Numéro 110 - janvier - février 2002

 

SOUTIEN FINANCIER EUROPEEN A KHARTOUM
 

En 1990, en protestation contre l’absence de respect des droits de l’homme, de démocratie, et contre la guerre, l’Union Européenne avait suspendu l’aide au développement du Soudan qu’elle avait donnée dans le cadre des accords de Lomé/Cotonou. La Commission vient d’annoncer qu’elle est prête à reprendre cette aide. Selon la lettre de l’Océan Indien, « le forcing français [pour cette décision]...a été perçu comme frisant l’indécence par certains pays européens ». De plus, la France vient d’inscrire le Soudan sur la liste des pays de sa zone de solidarité prioritaire pour son aide bilatérale au développement : « l’évolution [de ce pays] le rapproche des critères fondamentaux économiques et politiques d’appartenance à la zone ».
Incendie de forêt, le feu maîtrisé ici, reprend là
Pourtant, depuis quelques années quasiment aucun progrès n’a été enregistré globalement: Quand la pression internationale est trop forte sur un point, le régime de Khartoum lâche un peu de lest, ainsi les tribunaux d’ordre public, l’esclavage et le cessez-le feu humanitaire de six mois dans les Monts Nouba, tandis qu’il commet de nouvelles exactions, ainsi la politique de terre brûlée en zone pétrolière, et les tribunaux d’exception ailleurs. Le gouvernement soudanais refuse absolument la demande américaine d’arrêter les bombardements de civils qui sont un crime contre l’humanité. Le Sud est toujours à feu et à sang.

Or, beaucoup essaient aujourd’hui d’arrêter la guerre au Soudan. Pour faire la paix, les parties en présence ont besoin de la carotte et du bâton. Les décisions de l’Union Européenne et de la France, prises dès le premier signe de bonne volonté de Khartoum, un cessez-le feu limité, met en danger ce processus. Le Soudan pourra obtenir 155 millions d’Euros dans les cinq ans à venir seulement de l’Europe. Alors qu’on voit les dépenses militaires monter en flèche, que le budget de l’Etat n’a aucune transparence, on a peine à croire les déclarations du gouvernement selon lesquelles l’argent du pétrole sera utilisé pour le développement, celui du Sud en particulier. Comment l’Union Européenne et la France peuvent-elles donner une aide au développement qui est une prime aux exactions, et qui risque de financer indirectement la guerre?
Pour paraphraser Tocqueville
L’Union Européenne et la France, pour paraphraser Tocqueville, enlèvent l’appui de leur exemple à la moralité internationale.

Betelgeuse
 
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