UNITE/AUTODETERMINATION
Le 20 juillet, le gouvernement soudanais et le Mouvement/Armée
de Libération du Peuple Soudanais (M/ALPS) ont signé le protocole
de Machakos, traçant les grandes lignes d’un accord concernant deux
des points essentiels, le droit à l’autodétermination et
la laïcité. L’imagination des négociateurs a aidé
à débloquer la situation en évitant les mots qui fâchent.
Les deux parties souhaitent un pays uni et feront tout ce qui est en leur
pouvoir pour qu’au jour du référendum, l’unité paraisse
une solution attrayante aux Sudistes. Ceci reflète la position traditionnelle
du chef du M/ALPS, Garang, dont le nom du Mouvement est l’écho.
Depuis, le peuple du Sud dans son immense majorité, considère
qu’il a trop souffert aux mains de Khartoum pour lui rester lié
et ne rêve que d’indépendance. Un référendum
d’autodétermination aura lieu six ans et demi après l’accord
de paix, le temps de panser les plaies, de rapatrier et de réinstaller
les millions de déplacés et réfugiés, de remettre
le Sud sur pied, d’y susciter une société civile, et surtout
de rendre l’union attrayante aux Sudistes. Pendant cette période
intérimaire, le Sud aura une large autonomie au sein d’un Etat fédéral
où seront instituées deux assemblées, un sénat
avec les représentants des Etats et une chambre directement élue
par les citoyens. Il est fait état de gouvernance démocratique.
Une nouvelle constitution devra être établie où les
accords de paix seront inclus. Ce qui y touche ne pourra être changé
sans une procédure et une majorité contraignantes. Normalement,
il semblerait donc que cette nouvelle constitution devrait être votée,
par les parlementaires élus des nouvelles assemblées, élus.
Les modalités sont encore à définir lors de la seconde
session de pourparlers.
Quelles sont les limites géographiques du Sud? C’est un des nombreux
non-dit du texte. Pour le Président soudanais Béchir, le
Sud s’arrête à la frontière nord du Bahr el Ghazal
et du Haut-Nil. L’ALPS voulait ajouter à ce Sud stricto sensu, les
Monts Nuba, le Nil Bleu Sud et la région d’Abyei peuplée
de Dinkas ; depuis Machakos, un groupe de personnalités des Monts
Nouba fait du lobbying sur Internet dans ce but. Ou encore, envisagerait-on
sur la base de la situation militaire actuelle les régions contrôlées
par l’ALPS, c’est à dire la plus grande partie du Sud, une partie
des Nouba et du Nil Bleu Sud? Mais, dans cette hypothèse, grande
difficulté : dans le Sud stricto sensu Khartoum contrôle plusieurs
villes, Juba, Wau et Malakal, Torit..., ainsi que les emplacements pétroliers
exploités. Si l’existence d’un Sud autonome et a fortiori indépendant,
constellé de zones relevant du Nord paraît difficile, cette
éventualité expliquerait l’intense activité militaire
actuelle où chaque partie cherche à étendre son territoire.
ETAT et RELIGION
La délicatesse linguistique relevée pour une éventuelle
indépendance du Sud se retrouve lorsqu’il s’agit de laïcité
: ce mot n’est pas prononcé. Au contraire les deux parties reconnaissent
que la religion est une source de force morale et d’inspiration pour tous
les Soudanais. Le long chapitre intitulé Etat et Religion décide
toutefois de points importants. La charia ne sera pas source de droit dans
le Sud, ce qui théoriquement n’est pas une nouveauté. La
liberté religieuse et la liberté de culte existeront dans
tout le Soudan. La liberté de culte est l’un des seuls passages
développés de l’accord, redressant point par point les brimades
dont se plaignent les chrétiens et la liberté sera la même
pour les religions traditionnelles. Mais le gouvernement central sera-t-il
basé sur la charia? Les indices s’opposent. Tout citoyen, quelle
que soit sa religion, pourra accéder à tous les postes, y
compris la présidence de la République, ce qui est contraire
à la charia. L’interdiction soulignée de l’utilisation politique
de la religion, semble aller dans le même sens. Par contre, le gouvernement
central a le droit d’imposer au seul Nord les lois inspirées de
la charia, ce qui sous-entend peut-être qu’il n’est pas laïc.
Après le 20 juillet Béchir et Garang se sont rencontrés.
