Numéro 110 - janvier - février 2002

Les voies de la paix américaine
 

Les hasards favorables du calendrier firent que le M. Paix du Président Bush, l’ancien sénateur Danforth, vint au Soudan peu après le 11 septembre, à une époque où le Soudan craignant une attaque comme Etat terroriste, était un petit peu plus souple. 

Avant d’aborder le fond, M.Danforth proposa des mesures pour restaurer la confiance entre les combattants, et tout d’abord des cessez-le-feu humanitaires en particulier dans les Monts Nouba. Pourquoi ce choix? Tout d’abord, bien sûr, parce que le Soudan avait toujours refusé l’aide humanitaire dans cette région qui subit d’horribles souffrances. On peut aussi se demander si les négociations butant sur les frontières des régions où un référendum d’autodétermination devait avoir lieu, Danforth ne s’efforçait pas de sortir les Monts Nouba de la guerre par une paix séparée. Ou alternativement s’il ne cherchait pas à créer une zone tampon calme entre Nord et Sud. Dans l’un ou l’autre cas, le prochain pas devrait être d’obtenir un cessez-le feu dans le Haut-Nil Bleu et dans la région d’Abyei peuplée de Dinkas au Darfour Sud.
Avec une médiation américano-suisse, les Américains s’occupant des aspects militaires et les Suisses des aspects politiques, l’accord de cessez-le feu pour les Monts Nouba fut signé le 19 janvier en Suisse pour une période renouvelable de six mois. Il concerne 80 000 kilomètres carrés et prévoit la libre circulation des personnes et des biens, l’aide humanitaire comprise, l’interdiction de poser des mines, la réparation et la réouverture des routes, ainsi que l’enlèvement des mines par les deux parties.
L’application et la surveillance doivent être assurées par une commission militaire dont le président et les vice-président seraient neutres. Une mission internationale de 10 à 15 observateurs doit être déployée.

Il n’en reste pas moins qu’il faut se féliciter d’un premier résultat malgré des accrochages sur le terrain.
Un autre point de M. Danforth concerne les « enlèvements en esclavage »; le Soudan qui nie l’existence de l’esclavage, avait accepté une commission d’enquête composée d’Américains et d’ Européens, mais on n’en entend plus parler. Toutefois, il ne semble pas impossible que Khartoum ait donné des ordres discrets de libération d’esclaves, puisque selon Christian Solidarity International plus de 14 500 esclaves auraient été relâchés et que l’évêque de Rumbeck a vu certains d’entre eux dans des camps de personnes déplacées manquant de tout, au Nord Bahr el Ghazal.
M. Danforth avait aussi demandé l’arrêt des bombardements de civils. Après tergiversations, Bush semblant moins fâché avec le Soudan, Béchir a froidement refusé en-dehors d’un cessez-le-feu général. Les Nations-Unies et les ONG sont très mécontentes; elles sont souvent les cibles des bombardements.

Dans le sillage du cessez-le-feu des Monts Nouba et des réconciliations tribales au niveau de la base opérées sous la houlette du Conseil des Eglises, John Garang, le chef de l’ALPS a signé avec Riek Machar le chef du SPDF un accord de fusion de leurs deux mouvements sous le nom ALPS. Le SPDF s’était séparé de l’ALPS en 1991. Khartoum avait pu savamment orchestrer cette séparation grâce à des rivalités ethniques et politiques, Machar voulant l’indépendance et Garang un Soudan uni, démocratique et laïc. Le gouvernement avait signé un accord de paix  avec Riek Machar et d’autres chefs rebelles ; un point important était le droit du Sud à un référendum d’autodétermination ; toutefois un alinéa laissait au gouvernement la possibilité de repousser cet accord ad infinitum. Le gouvernement n’ayant tenu aucune de ses promesses, Machar est tombé d’accord avec Garang sur la paix qu’ils recherchent, un Soudan laïc, confédéral pendant une période intérimaire, l’autodétermination pour un Sud-Soudan incluant Abyei, le Kordofan Sud [les Monts Nouba], le Nil Bleu Sud, et autres régions marginalisées. Garang a fait des concessions en faveur d’une plus grande institutionnalisation politique. 
Fin avait été mise depuis un certain temps, aux combats entre les deux mouvements qui avaient tué beaucoup de monde dans le Sud.
 
Et maintenant ? Les Etats-Unis n’ont pas vraiment dit ce qu’ils suggéraient pour résoudre le fond du problème. Danforth semble être favorable à l’unité du Soudan, éventuellement à cause de l’opinion des pays voisins peut-être avec un système « un pays deux régimes ». Les Sudistes ne sont pas heureux; le mouvement en faveur de l’indépendance a énormément augmenté au fil des ans devant tant d’engagements gouvernementaux non tenus. Ils attendent de voir ce qu’ils peuvent gagner de cette initiative et ne veulent pas avoir l’air d’être ceux qui s’opposent à la paix aux yeux des USA. Un accord entre les parties sur l’autodétermination du Sud est la seule percée faite au cours des douze dernières années, il est donc malheureux de l’abandonner. 
M. Danforth a « d’autres engagements » en avril. Il devra auparavant remettre un rapport à Bush indiquant si les parties veulent suffisamment la paix pour que les Etats-Unis fassent un effort majeur. Le projet de loi sur l’interdiction d’accès aux marchés financiers américains des sociétés qui exploitent le pétrole au Soudan est toujours en suspens. La politique américaine n’est pas facilement déchiffrable. La Grande-Bretagne a annoncé l’envoi d’un Monsieur Paix britannique. Il s’agit d’Alan Goulty, aujourd’hui directeur du département  Moyen-Orient et Afrique du Nord au Foreign and Commonwealth Office, qui fut ambassadeur au Soudan de 1995 à 1999. Il y avait déjà été en poste de 1972 à 1973. Il vient de faire des recherches au centre Wheatherland pour les affaires Internationales de l’Université d’Harvard sur les alternatives diplomatiques à l’usage de la force pour influencer des gouvernements perçus comme hostiles. Son épouse, l’américaine Lilian Harris Craig, a eu une importante activité d’appui aux ONG caritatives de Khartoum au service desquelles elle a mis une vive intelligence et une grande chaleur humaine.
 

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