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Numéro 105-106 - août -
septembre 2001
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LE SOUDAN UTILISE DES MISSILES CONTRE LES REBELLES
| [une preuve trouvée sur vidéocassette]
Julie Flint et Julian Borger - The Guardian Moins de deux ans après que le Soudan ait commencé à pomper le pétrole, gagnant 1 million de dollars par jour de nouveaux revenus, son gouvernement a acquis et utilise des missiles sol-sol dans sa guerre contre les rebelles de l’Armée de Libération du Peuple Soudanais. Dès que le pétrole commença à couler en août 1999, le Président Béchir dit que le Soudan utiliserait les revenus du pétrole pour fabriquer des armes, y compris des missiles. Mais jusqu’à présent, il n’y a jamais eu aucune preuve que Khartoum possède de telles armes. Leur acquisition a d’énormes implications pour la guerre du Sud au moment où le gouvernement essaie de conquérir de plus en plus de zones riches en pétrole afin qu’elles soient exploitées par des sociétés étrangères. La possession de missiles par le gouvernement est prouvée par une bande vidéo trouvée sur le corps d’un caméraman gouvernemental qui accompagnait une offensive, fin mai, dans le l’Etat du Nil Bleu Sud contrôlé par l’ALPS. Il fut tué sur le champ de bataille ainsi, dit l’ALPS que des centaines de soldats gouvernementaux. Le métrage vidéo montre un gros missile avec un nez perforant, monté sur un camion à six roues dans le quartier général de la 17ème division gouvernementale à Dindro, au Sud des Monts Ingessana. Tandis que les soldats crient « Dieu est grand » le missile se soulève pour former un angle de 45° puis est mis à feu. Il explose dans un rugissement assourdissant, laissant une traînée en flammes haut dans le ciel. * Le missile n’a pas encore été identifié. Des sources militaires disent que des trafiquants d’armes au marché noir ont essayé de vendre aux factions soudanaises des rockets Smerch 300 mm de fabrication soviétique à 300 000 dollars l’un. Toutefois le missile de Dindro ne fait pas partie d’un système de rockets multiples comme le Smerch. Des officiels ALPS croient qu’il pourrait faire partie d’une cargaison de missiles que Khartoum aurait acquis du Kazakstan en janvier **. John Garang, le commandant en chef, a dit au Guardian que le gouvernement avait mis à feu huit missiles avant d’essayer d’avancer vers la ville de Kurmuk près de la frontière éthiopienne. Tous sont tombés dans la brousse sans causer de dommages. Mais leur portée fut de soixante-cinq kilomètres au moins et ils ont creusé des cratères de 7 mètres. *** Selon Jemera Rone, chercheur de Human Right Watch, « l’armée
gouvernementale n’a montré jusqu’à présent ni capacité
ni désir de viser avec précision des objectifs militaires
quand elle a utilisé des armes moins puissantes. Des armes plus
puissantes dans les mains du gouvernement menacent de provoquer plus de
victimes et de dévastations civiles. » Après avoir
vu le film, un analyste occidental a été surpris pas la quantité
d’armes déployées: « C’est une armée bien
équipée qui a beaucoup de munitions». Et sur les missiles:
« Ils ressemblent plus à des armes destinées à
semer la terreur; leur effet en tombant sur une ville ferait partir toutes
les missions d’assistance humanitaire».
Si aucune compagnie pétrolière britannique ne pompe de pétrole au Soudan, la Grande-Bretagne fournit de nombreux équipements qui permettent au pétrole de couler. Rolls-Royce fournit des moteurs pour les générateurs et les stations de pompage, ainsi qu’un soutien «opérationnel et d’entretien » pour l’oléoduc. Les pompes Weir fournissent les stations de pompage et Angus Fire l’équipement de lutte contre le feu. D’autre part, deux sociétés de sécurité, Rapport et Stirling Security, travaillent pour les sociétés étrangères dans les champs de pétrole.... L’ALPS a trois cibles, Héglig, dit Garang, l’oléoduc et le terminal pétrolier au Sud de Port-Soudan. «Ils ne peuvent les protéger tous les trois ». * Selon une autre source indépendante, deux films vidéo
ont été retrouvés. Avant le départ de la force
gouvernementale, on voit le Chef d’Etat-Major adjoint dire aux hommes:
« Je ne suis pas venu ici pour soutenir votre moral, le moral de
toutes nos unités est très élevé». Un
jeune officier répond: « Nous voulons répandre notre
sang pour notre religion! C’est notre billet pour le paradis! Nos coeurs
sont au paradis! ». Plus loin on voit de jeunes soldats cloués
au sol sous un feu ininterrompu refusant d’avancer bien qu’on les batte
et leur donne des coups de pied. On voit des soldats égrenés
le long d’une longue ligne de front frappés par des balles. Le cameraman
lui-même s’abrite derrière un soldat blessé dont les
jambes déchiquetées par un shrapnel bougent brusquement
devant la caméra. Dans une photo pathétique de la défaite
gouvernementale, un officier appelle à l’aide à la radio
et crie à la cantonade: « Enlevez ce blessé ».
Puis, tandis que les balles sifflent sur les têtes, l’officier de
transmission essaie de se fondre dans le sol et hurle à la radio
« Comment ça va chez vous? Comment ça va chez vous?
». Son interlocuteur répond: « Nous sommes OK, mais
le feu est puissant ». (V.S.)
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