Numéro 109 - décembre 2001

Ben Laden and co
Histoires de terrorisme
 

A la demande de nombreux lecteurs, nous citons en résumé les informations parues dans la presse, quoique nos propres sources ne nous permettent ni de les corroborer ni de les démentir.

Le président ougandais Museveni accuse
Selon lui, les rebelles ougandais de l’Allied Democratic Forces, [des militants musulmans] sont une création de Tourabi et du réseau de ben Laden. Ces combattants auraient été entraînés au Soudan, en Afghanistan et au Pakistan. Museveni lie aussi à ben Laden d’autres rebelles ougandais, la Lord Resistance Army qui enlève des enfants et des adolescents en Ouganda et au Soudan. « Nous avons combattu Tourabi et Ben Laden seuls pendant tout ce temps », a-t-il ajouté (AP).

Après l’Afghanistan le Soudan ?
Les camps d’entraînement terroriste
Sunday Times 25.11.01
La guerre contre le terrorisme s’étendra à trois nouveaux pays dès que la campagne en Afghanistan sera terminée. Les cibles liées à Ben Laden en Somalie, au Soudan et au Yémen seront prioritaires selon des sources responsables à Londres et Washington. [on se souvient qu’en 1993 les renseignements égyptiens avaient dénombré 10 camps d’entraînement d’activistes islamistes au Soudan]. Bush et Blair pensent que l’élan crée par les succès de la coalition anti-terroriste doit être maintenu par une action rapide ailleurs.
Des officiers de renseignement anglais et américains sont sur les lieux pour collecter des informations concernant les terroristes et s’assurer de leurs liens avec l’organisation de Ben Laden....Ces renseignements seront utilisés pour des attaques « stylet » contre les associés de ben Laden et les camps d’entraînement terroristes. Ceux du Yémen organisés par des vétérans afghans, pourraient être la première cible dès fin janvier, éventuellement avec l’accord du président Yéménite......
Selon le quotidien britannique Independent, cité par une dépêche d’AFP du 4 décembre, la Grande-Bretagne formera certaines de ses unités pour des attaques rapides dans des pays soupçonnés d’abriter al-Qaeda, y compris la Somalie, le Soudan et le Yémen.
Selon une dépêche d’Associated Press, du 27 novembre, lors de son voyage à Moscou le ministre des Affaires Etrangères soudanais a demandé à la Russie de dire aux gouvernements occidentaux que cette opération [en Afghanistan] ne devait pas être étendue.

Les armes biologiques
Lors d’une conférence à Genève au sujet de la Convention de 1972 sur les armes biologiques, le sous-secrétaire d’Etat américain John Bolton a soupçonné l’Irak de produire des stocks d’armes biologiques et la Corée du Nord d’être prête à en faire en quelques semaines. Il a ajouté être très inquiet au sujet de l’Iran ainsi que de la recherche et du développement des armes biologiques en Libye et en Syrie. Il serait également inquiet de l’intérêt croissant du Soudan, non signataire de cette Convention, pour le développement d’un programme d’armes biologiques (AFP).

L’argent
Al Shamal Islamic Bank ,liée à Ben Laden, n’est pas sur la liste terroriste américaine
Chicago Tribune 3.11.01
Les autorités suisses ont gelé deux douzaines de comptes en banque totalisant 12 millions de dollars, liés à des individus qui selon l’administration Bush soutiennent Ben Laden. Mais Al Shamal Islamic Bank n’a pas été inquiétée. D’après un rapport du Département d’Etat, datant de 1996, sur la fortune de Ben Laden, ce dernier a co-fondé cette banque avec un groupe de riches Soudanais et y a investi un montant de 50 millions de dollars dont il avait hérité... Les officiels américains y croient toujours quoique la banque ait déclaré par écrit que Ben Laden n’était ni un de ses fondateurs, ni un de ses actionnaires. 
Un officiel du Département d’Etat, qui a demandé à ne pas être identifié, a dit à la Tribune qu’il y avait « de nombreuses façons de traiter les problèmes bancaires » et que désigner officiellement une banque comme étant soutien du terrorisme « n’est ni la seule, ni souvent la plus efficace ». Dans le cas de Al Shamal, cette mention pourrait avoir des répercussions diplomatiques que la Maison Blanche préfère éviter après avoir obtenu avec difficulté la coopération du gouvernement saoudien pour endiguer le flot d’argent terroriste qui provient de son pays. Or, d’après des registres publics, parmi les investisseurs de Al Shamal se trouve un conglomérat de services financiers dirigé par un prince saoudien, Mohamed Al Faisal Al Saoud.
Cependant Al Shamal reconnaît que parmi ses cinq principaux fondateurs et principaux actionnaires se trouve une autre banque de Khartoum, Faisal Islamic Bank of Sudan. D’après les registres publics 19% de Faisal Islamic Bank appartiennent au trust Daar al Maal al Islami (DMI) qui a à sa tête un prince saoudien, le prince al Saoud.
Ce trust de 3,5 milliards de dollars a pour slogan « Dieu apporte le succès », et a été fondé il y a 20 ans pour répandre le système de banque islamique dans le monde arabe. La plus grande partie de l’argent vient d’Arabie Saoudite. On sait que l’Islam interdit le prêt à intérêt; les banques se paient en partageant les bénéfices des entreprises auxquelles elles ont prêté de l’argent.
La banque Al Shamal, quoique petite, a permis à Ben Laden de faire passer rapidement l’argent d’un pays à l’autre grâce à ses relations avec les plus importantes banques mondiales. Elle fut reconnue comme l’une des principales identités financières de Ben Laden pendant le procès qui condamna quatre personnes pour les attaques de deux ambassades américaines en Afrique. 
DMI réfute catégoriquement toute insinuation ou allégation le liant au réseau des organisations terroristes.

