Dans la nuit du 29 au 30 juin 1998, à la veille du vote par
le parlement d’une nouvelle constitution, des explosions secouent l’agglomération
de Khartoum visant sans faire de victimes plusieurs édifices publics,
des installations électriques, un dépôt de carburant...
Immédiatement 27 suspects sont arrêtés par les forces
de sécurité dont la plupart sont originaires du Sud-Soudan,
des gens très simples, sans instruction qui résident à
la périphérie sud du Grand Khartoum. Parmi les personnes
appréhendées se trouvent deux prêtres catholiques,
le Père Hilary Boma, accusé d’être l’instigateur du
complot, qui réside à côté de la cathédrale
Saint-Matthieu, et le Père Lino Sébit, vicaire de la paroisse
de Mayo au sud de la capitale.
Détenus, les suspects sont torturés pour obtenir des
aveux. Trois succombent. Les autres sont contraints d’avouer lors d’une
procédure d’instruction bien mise en scène. Traduits devant
un tribunal militaire de campagne pour atteinte à la sécurité
de l’Etat, ils risquent la peine de mort. Parmi les défenseurs qui
interviennent courageusement, deux avocats relatent cette affaire dans
ses surprenants détails, les épisodes de l’instruction, les
efforts d’intervention, donnant la parole aux inculpés qui racontent
dans leur langue familière leur expérience douloureuse et
affirment leur innocence. Ces déclarations sont un des grand moment
du livre tant elles expriment le désarroi de ces gens pris dans
une tourmente à laquelle ils sont étrangers.
Quant aux autorités de Khartoum, elles apparaissent ici dans
leur réalité crue, dans leur mépris cynique pour la
justice et les droits de l’homme: le procès n’est qu’une machination
mal orchestrée contre des déplacés sud-soudanais et
des représentants de l’Eglise catholique, comme le montrent à
l’évidence les témoignages et l’enquête effectuée
par les avocats. Les tortionnaires et leurs commanditaires sont donc connus,
mais ils n’ont pas été poursuivis.
L’autorité des auteurs de cet ouvrage est grande. Abel Alier,
un homme du Sud, un protestant, fut l’artisan des accords d’Addis-Abbéba
qui donnèrent onze précieuses années de paix au Soudan.
Il fut le premier président du Sud autonome que ce pacte avait créé.
Il fut aussi vice-président de la République. Juge à
la Cour internationale de la Haye, c’est un homme d’Etat respecté
de tous. El Sheikh Mohamed Ahmed El Sheikh appartient à une famille
de juristes musulmans du Nord. Membre actif de la confrérie Khatmeya,
il défend les droits de l’homme et l’égalité des citoyens.
La participation des deux hommes à cette oeuvre de justice prouve
une fois de plus que les Soudanais pourraient vivre en paix.
Marie Lepetit
* Le livre traduit par Vigilance Soudan sortira en
librairie le 11 mars 2002
Edition Karthala, 22/24 Boulevard Arago, 75013 Paris
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