C’était pour se serrer la main, encourager les pourparlers et non
pour conduire une négociation parallèle. Selon Béchir
« quand la confiance sera restaurée, Garang et moi nous nous
unirons en un grand parti ». Garang quant à lui, rapporte
avoir dit à Béchir qu’il voulait faire un grand parti dont
les membres viendraient du Soudan tout entier. Il se serait engagé
à faire campagne pour l’unité au moment du référendum
si Béchir « tient ses promesses pendant la période
intérimaire ».
NOUVEAUX POURPARLERS en COURS
Les pourparlers ont repris le 12 Août ; ils concernent le partage
du pouvoir, celui des richesses, les formes précises de gouvernement,
la sécurité, le sort des armées et milices, et un
cessez-le-feu général. Le partage du pouvoir, se situe d’abord
entre le gouvernement central et le gouvernement autonome. L’accord de
paix de 1972, n’avait pas donné une véritable autonomie au
Sud, puisque la planification et les finances étaient décidées
au niveau national ;et que le Président de la République
avait le droit de dissoudre les organismes régionaux et de démettre
les responsables. Ce nouveau partage de pouvoir devrait se traduire aussi
par l’entrée de membres du M/ALPS au niveau fédéral,
on parle de Garang comme premier vice-président, ou même d’une
présidence Béchir/Garang en temps partagé pendant
la période intérimaire.
Khartoum pourra plus facilement se montrer généreux pour
le partage des richesses. La paix permettrait d’augmenter les concessions
exploitées et donc la totalité de la manne ; le gouvernement
n’aurait plus théoriquement de dépenses militaires. Mais
il a peut-être déjà engagé des revenus à
venir dans ses très importants investissements en armes.
Les formes du gouvernement, son degré de démocratie dont
dépendent les libertés, donneront lieu à des débats
délicats. Aucune des deux parties n’a de mandat démocratique
et la gloire d’avoir fait la paix n’empêcherait peut-être pas
Béchir et même Garang d’être évincés lors
d’une consultation. Ils risquent d’être prudents.
Autre question difficile à trancher : que faire des armées
et milices? L’ALPS voudrait que toutes les forces gouvernementales soient
retirées du Sud ce à quoi le gouvernement est peu disposé,
il craint que cela ne corresponde à une sécession de facto.
Selon John Prendergast, leur présence même bien cantonnées,
même désarmées, rappellerait les années de guerre
et serait peut-être néfaste au désir d’union. Garang
voudrait la suppression des forces de sécurité politique,
ce qui serait une bénédiction pour tous les Soudanais, mais
risqué pour le régime. Enfin il faudra bien définir
le Sud.
Enfin un cessez-le feu général couronnerait le tout.
QUE CRAINDRE? QU’ESPERER?
Que craindre, qu’espérer outre la solution des problèmes
en suspens? Le protocole n’avait au 20 juillet aucune garantie internationale.
Déjà trop de promesses de Khartoum n’ont pas été
tenues, selon le titre d’un livre célèbre d’Abel Alier. A
la suite du 11 septembre et de la crainte que l’ire américaine à
l’égard des Etats réputés terroristes avait suscitée,
Béchir a plié sans forcément se convertir pour autant.
Combien de temps ire et crainte dureront-elles?. Ce référendum
aura-t-il oui ou non lieu dans six ans et demi? C’est la clé de
tout.
Machakos semble toutefois la meilleure chance de paix depuis le coup
d’Etat de 1989.
Bételgeuse
*Le triptyque des sages de l’IGAD, médiateur de l’Afrique
Orientale au conflit, peignait depuis 10 ans un Soudan laïc et démocratique
avec partage des richesses, et un référendum d’autodétermination
du Sud pouvant conduire à l’indépendance. Après avoir
promis mainte fois l’autodétermination, Khartoum renâclait.
De nouveaux pourparlers de l’IGAD entre le gouvernement soudanais et le
M/ALPS en juin/juillet, se tinrent à Machakos, Kenya en présence
d’observateurs étrangers représentant leur pays : les Etats-Unis
redoutés de Khartoum à cause de son passé chargé
de terrorisme, la Grande-Bretagne, l’ancienne puissance colonisatrice,
l’Italie, très impliquée dans la région et la Norvège
qui a une réputation de capacité à résoudre
les conflits.
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