Numéro 113 - juillet - août 2002

DROITS DE L’HOMME
 

Nord
- Une personnalité de l’opposition originaire du Sud, le médecin Toby Madut a été emmené par les forces de sécurité alors qu’il était dans son cabinet médical à Khartoum. Deux jours auparavant il avait été convoqué à la sécurité et avait refusé de s’y rendre parce qu’on ne lui avait pas donné de copie de l’ordre. (AFP) Il semble toujours être aux mains des services de sécurité.
- Au Darfour, près de la frontière tchadienne, à la suite des heurts entre une tribu de pasteurs arabes, les Rizeigat, et une tribu d’Africains agriculteurs, les Al-Muaalia, qui firent plus de 50 morts (VS mai/juin), des tribunaux d’exception, c’est à dire sans avocats, ont prononcé 87 sentences de mort le 17 juillet (Reuters), à l’encontre de Rizeigat. Les agriculteurs africains répètent jusque là, que le gouvernement soutient matériellement et moralement les Arabes dans ces conflits, ce que celui-ci dément fermement. La cour d’Appel a confirmé la condamnation (DPA). Le tribunal d’exception condamna 15 autres personnes à mort pour l’attaque de deux villages africains Fur ( AFP).
- Une demande pour que Tourabi soit relâché de son internement à domicile, qui avait dépassé les 9 mois autorisés par la loi, a été présentée à la Cour Constitutionnelle par des avocats (AP). Malgré une décision contraire de la Cour, se basant sur l’Etat d’urgence, le président Béchir ordonna le renouvellement de l’internement à domicile pour un an. (AFP). La maison du secrétaire général du parti au pouvoir fut attaquée ; les forces de sécurité ont arrêté plusieurs membres du parti de Tourabi, le Congrès National Populaire, les accusant de cet assaut.  Le parti a nié toute implication de ses membres. Les personnes arrêtées auraient avoué (AFP).

Nouba
Le cessez-le feu a été renouvelé in extremis pour 6 mois. Les ONG internationales travaillant  dans les Nouba ont critiqué la Commission Militaire Jointe (instituée pour le cessez-le feu) dirigée par le général norvégien Jan Erik Wilhelmsen, l’accusant d’être « incompétente, inefficace, pas impartiale, manquant de sensibilité et incapable de protéger les civils et les agences humanitaires ».

Sud
- Des chrétiens se sont plaints de la profanation de l’Eglise de Kapoeta pendant l’occupation de la ville par les troupes gouvernementales. Cette église a aussi été largement détruite.
- En un an et demi 8000 enfants soldats âgés le plus souvent de 15-16 ans, ont été démobilisés de l’ALPS avec l’aide de l’UNICEF. Les autorités locales ont financé pour eux la construction de 60 écoles qui ont été équipées par l’UNICEF. L’organisation souligne que les enfants s’engageaient fréquemment pour être nourris (AFP)..
- Dix-huit personnes ont été arrêtées à Juba après qu’on les ait entendu  parler de la force de l’ALPS. Le gouverneur a protesté contre l’arrestation pendant les pourparlers de paix, semble-t-il sans effet. (DPA).

- Vingt neuf Soudanais ont été libérés « d’abduction tribale »[esclavage](AP). Le nombre des esclaves est généralement estimé à 14 000 aussi le rythme des libérations semble lent. Le CEAWC, comité pour l’éradication des femmes et des enfants (gouvernemental) se plaint de manque d’argent , n’ayant reçu que $ 106 000 depuis janvier (Reuters). Le coût par personne libérée nous paraît élevé.

Le responsable de la commission internationale chargée de superviser l’accord entre le gouvernement soudanais et l’ALPS signé en mars concernant la protection des civils dans les zones de guerre, est arrivé à Khartoum le 11 juillet. Il s’agit de Herbert Lloyd, un général américain à la retraite. Son équipe doit comprendre 20 personnes, anciens militaires venus des Etats-Unis, du Canada, de Grande-Bretagne, d’Europe continentale [sic], et de Scandinavie. Une moitié de ce groupe doit être basée à Khartoum, et l’autre à Rumbeck, ville contrôlée par l’ALPS (AP). Le général Lloyd soumettra des rapports réguliers à l’ambassade des Etats-Unis et à d’ « autres » ambassades (sic). Nous ignorons si tel a été le cas, mais dans aucune des très nombreuses occasions où les forces gouvernementales ont été accusées d’avoir commis de graves violations des lois de la guerre qu’elles ont niées  il n’y a eu de commentaire public de cette commission.

