(août 2002 - résumé et extraits traduits par
VS
Rapport complet en anglais)
1. - Respect des droits de l’homme et des lois humanitaires dans le
conflit.
L’intensification des conflits s’est traduite par une augmentation
sans précédent du nombre de blessés à l’hôpital
de la Croix-Rouge à Lokichokio, [qui reçoit les blessés
des zones ALPS]. Les bombardements de civils par l’aviation [gouvernementale,
l’ALPS n’en a pas] sont beaucoup plus meurtriers:
Dans le Haut Nil Ouest :
- entre Mayam et Manken le 22 05, 15 tués, 35 blessés
graves, surtout des enfants de 10 à 11 ans,
- Même jour sur Rier, centre pour personnes déplacées,
11 tués, 95 blessés dont 35 eurent leurs bras et jambes arrachés,
- Même jour, Lil, 18 morts, beaucoup de blessés,
- Le 11 juin, Madier, 24 morts.
Dans le Bahr el Ghazal
-Le 23 juin à Malual Kon, bombes à 20 mètres
d’un centre de secours, 4 tués dont un vieillard aveugle et deux
adolescentes, 4 à 8 blessés
- Le même jour à Bac, 3 femmes tuées
Dans l’Equatoria Orientale
Bombardement de la résidence de l’évêque à
Ikotos, des blessés, résidence et centre adjacent détruits.
Dans le Haut-Nil, le 28 juin, Atar, 3 enfants tués et 3 personnes
gravement blessées.
Entre 150000 et 300 000 personnes ont été déplacées
dans le seul Haut Nil Ouest (région pétrolière) depuis
le début de 2002.
L’interdiction, condamnée par les Nations-Unies, de
l’accès humanitaire par le gouvernement soudanais en 43 endroits.
Le gouvernement soudanais a autorisé que l’aide retourne dans le
Haut-Nil, à condition que ce ne soit pas par le Kenya, mais par
une ville du Nord-Soudan, Al Obeid, ce qui est complètement contraire
à l’accord tripartite signé par le Soudan. Le Secrétaire
Général des Nations-Unies est venu à Khartoum pour
en parler [sans succès] Le Rapporteur s’inquiète aussi de
l’interdiction par l’ALPS d’un endroit.
Le Rapporteur fait aussi état d’informations sur la pose de
mines
anti-personnel et de conscription forcée par les deux parties.
Le Rapporteur est choqué [la seule fois que ce terme
soit utilisé] par la politique de terre brûlée en région
pétrolière. Il parle d’une politique visant à vider
les régions pétrolières de leur population. Seule
la mention, à ce propos, des bombardements et de l’utilisation de
l’argent du pétrole pour doubler les dépenses militaires,
nous fait comprendre qu’il s’agit du gouvernement
Quant aux abductions, en d’autres termes les réductions en
esclavage, le Rapporteur se félicite du rapport fait par un
Eminent groupe de personnes. Il souligne le passage concernant la
responsabilité des gouvernements successifs qui ont armé
les murahalin, il note le lien entre les abductions et l’absence d’institutions
et de pratiques démocratiques. Il se félicite que l’officiel
Comité pour l’Eradication des Abductions de Femmes et d’Enfants
(CEAWC), dépende désormais directement du Président
Béchir, et ait reçu des promesses de financement gouvernemental.
Il note toutefois que rien n’a été fait de ce côté
et que les responsables de nouveaux enlèvements ne sont pas poursuivis.[Pour
les anciens enlèvements, on cherchait à faire libérer
les esclaves par leurs propriétaires, ce qui leur était plus
facile, s’ils savaient ne pas devoir être poursuivis]. En mai
dernier il y eut des enlèvements en Bahr el Ghazal.
En régions M/ALPS, l’information est rare, ce qui n’exclut
pas des violations. Ces régions continuent d’être administrées
par les militaires. Les élections ont été repoussées
à cause de la fusion entre le M/ALPS et le SPDF. Il n’y a plus de
recrutement d’enfants.
2. Transition vers la démocratie
Le précédent rapport, avait souligné des sources
de préoccupation, la poursuite de l’Etat d’urgence autorisant des
Cours spéciales dans le Darfour, le rôle de la sécurité,
la limitation de la liberté de presse, la suppression des libertés
politiques, la condition des déplacés, la discrimination
religieuse.
3. Engagements pris par le Soudan au sein du dialogue U E/ Soudan
[Ce dialogue, « une fumisterie totale», selon Roland
Marchal chargé de recherche au CERI, était resté ultra
confidentiel, d’où l’intérêt de cette liste].
Liberté de presse. En dépit de la décision
de supprimer la censure en décembre 2001, le harcèlement
et l’intimidation des journalistes ont continué. Les agents
de sécurité leur disent de quoi parler et comment, ils leur
donnent des textes à faire paraître. Les amendes menacent
la survie des journaux.