En estampant Ben Laden, le Soudan participe à la guerre contre le terrorisme
The Wall Street Journal (Europe), 3.12.2001
Les enquêteurs américains ont découvert à leur grande surprise, qu’au lieu de prendre soin des investissements de Ben Laden, comme ils le croyaient, le Soudan s’en servait pour s’enrichir. Ce que Ben Laden n’a pas emporté a été dépensé ou se trouve dans les coffres soudanais. Les enquêteurs américains disent que beaucoup de ces biens ont disparu dans le chaos qui entoure les finances officielles soudanaises. Quelques officiels soudanais partagent de mauvaise grâce cette conclusion. Et bien sûr quelques dirigeants occidentaux se demandent si le Soudan a dit tout ce qu’il savait. 
D’après les documents, Ben Laden arriva au Soudan venant de son Arabie Saoudite natale, peu après avoir combattu les Soviets en Afghanistan. Il fut très bien accueilli par le régime. Tandis qu’il organisait des camps d’entraînement pour des centaines de ses adeptes, il investit dans la construction et les projets agricoles pour un montant, situé d’après les Occidentaux entre 30 et 300 millions de dollars ; Gutbi Al Mahdi, à cette époque chef des renseignements soudanais, évoque 10 millions de dollars et du matériel de construction. La société soudanaise de Ben Laden, Al Hijra construction, obtint le contrat de construction pour la route de 720 kilomètres qui relie Khartoum à Port-Soudan. Quand elle fut achevée, le gouvernement soudanais ne lui régla pas les 20 millions de dollars dus. Il lui offrit toutefois en attendant une participation dans une tannerie qu’il évaluait à 5 millions de dollars. Ce qui permettra à son successeur à la tête de l’entreprise de dire : « c’était un management impossible (lousy) ; il n’y avait pas de dossier».
Quand on demanda à Ali Mahdi ce qui est arrivé aux biens de M. ben Laden, il se tut un moment, puis « le gouvernement l’a pris tout simplement ». Le ministre des Finances M.Hamdi affirme que M. Ben Laden était venu quelques fois réclamer l’argent qui lui était du et qu’il était possible qu’il en ait recouvré une partie. Mais la loi soudanaise autorise le gouvernement à confisquer une propriété privée sans compensation quand il s’agit de l’intérêt national, a-t-il expliqué. L’an dernier le gouvernement s’est revendu à lui-même l’usine de tannerie, et le fonds de pension national qu’il dirige a payé 3,5 millions de dollars au Ministre des Finances à cet effet.

Qu’est-ce que M.Ben Laden a appris de son expérience soudanaise? Dans une interview accordée à un journal arabe après son départ du Soudan, il a déclaré avoir perdu dans ce pays plus de 160 millions de dollars. Et quand on lui a demandé de caractériser le régime il a dit: « un mélange de religion et de crime organisé ».

USA/Soudan
Après avoir remercié le Soudan de sa coopération en autorisant la levée des sanctions des Nations-Unies et en mettant en sommeil le « Sudan Peace Act » -mais le Congrès essaie de le promouvoir à nouveau (Bloomberg )-, les Etats-Unis ont renouvelé leurs propres sanctions, accusé Khartoum d’un intérêt croissant pour les armes biologiques, cité le Soudan comme l’un des Etats où une prochaine action militaire pourrait être entreprise. L’on rappelle que si Ben Laden avait des liens privilégiés avec Tourabi, dont une nièce est une de ses épouses, il en avait aussi avec le premier vice-Président Ali Osman Taha. Ce dernier a déclaré : « Il n’y a aucune raison pour que le Soudan figure parmi les cibles éventuelles d’un raid américain » (Al Khartoum Daily).
L’Ethiopie aurait averti le Soudan et la Somalie qu’elle pourrait traverser leur frontière pour chasser les terroristes. La probabilité que le Kenya devienne un relais pour les forces américaines se serait accrue à la suite de la visite du secrétaire d’Etat anglais à la Défense à Nairobi.
Il semble que les Etats-Unis cherchent à maintenir la pression sur le Soudan sans intention immédiate de l’attaquer.
 

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