| Les hasards favorables du calendrier firent que le M. Paix du Président
Bush, l’ancien sénateur Danforth, vint au Soudan peu après
le 11 septembre, à une époque où le Soudan craignant
une attaque comme Etat terroriste, était un petit peu plus souple.
Avant d’aborder le fond, M.Danforth proposa des mesures pour restaurer
la confiance entre les combattants, et tout d’abord des cessez-le-feu humanitaires
en particulier dans les Monts Nouba. Pourquoi ce choix? Tout d’abord, bien
sûr, parce que le Soudan avait toujours refusé l’aide humanitaire
dans cette région qui subit d’horribles souffrances. On peut aussi
se demander si les négociations butant sur les frontières
des régions où un référendum d’autodétermination
devait avoir lieu, Danforth ne s’efforçait pas de sortir les Monts
Nouba de la guerre par une paix séparée. Ou alternativement
s’il ne cherchait pas à créer une zone tampon calme entre
Nord et Sud. Dans l’un ou l’autre cas, le prochain pas devrait être
d’obtenir un cessez-le feu dans le Haut-Nil Bleu et dans la région
d’Abyei peuplée de Dinkas au Darfour Sud.
Avec une médiation américano-suisse, les Américains
s’occupant des aspects militaires et les Suisses des aspects politiques,
l’accord de cessez-le feu pour les Monts Nouba fut signé le 19 janvier
en Suisse pour une période renouvelable de six mois. Il concerne
80 000 kilomètres carrés et prévoit la libre circulation
des personnes et des biens, l’aide humanitaire comprise, l’interdiction
de poser des mines, la réparation et la réouverture des routes,
ainsi que l’enlèvement des mines par les deux parties.
L’application et la surveillance doivent être assurées
par une commission militaire dont le président et les vice-président
seraient neutres. Une mission internationale de 10 à 15 observateurs
doit être déployée.
Il n’en reste pas moins qu’il faut se féliciter d’un premier
résultat malgré des accrochages sur le terrain.
Un autre point de M. Danforth concerne les « enlèvements
en esclavage »; le Soudan qui nie l’existence de l’esclavage, avait
accepté une commission d’enquête composée d’Américains
et d’ Européens, mais on n’en entend plus parler. Toutefois, il
ne semble pas impossible que Khartoum ait donné des ordres discrets
de libération d’esclaves, puisque selon Christian Solidarity International
plus de 14 500 esclaves auraient été relâchés
et que l’évêque de Rumbeck a vu certains d’entre eux dans
des camps de personnes déplacées manquant de tout, au Nord
Bahr el Ghazal.
M. Danforth avait aussi demandé l’arrêt des bombardements
de civils. Après tergiversations, Bush semblant moins fâché
avec le Soudan, Béchir a froidement refusé en-dehors d’un
cessez-le-feu général. Les Nations-Unies et les ONG sont
très mécontentes; elles sont souvent les cibles des bombardements.
Dans le sillage du cessez-le-feu des Monts Nouba et des réconciliations
tribales au niveau de la base opérées sous la houlette du
Conseil des Eglises, John Garang, le chef de l’ALPS a signé avec
Riek Machar le chef du SPDF un accord de fusion de leurs deux mouvements
sous le nom ALPS. Le SPDF s’était séparé de l’ALPS
en 1991. Khartoum avait pu savamment orchestrer cette séparation
grâce à des rivalités ethniques et politiques, Machar
voulant l’indépendance et Garang un Soudan uni, démocratique
et laïc. Le gouvernement avait signé un accord de paix
avec Riek Machar et d’autres chefs rebelles ; un point important était
le droit du Sud à un référendum d’autodétermination
; toutefois un alinéa laissait au gouvernement la possibilité
de repousser cet accord ad infinitum. Le gouvernement n’ayant tenu aucune
de ses promesses, Machar est tombé d’accord avec Garang sur la paix
qu’ils recherchent, un Soudan laïc, confédéral pendant
une période intérimaire, l’autodétermination pour
un Sud-Soudan incluant Abyei, le Kordofan Sud [les Monts Nouba], le Nil
Bleu Sud, et autres régions marginalisées. Garang a fait
des concessions en faveur d’une plus grande institutionnalisation politique.
Fin avait été mise depuis un certain temps, aux combats
entre les deux mouvements qui avaient tué beaucoup de monde dans
le Sud.
Et maintenant ? Les Etats-Unis n’ont pas vraiment dit ce qu’ils suggéraient
pour résoudre le fond du problème. Danforth semble être
favorable à l’unité du Soudan, éventuellement à
cause de l’opinion des pays voisins peut-être avec un système
« un pays deux régimes ». Les Sudistes ne sont pas heureux;
le mouvement en faveur de l’indépendance a énormément
augmenté au fil des ans devant tant d’engagements gouvernementaux
non tenus. Ils attendent de voir ce qu’ils peuvent gagner de cette initiative
et ne veulent pas avoir l’air d’être ceux qui s’opposent à
la paix aux yeux des USA. Un accord entre les parties sur l’autodétermination
du Sud est la seule percée faite au cours des douze dernières
années, il est donc malheureux de l’abandonner.
M. Danforth a « d’autres engagements » en avril. Il devra
auparavant remettre un rapport à Bush indiquant si les parties veulent
suffisamment la paix pour que les Etats-Unis fassent un effort majeur.
Le projet de loi sur l’interdiction d’accès aux marchés financiers
américains des sociétés qui exploitent le pétrole
au Soudan est toujours en suspens. La politique américaine n’est
pas facilement déchiffrable. La Grande-Bretagne a annoncé
l’envoi d’un Monsieur Paix britannique. Il s’agit d’Alan Goulty, aujourd’hui
directeur du département Moyen-Orient et Afrique du Nord au
Foreign and Commonwealth Office, qui fut ambassadeur au Soudan de 1995
à 1999. Il y avait déjà été en poste
de 1972 à 1973. Il vient de faire des recherches au centre Wheatherland
pour les affaires Internationales de l’Université d’Harvard sur
les alternatives diplomatiques à l’usage de la force pour influencer
des gouvernements perçus comme hostiles. Son épouse, l’américaine
Lilian Harris Craig, a eu une importante activité d’appui aux ONG
caritatives de Khartoum au service desquelles elle a mis une vive intelligence
et une grande chaleur humaine.
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