| La signature du protocole fut une surprise agréable pour les
Soudanais. Quelques jours auparavant les officiels disaient que cela
ne marcherait pas à cause de Garang.
Certes, l’opposition traditionnelle, intérieure et émigrée,
aurait voulu être présente aux négociations pour que
cette paix engage la nation et ne fortifie pas Béchir sur le plan
intérieur et international ; c’est ce qu’ont dit le PDU et l’Umma
qui trouvent des mérites au protocole. Comme le parti arabe Baathiste
et le PC, ils redoutent de se retrouver face au Nord en cas de sécession
si la paix n’instaure pas la démocratie. Que ce protocole décide
des droits d’un futur gouvernement central concernant la charia dans
la partie du pays qui n’est pas en guerre, a paru la goutte d’eau qui fait
déborder le vase. La charia n’est pas populaire au Nord, a-t-on
entendu. Beaucoup rappellent que le régime actuel est venu au pouvoir
par un coup d’Etat il y a 13 ans pour arrêter un processus de paix
très avancé basé sur la laïcité. Devant
cette levée de boucliers, une rencontre a été organisée
par l’Erythrée chez elle début septembre entre le gouvernement
d’une part, les membres de l’opposition émigrée et ses forces
armées de la Mer Rouge, de l’autre.
Le congrès National Populaire de Tourabi, co-auteur du coup
d’Etat de 1989, évincé par Béchir en 1999, a déclaré
que des questions comme la charia et l’unité ne doivent faire l’objet
d’aucun compromis.
Béchir aurait des problèmes avec ses supporters islamistes,
Qatbi el Mahdi, conseiller de Béchir, expliqua que l’accord ne veut
pas dire que Béchir accepte la partition du pays. « Nous encourageons
l’unification volontaire des sudistes. Sinon les négociations doivent
recommencer ». Sont mécontents, le Premier Vice-Président
Ali Osman Mohamed Taha, et d’autres faucons comme Nafie Ali Nafie qui,
selon les informations de la journaliste Julie Flint publiées dans
The Lancet, aurait activement recherché le soutien de leaders sudistes
collaborateurs qui ont tout à perdre de la paix, tel Paolino Matip
dont la milice criminelle massacre en région pétrolière.
Comme Tourabi, ces islamistes ne sont pas d’accord pour que la charia
ne soit plus source du droit au Sud, ce qui, selon eux, diminuerait la
main-mise de Khartoum sur les régions pétrolières
et handicaperait l’expansion de l’islam au Sud du Soudan.
Les non-musulmans voudraient ne pas être astreints à la
charia, même dans le Nord ; beaucoup de Sudistes ont peur que les
promesses ne soient pas tenues, trouvent six ans et demi long ; les Nuba
et autres voudraient être sûrs qu’ils font partie du Sud ;
les Eglises signalaient les chausse-trappes à éviter lors
de la seconde session..
Pendant ce temps, le monde entier se réjouit et félicita.
La jeune Union Africaine ne fut pas la dernière, elle n’est donc
pas aussi à cheval sur les frontières héritées
du colonialisme que feue l’OUA. Les pétroliers se félicitèrent
discrètement. A ce concert une fausse note, le profond mécontentement
égyptien.
Outre l’éternelle question des eaux du Nil, le Caire redouterait
qu’un Soudan réduit à sa partie Nord soit très islamiste
et dangereux pour lui. Le président Mubarak a montré sa mauvaise
humeur en refusant de recevoir le vice-président de la république
Taha. et a écrit à Béchir un plaidoyer en faveur de
l’unité du Soudan. La presse égyptienne dans son ensemble
s’est prononcée violemment contre le référendum d’autodétermination
en tonnant contre les Etats-Unis, sans toutefois faire d’autres suggestions.
Toutefois un journaliste indépendant a eu le courage d’écrire
que l’Egypte n’ayant rien fait d’utile pour la paix en 19 ans était
en mauvaise position pour blâmer, et que si l’indépendance
du Sud ne lui plaisait pas, elle devait aider au développement du
Sud de telle sorte que les Sudistes votent pour l’unité. Ce raisonnement
a été repris avec énergie par Khartoum auprès
de l’Egypte et des pays arabes.
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