Numéro 111 - mars - avril 2002

PETROLE ET ECONOMIE
 

Un document explosif
Le Alien Tort Claim  autorise les étrangers à poursuivre devant la justice américaine les auteurs de violations de droits de l’homme et de lois internationales. Comme nous le rapportions en novembre, cette loi avait permis le dépôt d’une plainte auprès d’une cour fédérale à New-York contre la société pétrolière canadienne Talisman, au nom d’un grand nombre d’Africains vivant dans sa concession pour avoir « délibérément et intentionnellement » soutenu « une campagne de nettoyage ethnique brutale contre la population civile », par les forces du gouvernement soudanais. La plainte vient d’être amendée pour inclure le gouvernement du Soudan comme co-défendant. «  Talisman finance et dirige la campagne de nettoyage ethnique du gouvernement soudanais » dit l’ancien gouverneur d’Unité (alias Haut-Nil Ouest) qui conseille les avocats (Arey D’Avino avocat de droits de l’homme à New-York ). Les plaignants viennent de produire un document officiel soudanais daté du 7 mai 1999, selon lequel Talisman avait demandé au gouvernement soudanais d’éloigner les villageois du voisinage de sa concession pétrolière. «  Pour répondre à la demande de la société canadienne... assurer la sécurité et le bien être des employés et des biens de la société» les forces armées recevaient l’ordre de « conduire des opérations de nettoyage dans chaque village de Heglig à Pariang ... « selon les directives du ministre de l’énergie et des mines » [responsable de la sécurité en zone pétrolière]. «  Il a été décidé d’éliminer le village d’Heglig ..et Toor». Ce message marqué « secret » et « très urgent » venait de Khartoum et était adressé à la Sécurité pétrolière à Heglig. Le 9 mai 1999, deux jours après qu’il ait été envoyé, Khartoum lançait une des offensives les plus brutales de la guerre, utilisant bombardements, raids d’hélicoptères ainsi que des troupes soutenues par des transports de personnel blindés. Selon le rapport Harker du gouvernement canadien, la population de la région diminua de 50% à ce moment. Les avocats de Talisman étudient la source et l’authenticité du document tandis que son porte-parole affirme « nous pouvons déclarer avec énergie  que ce que sous-entend ce mémo est contraire à tout ce que Talisman fait et croit au Soudan (Financial Times).
Les évêques canadiens à qui il avait été demandé ce que le Canada pouvait faire pour la paix au Soudan, ont répondu en écrivant le 8 avril au ministre des Affaires Etrangères, qu’ »une mesure déterminante et hautement symbolique » serait d’investir ailleurs la partie de ses fonds de pension placés chez Talisman. Talisman qui envisageait de vendre tous ses bien au Soudan n’a pas encore trouvé d’acquéreur (AFP).
Rappelons que le suédois Lundin et l’autrichien OMV ont suspendu leurs opérations pétrolières au Soudan pour des raisons de sécurité. Nous nous en réjouissons. Lundin a déclaré que pour reprendre les opérations il faudrait « un environnement pacifique durable », comme « un cessez-le-feu ». Lundin semble donc ne pas du tout se rendre compte qu’il n’y aura pas de cessez-le-feu si celui-ci implique la reprise de l’exploitation.

- La société indienne ONGC Videsh ltd négocie une participation de 25% dans un block offshore [Nord] au Soudan (Indian News Agency).
- Alsthom, Siemens et VA Tech, préparent une étude de faisabilité pour des offres de financement concernant un barrage hydro-électrique qui serait construit à la quatrième cataracte (Reuters ) et dont on parle depuis fort longtemps. Un fonds de développement arabe s’était engagé à hauteur de 780 million de dollars et le coût serait plus proche de 2 milliards de dollars (Reuters).
- L’Union Européenne va importer du sucre de 12 des Etats les moins développés du monde dont le Soudan (Pana).
- Le Kenya veut réviser le traité sur les eaux du Nil datant de 1929,  signé par l’Angleterre au nom de ses colonies qui accorde à l’Egypte un droit de veto sur les projets de construction des pays en amont du Nil parce que ce traité ne prend pas en considération les intérêts des pays en amont. On pense généralement que l’Egypte craint surtout que l’Ethiopie qui apporte 86% des eaux du Nil veuille en faire autant (Reuter). Un traité entre l’Egypte et le Soudan avait augmenté la part soudanaise en 1959 au moment de la construction du Haut-Barrage d’Assouan qui inondait des terres soudanaises.
Dix pays essaient de résoudre le conflit à l’amiable dont le Burundi, le Congo, l’Egypte, le Soudan et l’Erythrée(EAS).
--L’activité à Port-Soudan est en plein développement : l’Ethiopie l’utilise à partir de mars pour tout son commerce maritime. On espère que cette augmentation de trafic ne sera pas nuisible aux fonds marins, les plus beaux du monde (BBC).
 

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