Numéro 107-108 - octobre - novembre 2001

Témoignages du Soudan
Recrutement pour la politique de terre brûlée
 

Les témoignages nous arrivent parfois avec quelque retard. Nos lecteurs savent qu’en zone pétrolière, sont présentes, entre autres, l’armée, et la milice Nuer pro-gouvernementale de Paolino Matiep. Qui sont les hommes qui s’y enrôlent? 

Dans le Nord, des sources qui demandent à ne pas être identifiées nous apportent un témoignage de première main.
En mars 2001, à Halfa Guedida, non loin de la route Khartoum-Port-Soudan, donc dans le Nord, arrive un représentant de Paolino Matiep. Ce représentant est en tournée de recrutement, accompagné de quelques sbires. Il est muni d’une lettre d’appui du gouverneur, véritable proconsul, ce qui veut dire que le régime est totalement impliqué. Il se rend à la raffinerie de sucre où il force tous les Nuer à le suivre. Ce sont des personnes déplacées qui ont trouvé là du travail. Il se fait remettre leurs salaires et leurs indemnités de départ. En effet, au Soudan, il n’y a pas de retraite, mais quand un salarié quitte un emploi il reçoit un certain capital qui en tient lieu. Le recruteur reçoit donc plus de 25 millions de livres (à peu près 10000 $), qu’il ne remet visiblement ni aux ouvriers, ni à leurs familles. Après avoir fait se déshabiller les nouvelles recrues pour qu’elles ne puissent s’enfuir, il les laisse dans un enclos en slip.
Il va en ville et dans les environs, rend visite aux chefs Nuer et leur explique qu’au pays, il y a des méchants Nuer et qu’il faut que les bons Nuer les combattent. Il leur fait des cadeaux d’argent. Le discours de certains chefs et un chantage exercé sur les familles lui permettent de recruter 20 à 30 hommes « de plein gré ». Il emmène en tout 108 personnes. Ses nervis allaient dans les maisons, se saisissaient des hommes, jeunes gens et pères de famille, prenaient les articles qui les intéressaient, radios, matelas, etc., et laissaient femmes et enfants sans soutien, sans indemnité, sans lit, sans rien. Ils ont battu le gardien de l’église pour en avoir les clés afin de la fouiller pour vérifier que personne ne s’y cachait.
Quelques jours après, quelques jeunes Nuer qui avaient échappé au recrutement se sont réunis sur une place de la ville avec des machettes-ils travaillaient certainement dans les champs de sucre. L’un d’eux a déclaré: « Nous préférons mourir plutôt que d’aller au Sud combattre nos frères ». Des membres de la police voulaient se saisir d’eux. Leur chef le leur a interdit: Il y a des braves gens partout.
 
Une grande partie des recrues seraient parvenues à s’échapper, et les chefs Nuer, interpellés par la population, seraient confus de leurs interventions
Des incidents semblables se seraient produits dans beaucoup d’endroits au Nord Soudan, mais nous n’avons pu obtenir de témoignages directs.

Dans le Sud des moins de seize ans (early teens) sont enrôlés de force dans l’armée. Voici le témoignage du jeune Mabek Chol Padit: «Il y a des soldats arabes [originaires du Nord]. Ils nous ont attrapés et mis dans un véhicule et emmenés dans un endroit très isolé. Ils nous ont envoyés à Pariang pour nous joindre aux opérations. Pour tuer notre peuple. Nous avons refusé. Alors ils sont revenus de la ville de Pariang, ont brûlé des villages et pillé la nourriture. Nous étions surpris. C’est pourquoi nous nous sommes échappés de là. Ils oppriment les gens. C’est pourquoi nous avons refusé et sommes partis. Au lieu de tuer notre peuple, il vaut mieux rester avec eux et mourir avec eux ». (Rapport d’Enquête Gagnon/Ryle)

 

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