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- Les membres de l’ONG la Société Civile Soudanaise, disséminés en région ALPS, ont témoigné que, autour de Gogrial, Twic et Tonj, Bahr el Ghazal au moins 350000 personnes déplacées sont arrivées de Mankien en zone pétrolière à la suite de la politique gouvernementale de terre brûlée qui utilise hélicoptères bombardements aériens et miliciens arabes à cheval. La dernière de ces attaques est survenue du 26 au 28 juillet, après la signature du protocole de Machakos, tuant environ 1500 civils innocents dont les corps couvrent le sol entre Wangkai et Tam, Haut Nil Ouest. Au cours de la même attaque environ 400 personnes furent kidnappées et 8000 têtes de bétail pillées. Norvegian People’s Aid, John Prendergast, ancien membre du Conseil de Sécurité américain, confirment l’attaque, classifiée néanmoins « non vérifiée » (DPA).
Les membres de la Société Civile Soudanaise ont aussi vu des hélicoptères de combat nouvellement arrivés au Bahr el Ghazal (nouvelle confirmée par des officiers de sécurité des Nations-Unies affectés à l’aide humanitaire). L’association craint que la politique de la terre brûlée ne s’étende au Bahr el Ghazal.
- Un employé kenyan de l’ONG World vision a été tué, et trois autres enlevés lors de l’ attaque à Waat (AFP 30 07) par le South Sudan Liberation Movement (SSLM), une milice gouvernementale [La région de Waat étant contrôlée par l’ALPS]. Des négociateurs des Nations-Unies se sont rendus à Yuai pour obtenir leur libération. A leur arrivée un Antonov gouvernemental bombarda la cité et les miliciens s’enfuirent avec leurs prisonniers. Plus tard, le gouvernement soudanais envoya aussi des négociateurs. (AFP). Finalement les captifs furent relâchés épuisés après avoir marché des heures (AFP). Le SSLM aurait fait du chantage pour obtenir de l’aide destinée aux civils et demandaient une lourde rançon. Cette attaque a eu lieu peu après la signature du protocole de Machakos, que Khartoum fit suivre d’une autre signature avec sa milice SSLM, ce que ses adversaires politiques jugent un manque total de bonne foi.
- A la suite du rapport de la Coalition ECOS à laquelle Vigilance Soudan appartient, le pétrolier autrichien OMV  qui avait suspendu ses opérations au Soudan en janvier, a nommé une commission « d’experts indépendants » pour étudier la situation des Droits de l’homme en zone pétrolière. « Après quoi nous verrons ce que nous ferons... les droits de l’homme sont très importants pour nous » (Reuter).
- En effet grâce aux associations de droits de l’homme, les sociétés doivent devenir plus prudentes. La société pétrolière américaine Unocal Corp. sera jugée en septembre par une Cour Californienne. Le juge a décidé que Unilocal peut être responsable pour les actions militaires alléguées à Myanmar [Burma]. Les villageois prétendent que l’armée les a forcés à quitter leurs maisons et à travailler pour un oléoduc, violant femmes et jeunes filles, torturant les récalcitrants et les faibles. Selon l’avocat des plaignants : « Si vous faites des affaires avec le diable, vous devez payer pour ses crimes ».
- Talisman envisage de vendre ses actifs au Soudan à une société indienne pour arrêter la campagne contre lui.  Les avancées de la paix lui feront peut-être changer d’avis.
- L’ALPS a mis en garde l’Inde contre l’achat des actifs de Talisman au Soudan (IPS).

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On déplore de nombreux morts et blessés après une série de bombardements.
- Dans le Bahr-el Ghazal,
. à Malwalkon [alias Malual-Kan], bombardement de l’enclos de MSF, confirmé par l’UNICEF. (AFP, Reuter).
- En Equatoria Orientale, 
. à Ikotos, , deux bombardements de la résidence de l’évêque la détruisant ainsi que de nombreux bâtiments de l’Eglise (SCBRC 27 06/ 13 07).Là aussi raid de la LRA !
. à Isoke, 2 bombardements près d’ une mission qui abrite des écoles primaire et secondaire. (Catholic Diocese of Torit 26 06/ 12 08). Un troisième bombardement a atteint l’école.
. à Kapoeta, récemment prise par l’ALPS, bombardement le 1er juillet tuant 5 civils et blessant 7, selon des autorités de l’Eglise et l’ALPS. Le porte-parole de l’armée soudanaise a déclaré qu’il ne pouvait y avoir de victimes puisqu’il n’y avait personne à Kapoeta (AFP). Comment le sait-il?
. à Hiyala, gros village voisin, un bombardement le même jour détruit totalement un certain nombre de huttes. On ignore le nombre de tués et de blessés (Diocèse de Torit, 19 août).
On signale d’autres bombardements non confirmés par des sources extérieures.
. dans Jonglei, 2 bombardements ainsi que dans le Haut-Nil Est.

HUMANITAIRE
Un million sept cent mille personnes sont en grand besoin d’aide d’urgence au Sud Soudan à cause de l’intensification de la politique de terre brûlée et des combats, ainsi que l’interdiction des vols humanitaires.
Le Secrétaire Général des Nations-Unies, Kofi Annan en personne, vint à Khartoum pour débloquer la situation pendant les pourparlers de paix de Machakos. Pour la livraison d’aide, quarante endroits lui furent accordés, et dix-huit refusés (United Nations News).
 
 

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