Numéro 114 - septembre - octobre 2002

Droits de l’homme

L’aide interdite d’accès par le gouvernement soudanais
 

Ce n’est pas la première fois
En 1989, blocage de tous les vols d’aide après que le Comité international de la Croix-Rouge ait protesté contre le bombardement par le gouvernement d’un site humanitaire.

Interdictions
- pendant toutes les années 90, de l’aide dans les Monts Nouba.
- en 95 -96, de tous les avions d’aide gros porteurs pendant neuf mois.
- en 96 de tous les endroits « affectés par le choléra et les maladies diarrhéiques ».
- en mars 97 de plus de 30 endroits dans le Bahr el Ghazal.
- en avril mai 97, de tous les vols humanitaires du PAM et de l’UNICEF.
- en 98 de tous les vols à destination du Sud Bahr el Ghazal, pendant deux mois en dépit d’un déplacement massif; ce qui aurait provoqué de 30 000 à 50 000 morts. 
- en avril 2002, des 43 endroits empêchant 1,5 million de personnes de recevoir de l’aide, y compris  « certaines des populations fréquemment déplacées à cause de l’insécurité, parmi les plus vulnérables » selon le PAM.
Même pendant les mois « normaux », le Soudan interdit habituellement 20 à 30 endroits au Sud-Soudan (US Committee for Refugees, 02 10).

Signes avant-coureurs
Le 8 septembre, le responsable des Nations-Unies pour l’aide humanitaire se rendait à Khartoum. Il lui fut reproché que l’aide n’était pas partagée équitablement entre le Nord et le Sud (AFP 9 sept.). On sait que l’Est et l’Ouest du Soudan [Nord] souffrent de sécheresse et de famine, et que l’Opération humanitaire Lifeline Sudan a été mise sur pied pour les seules régions en guerre.

- Le 18 septembre, le Système de Surveillance Avancé des Famines déclarait que la situation était précaire dans le Haut-Nil Ouest, puisque les gens avaient été chassés de chez eux avant la moisson. Comme ils avaient dû s’enfuir dans les Etats du Bahr el Ghazal et de Jonglei, leur présence avait exercé une pression importante sur la population de ces régions, pression qui était porteuse de conflits. De toute manière les pluies avaient été insuffisantes dans tout le Sud et les populations hôtes auraient de mauvaises récoltes et des problèmes de nourriture (IRIN, 18 09).

L’interdiction
- Le 26 septembre, Khartoum annonçait l’interdiction, à dater du lendemain et pour 10 jours au moins de tous les vols humanitaires de l’OLS dans l’Equatoria Oriental et l’Equatoria Occidental. L’OLS en a 20 par jour (AP 26 sept) et transporte 150 tonnes de nourriture par semaine. L’interdiction s’appliquait aussi aux véhicules au sol, empêchants les agents humanitaires de surveiller l’évolution des besoins et de transporter la nourriture restante depuis les centres (US Committee for Refugees 02 10) L’accès vers les autres régions secourues était du coup impossible, tant au Sud que dans les Monts Nouba (DPA 26 09). Le Conseil des Eglises en région ALPS parlait de nouvelle choquante et soulignait que la décision de Khartoum était contraire aux protocoles de l’OLS signés par les Nations-Unies, le gouvernement soudanais et l’ALPS (SCBRC 27 09). Les Nations-Unies disaient publiquement leur inquiétude pour les populations du Sud et pour leur personnel au sol (AFP 28 09). Le Programme Alimentaire Mondial déclarait que cette interdiction privait 500 000 personnes de nourriture (Reuter 01 10).

- Le 30 septembre, le Commissaire du gouvernement soudanais à l’aide humanitaire déclara : « Nous n’avons pas à nous justifier auprès des Nations-Unies parce qu’elles sont notre partenaire et qu’elles apprécient les raisons de l’interdiction... Le gouvernement envisage de suspendre l’interdiction » (AFP 01 10). En attendant les Nations-Unies devaient suspendre leur campagne de vaccination contre la poliomyélite sur laquelle le gouvernement avait donné son accord, puisqu’elles ne pouvaient acheminer ni vaccins ni personnel (AFP 02 10). Les Nations-Unies restaient relativement discrètes, elles essayaient d’obtenir de Khartoum la permission d’exfiltrer leur personnel. 

- Le 4 octobre un envoyé spécial des Nations-Unies se rendit à Khartoum pour intercéder auprès du vice-président Ali Mohamed Taha. Sans succès (AP 04 10). Finalement, le 6 octobre Khartoum autorisait à nouveau les vols ( AFP 06 10).
 

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