
|
Numéro 113 - juillet - août
2002
|
Pendant les négociations la guerre continue
| Malgré la reprise des pourparlers de paix entre le gouvernement
soudanais et la Sudan Peoples Liberation Army (SPLA, rébellion sudiste)
de John Garang, suite à l'accord signé à Machakos
(Kenya) le 20 juillet (LOI n']006), les deux parties n'en sont pas encore
venues à discuter en face à face. L'heure est toujours
au travail des médiateurs, dont les diplomates américains
et européens du groupe des Amis de ligad, qui cherchent à
rapprocher les positions des belligérants sur deux points clefs
: la redistribution des richesses et l'organisation des pouvoirs législatif,
exécutif et judiciaire. Les médiateurs font le va-et-vient
entre les deux délégations à Nairobi et Khartoum sur
la question du pétrole, d'autant plus épineuse que le Soudan,
qui produit 240 000 barilsljour, pourrait passer la barre des 300 000 l'an
prochain.
Le pétrole en débat. Une délégation du Center for Strategic and International Studies (CSIS) des Etats-Unis s'est rendue à Khartoum, la semaine passée, pour y rencontrer des membres du gouvernement, dont le ministre de l'énergie Awad Ahmed al-Jaz, et leur suggérer divers mécanismes de partage des ressources pétrolières avec les populations du Sud. De son côté, la SPLA veut que Khartoum joue carte sur table et lui fournisse des détails sur les sites pétroliers exploités et le niveau de la production, afin de déterminer quels pourcentages respectifs des ressources pétrolières doivent revenir au pouvoir central et à la région où ce pétrole est extrait. Mais les représentants de Khartoum refusent, pour l'instant, de révéler les données techniques réclamées par la rébellion. Malgré les efforts des médiateurs pour surmonter cet obstacle, les négociations, piétinent, d'autant que la SPLA veut obtenir la moitié des revenus pétroliers pour le Sud. Garang vice-président. Concernant la réorganisation de letat, une divergence de taille porte sur la présidence de la République. Les autorités soudanaises sont d'accord pour un système, durant la période transitoire de six ans, attribuant la présidence à Omar el Béchir et la vice-présidence à Garang. Mais la SPLA lie l'acceptation de cette proposition à la formation d'un gouvernement d'union nationale: Garang veut bien être le vice-président du Soudan si ses partenaires de la National Democratic Alliance (NDA, opposition) sont inclus dans le gouvernement de la période transitoire. Au cas où Khartoum n'accepterait pas ce schéma, la SPLA propose une présidence tournante: trois ans pour el Béchir et trois ans pour Garang. La question de l'armée nationale est un autre point délicat. La SPLA refuse de discuter, à ce stade, de l'intégration de ses hommes à l'armée nationale, car cela fausserait, d'après elle, l'enjeu de l'autodétermination du Sud Soudan. La rébellion sudiste demande également que Khartoum s'engage à réorganiser ses différents services de sécurité qu'elle estime au nombre de quatorze, un chiffre que les autorités soudanaises rejettent. Espoirs et craintes. Ces obstacles n'empêchent pas que le second round de négociations entamé le 12 août soulève à la fois des espoirs et des craintes. L'éventuelle nomination de Garang à la viceprésidence du pays pourrait faire perdre sa place au vice-président actuel, Osman Mohamed Taha. Ce dernier et plusieurs de ses proches ne se rangent pas parmi les farouches partisans des négociations de paix qui sont menées par la faction fidèle à Béchir. Le président a récemment vu sa position renforcée par l'intégration dans son équipe de l'ex-opposant Mubarak al-Fadil al-Mahdi, représentant d'une faction de l'Umma. Mais il ne contrôle par l'ensemble de l'appareil sécuritaire et militaire du régime, dont certains secteurs parient sur l'échec des négociations ou le non respect d'un éventuel accord avec la SPLA. Des rumeurs persistantes de coup de force contre Béchir circulent à Khartoum, tandis que ces derniers jours les forces gouvernementales ont bombardé plusieurs villages dans le sud du pays. La SPLA a dénoncé le 27 août une nouvelle offensive gouvernementale dans cette région, réclamant que lInternational Civilian Protection Force mise en place sous la pression américaine entre en action effectivement, afin d'empêcher les forces armées gouvernementales d'attaquer des cibles civiles. |