| Les témoignages nous arrivent parfois avec quelque retard. Nos
lecteurs savent qu’en zone pétrolière, sont présentes,
entre autres, l’armée, et la milice Nuer pro-gouvernementale de
Paolino Matiep. Qui sont les hommes qui s’y enrôlent?
Dans le Nord, des sources qui demandent à ne pas être identifiées
nous apportent un témoignage de première main.
En mars 2001, à Halfa Guedida, non loin de la route Khartoum-Port-Soudan,
donc dans le Nord, arrive un représentant de Paolino Matiep. Ce
représentant est en tournée de recrutement, accompagné
de quelques sbires. Il est muni d’une lettre d’appui du gouverneur, véritable
proconsul, ce qui veut dire que le régime est totalement impliqué.
Il se rend à la raffinerie de sucre où il force tous les
Nuer à le suivre. Ce sont des personnes déplacées
qui ont trouvé là du travail. Il se fait remettre leurs salaires
et leurs indemnités de départ. En effet, au Soudan, il n’y
a pas de retraite, mais quand un salarié quitte un emploi il reçoit
un certain capital qui en tient lieu. Le recruteur reçoit donc plus
de 25 millions de livres (à peu près 10000 $), qu’il ne remet
visiblement ni aux ouvriers, ni à leurs familles. Après avoir
fait se déshabiller les nouvelles recrues pour qu’elles ne puissent
s’enfuir, il les laisse dans un enclos en slip.
Il va en ville et dans les environs, rend visite aux chefs Nuer et
leur explique qu’au pays, il y a des méchants Nuer et qu’il faut
que les bons Nuer les combattent. Il leur fait des cadeaux d’argent. Le
discours de certains chefs et un chantage exercé sur les familles
lui permettent de recruter 20 à 30 hommes « de plein gré
». Il emmène en tout 108 personnes. Ses nervis allaient dans
les maisons, se saisissaient des hommes, jeunes gens et pères de
famille, prenaient les articles qui les intéressaient, radios, matelas,
etc., et laissaient femmes et enfants sans soutien, sans indemnité,
sans lit, sans rien. Ils ont battu le gardien de l’église pour en
avoir les clés afin de la fouiller pour vérifier que personne
ne s’y cachait.
Quelques jours après, quelques jeunes Nuer qui avaient échappé
au recrutement se sont réunis sur une place de la ville avec des
machettes-ils travaillaient certainement dans les champs de sucre. L’un
d’eux a déclaré: « Nous préférons mourir
plutôt que d’aller au Sud combattre nos frères ». Des
membres de la police voulaient se saisir d’eux. Leur chef le leur a interdit:
Il y a des braves gens partout.
Une grande partie des recrues seraient parvenues à s’échapper,
et les chefs Nuer, interpellés par la population, seraient confus
de leurs interventions
Des incidents semblables se seraient produits dans beaucoup d’endroits
au Nord Soudan, mais nous n’avons pu obtenir de témoignages directs.
Dans le Sud des moins de seize ans (early teens) sont enrôlés
de force dans l’armée. Voici le témoignage du jeune Mabek
Chol Padit: «Il y a des soldats arabes [originaires du Nord].
Ils nous ont attrapés et mis dans un véhicule et emmenés
dans un endroit très isolé. Ils nous ont envoyés à
Pariang pour nous joindre aux opérations. Pour tuer notre peuple.
Nous avons refusé. Alors ils sont revenus de la ville de Pariang,
ont brûlé des villages et pillé la nourriture. Nous
étions surpris. C’est pourquoi nous nous sommes échappés
de là. Ils oppriment les gens. C’est pourquoi nous avons refusé
et sommes partis. Au lieu de tuer notre peuple, il vaut mieux rester avec
eux et mourir avec eux ». (Rapport d’Enquête Gagnon/Ryle)
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