Numéro 113 - juillet - août 2002

UA, NEPAD, des sigles à apprivoiser
 

UA : l’Union africaine
Tout a commencé par une idée de Kaddafi qui rêvait d’une Afrique organisée selon le modèle de l’Union européenne. Lors de Sommets de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), cette idée fut creusée en 1999, approuvée en 2000. Et, en  2001, le Sommet des chefs d’Etat   élit Amara Essy, (Côte d’Ivoire), dernier secrétaire général de l’OUA, avec mission de préparer la transition et de réfléchir aux organes à mettre en place pour la nouvelle institution.
La nouvelle entité se propose d’aller plus vite sur le chemin de l’unité africaine. Elle est porteuse d’un programme politique, économique et social pour l’Afrique avec, pour objectif, une politique commune de défense, la participation populaire aux affaires de l’Union, le droit d’intervenir directement dans un pays membre coupable de crimes contre l’humanité, ou, à sa demande, dans un Etat membre pour rétablir la paix et la sécurité ; toute une école de pensée qui n’existait pas dans l’ancienne OUA.
Les principales instances sont :
– La Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement, organe suprême de l’Union,
– La Commission, l’xécutif, dont la composition devra obéir à une parfaite parité hommes-femmes.
– Le Conseil de paix et de sécurité qui sera composé de 15 membres élus et non plus désignés.
S’ajouteront peu à peu : Le Conseil exécutif, composé surtout des ministres des Affaires étrangères; la Cour de justice ; et le Parlement panafricain dont le rôle devrait aller croissant.
Le lancement solennel de l’Union africaine eut lieu les 8 et 9 juillet 2002 à Durban (Afrique du Sud),
Amara Essy, qui a préparé tous les documents et textes législatifs devant régir l’UA, a été nommé président intérimaire pour un an 

NEPAD : Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique
En 1999, le président sud-africain, Thabo Mbecki, lance l’idée de « Renaissance africaine », un projet visant à obtenir une place plus équitable sur la scène internationale au continent africain.
En 2000, le président Wade (Sénégal) propose le « Plan Oméga » dont l’objectif est la création d’un marché commun africain, via une sorte de « Plan Marshall » pour l’Afrique, à travers le financement de grands projets essentiellement d’infrastructures.
La fusion de ces deux propositions a donné naissance au NEPAD *
Ce plan comporte huit secteurs prioritaires : infrastructures, éducation, santé, agriculture, nouvelles technologies de l’information et de la communication, environnement, énergie et accès aux marchés. Il privilégie comme lieux d’interventions, les cinq grands ensembles politiques et économiques déjà existants : Afrique du Nord, de l’Ouest, de l’Est, Centrale et Australe, ainsi l’extension du réseau ferré en Afrique de l’Ouest, la réalisation du gazoduc devant relier l’Algérie et le Nigeria, ou le projet d’exportation d’électricité à partir du barrage d’Inga en RD Congo.
Il s’appuie avant tout sur l’investissement privé pour ses besoins de financement et attend des pays du Nord, en particulier du G8, une aide pour créer les conditions d’attrait pour la venue des capitaux.
Les chefs d’Etat s’engagent à prendre des mesures pour favoriser la paix, la sécurité, la démocratie et la bonne gouvernance.
Réaction des Pays du Nord
LE NEPAD a été bien reçu par l’Union européenne, les Etats-Unis, le Japon et par les Institutionnels internationaux ; il reçoit surtout le soutien formel des membres du G7, devenu G8 en 2002.
Toutefois le NEPAD a   fait l’objet de promesses plus que d’engagements concrets et chiffrés assorties de conditions au plan économique, et d’incitations à favoriser le libre échange et  l’ouverture des marchés.

Réactions africaines
Ce plan fait l’objet de nombreuses critiques en Afrique :
Sur le financement: Beaucoup d’économistes constatent que les capitaux privés n’apportent pas la croissance, mais la suivent. Il faudrait donc d’abord lancer un cycle de développement à partir d’une aide publique bien orientée, pour espérer voir ensuite des capitaux privés s’implanter en Afrique.
Sinon  les capitaux privés obtenus iront tout naturellement là où il y a de bonnes possibilités de faire des affaires, c’est-à-dire dans les pays qui bénéficient déjà d’infrastructures, où les matières premières sont abondantes et qui offrent les conditions sociales de travail et la fiscalité les moins contraignantes : Afrique du Sud, Nigeria, Sénégal, Algérie, Egypte, les pays qui sont comme par hasard à l’origine du projet !!…
En outre, le projet NEPAD repose sur un postulat : la croissance génère d’elle-même une diminution de la pauvreté ; or cette affirmation ne s’est jamais vérifiée en Afrique.
Beaucoup craignent que ce plan ne fasse entrer l’Afrique dans le modèle économique néo-libéral occidental, et la transforme en un vaste marché ouvert à tous vents…. Or le continent ne remplit pas les conditions pour entrer dans ce libéralisme mondialisé ; il a encore besoin de mesures de protection face aux importations, de fonds d’aide et de soutien à la production et à l’exportation, etc, toutes pratiques contraires au libéralisme que les pays du Nord veulent imposer aux pays du Sud.
Et puis, il y a déjà eu tellement de programmes, de promesses pour l’Afrique ! « Et nous, disait un Africain, nous, on attend toujours ! »
D’ailleurs, et c’est sans doute le plus grave, la population africaine dans son ensemble ne se sent pas concernée par ce Plan, parce qu’elle n’a pas été associée à son élaboration ; d’où des réactions sceptiques et désabusées. Ainsi Amina Traoré, ancienne ministre du Mali, : « Je suis habitée par un sentiment de honte...Le Nepad offre l’Afrique sur un plateau d’argent aux gagnants du néo-libéralisme » (in L’Autre Afrique N0 11).
Il semble donc que pour les Africains, la condition de succès serait que la population elle-même puisse se réapproprier ce Plan et pour qu’il soit d’abord l’expression de ses propres priorités. C’est une raison supplémentaire d’agir sans cesse pour le renforcement de la  société civile en Afrique et à Madagascar.

NEPAD et UA, quels rapports ?
En 2001 les chefs d’Etat africains ont déclaré le NEPAD programme économique de l’Union africaine. Mais le Sommet de Durban, cette année, a mis à jour quelques désaccords sur les rapports qui doivent exister entre les deux institutions, des questions qui restent à résoudre…

Georges Riffault
Foi et Justice Afrique-Europe

* NEPAD : NEw Partnership for Africa’s Development
 

 

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