Centre de la Communauté érythréenne à Khartoum et auraient arrêté beaucoup d’Erythréens dont deux membres de l’ambassade.  De plus de nombreux Erythréens  innocents auraient été arrêtés dans tout le pays. On ignore le lieu de leur détention. Il n’y eut pas de commentaire des autorités soudanaises.  Mais elles ont nié les allégations de l’Erythrée selon lesquelles le gouverneur de Kassala  a demandé à l’UNHCR de déplacer tous les Erythréens de son gouvernorat vers l’Erythrée. Selon Khartoum, il cherche à pousser à retourner en Erythrée les volontaires, malgré la fermeture de la frontière, et à déplacer les autres loin des régions frontalières pour les protéger de l’agression érythréenne . L’UNHCR semble tenir plutôt pour cette version et s’agite (IRIN 25 10 02, Reuter 29 10, IRIN 01 11).
- Dans les Monts Nouba, le général Whilhelmsen a demandé des fonds importants pour les opérations de déminage ( AFP 9 11).
- Le CEAWC  a retrouvé 2000 personnes « enlevées ». 600 ont retrouvé leur famille, les 1400 autres sont soit dans des camps, soit dans des familles Dinka hôtes.
- Amnesty International lance un appel : neuf personnes ont été arrêtées le 20 octobre à Aweil, capitale du Nord Bahr el Ghazal. Il s’agit de Garang Wek Atheny, Gabriel Akol Akol Kuc, Ajiing Lual Lual, Andrew Lual Buolo, Gabriel Lual Deng, Lino Garang Athian, Garang Mawien Angok, Gai Gai, Ahmad Labuo, commerçant.
Ces hommes sont détenus incommunicado au quartier général de l’armée à Khartoum Nord, ils courent le risque d’être torturés. Aucune raison n’a été donnée pour l’arrestation d’aucun de ces détenus, et l’on ignore s’ils ont été inculpés. Trois autres personnes qui ont été arrêtées avec eux ont été relâchées. 
Garang wek Atheny était conseiller du gouverneur du Bahr el Ghazal Nord. Ahmed Labuo aurait été arrêté à l’aéroport d’Aweil après qu’il ait demandé à des membres de l’intelligence militaire la raison de l’arrestation des autres. 

Envoyez des appels en anglais ou en français au
Président Omar Al Béchir, Palais Présidentiel, Khartoum, Soudan
- exprimant votre inquiétude devant la détention incommunicado des neuf personnes nommées ci-dessus
- recherchant des assurances que les détenus seront traités humainement et auront immédiatement accès à des avocats et à leur famille,
- demandant aux autorités soit d’inculper les détenus et de les présenter promptement à la justice pour un jugement juste, soit de les relâcher immédiatement.

SUD
- Le gouvernement soudanais, l’ALPS et les Nations-Unies ont signé un accord historique sur l’autorisation d’accès de l’aide humanitaire. « Depuis les débuts de l’OLS nous n’avons jamais eu d’accès sans entraves. On peut s’attendre à ce que la demande soit extraordinaire Nous connaissons certains endroits qui subissent des conditions épouvantables » a déclaré Ronald Sibanda de l’OLS. Cet arrangement devait durer du 1er Novembre à fin décembre (IRIN 28 10), mais a été prorogé jusqu’au 31 mars.
Le gouvernement kenyan et le régime de Khartoum ont négocié un accord selon lequel un consulat du Soudan serait établi à Lokichokio, le centre des efforts humanitaires de l’Opération Lifeline Sudan. Moi aurait reçu des fonds substantiels pour sa campagne présidentielle. Le Président Béchir aurait déclaré à Moi que ses généraux auraient demandé une telle présence de services de renseignements en échange de leur « permission » pour que l’accord de cessez-le-feu et donc le processus de Machakos, continue. Dirdery Ahmed, l’ambassadeur du Soudan au Kenya a dit que son gouvernement ayant négocié récemment avec les rebelles un accord pour autoriser l’accès humanitaire dans la région, pense qu’en retour il a le droit de vérifier tout ce qui entre dans la région. Les avions sont déjà vérifiés par les douanes kenyanes et des vérifications supplémentaires créeraient des délais supplémentaires, sans parler de corruption possible.
Cette affaire sera un test important de la volonté des Etats-Unis. Les Nations-Unies pourraient faire valoir que, à cause de la présence de l’Opération Lifeline Sudan, Lokichokio a un caractère international. Mais tout semble montrer que les Nations-Unies se dérobent à leurs obligations. L’accord de Khartoum pour le cessez-le feu peut se terminer en un instant, mais la présence d’un service de renseignement soudanais durera toujours, harcelant, intimidant  et s’opposant aux opérations OLS et non OLS de diverses manières fort imaginables.
- MSF a déclaré le 8 novembre qu’une sévère attaque de kala-azar intestinal dévaste des communautés du Sud, épuisées par la malnutrition et la guerre. Sont notamment affectées les régions de Lankien, Malakal et Umm el Kher. Si la maladie n’est pas traitée, 99% des malades meurent. 
 
 
 
 

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