Liberté religieuse et établissement d’un conseil consultatif
pour les chrétiens. Le Ministre a dit au Rapporteur que le dialogue
avait commencé. Mais le Conseil des Eglises du Soudan lui a dit
n’avoir pas été informé du but du mandat de ce conseil.
La liberté religieuse n’est pas pleinement garantie.
Sur la démocratisation , le Rapporteur juge que même
les partis enregistrés ne peuvent travailler. Des membres du
Congrès National Populaire et du Parti Communiste continuent à
être détenus pour des raisons politiques.
Les forces de sécurité sont toujours au-dessus des
lois et jouissent d’un haut degré d’impunité. Malgré
l’amendement de la loi limitant les forces de sécurité à
la lutte contre le terrorisme, elles sont toujours utilisées
contre les opposants politiques.
Le 22 janvier, des amendements au code de procédure pénale
renforcent le pouvoir des agents chargés de faire respecter la loi
en matière d’enquête, d’arrestation, d’interrogatoire et de
détention, sans contrôle judiciaire, ce qui pourrait donner
aux officiers de police le pouvoir qu’avaient les agents de sécurité.
La situation des femmes. Fin juillet, 21 femmes appartenant
essentiellement aux forces du quartier général des douanes
à Khartoum ont été licenciées sans qu’aucune
raison ne leur ait été donnée. Aucun officier homme
n’a été licencié. Les femmes n’avaient jamais été
promues quand leurs collègues masculins l’étaient. En mai
2002 au cours d’une conférence au collège féminin
de l’université islamique d’Omdurman, une gynécologue a fait
l’apologie
des mutilations génitales féminines, recommandé
l’introduction d’une « doctrine médicale islamique »
dans la formation du personnel médical et soutenu qu’il s’agissait
de pratiques recommandées par la Sunna. Le Rapporteur espère
qu’il ne s’agit pas d’un changement de doctrine du gouvernement à
cet égard.
Depuis janvier 2002, le Rapporteur a écrit au gouvernement 11
appels urgents concernant les abus de droit de l’homme affectant 157 personnes.
Seule une réponse a été reçue.
4. Darfour
En empirant la situation économique, la sécheresse a
poussé des gens menacés de mourir de faim au banditisme,
et a aggravé les tensions entre cultivateurs africains Four et Masaleit
et tribus arabes du Darfour et du Tchad. Des villages ont été
détruits et leurs habitants chassés. 1 million de personnes
risquent de mourir de faim. Des Masaleit au Caire, accusent le gouvernement
de chercher à changer la démographie de la région
au profit des Arabes. Selon eux les habitants de quatre villages ont été
chassés par une milice formée de tribus arabes.
Des Cours de justice spéciales ont été
instituées à El Facher [Nord Darfour] et à Nyala [Sud
Darfour]. Elles sont compétentes pour les vols à main armée,
les crimes contre l’Etat [?], des crimes liés aux drogues et aux
atteintes à la moralité publique. D’après le décret
21/2001, les accusés n’ont pas droit à un avocat et
leurs aveux [qui peuvent être obtenus par la torture]
sont retenus contre eux, même s’ils se rétractent. Le
droit d’appel n’existe qu’en cas de condamnation à mort ou à
amputation, et il est soumis à la discrétion du président
de la Cour du district. Il y a deux juges militaires et un juge civil.
Dans ces conditions quatorze hommes furent condamnés à mort
à Nyala le 8 mai pour vol à main armée.
Un leader de la communauté Rizeigat, Salah Mohamed Abdel
Rahman qui s’occupait d’initiatives populaires de paix a été
arrêté par les forces de sécurité sans que
ne lui soit donné ni raison de son arrestation ni mandat d’arrêt,
alors qu’il s’occupait d’une réconciliation entre Rizeigat et Dinka
du Bahr el Ghazal. Sa famille n’a aucune nouvelle de lui.
Onze chefs tribaux Four [agriculteurs africains] ont été
arrêtés par les forces de sécurité ; ils
auraient rapporté des attaques récentes de leur tribu
par la milice arabe. Aucune raison n’a été donnée
pour leur arrestation et ils n’ont pas reçu de mandat d’arrêt.
A la suite d’un conflit entre les tribus Rizeigat et Ma’aleya, qui
avait provoqué 10 morts, 88 membres de la tribu Rizeigat furent
condamnés à mort par la Cour spéciale de justice;
dont deux enfants de 14 ans. 32 des accusés dont trois enfants
ont été torturés entre le 21 et le 22 juin. Le président
de la Cour du district n’avait pas répondu à la demande d’appel.
|