Numéro 103-104 - juin- juillet 2001

ATTAQUE ALPS DES CHAMPS PETROLIFERES
 

Karl Vick - Washington Post
Les rebelles ont organisé une frappe éclair au cœur des opérations des champs pétrolifères du Sud-Soudan la semaine dernière. L’attaque a duré seulement 30 minutes et apparemment causé peu de dégâts matériels mais a entamé l’apparence d’invulnérabilité autour de l’installation tentaculaire sur laquelle se focalise la guerre au Soudan, vieille de 18 ans.
Les responsables des champs pétrolifères et les diplomates décrivent l’attaque du 5 août avant l’aurore comme un peu plus qu’un tir de harcèlement. Les officiels disent qu’un commando de peut-être 20 rebelles a lancé des tirs de mortiers contre le quartier général des champs pétrolifères pendant une demi-heure sans toucher les structures ou les gens. Le flux de Nile crude Blend fut interrompu pendant seulement 12 heures dont les techniciens avaient besoin pour s’assurer qu’aucun dommage sérieux n’avait été causé, selon des officiels qui ne veulent pas voir leur identité dévoilée.

Cependant, le leader rebelle, John Garang, président de l’Armée de Libération du Peuple Soudanais, a décrit une attaque beaucoup plus énergique, impliquant 1 500 hommes et des rockets de 75 Kg, attaque qui, dit-il a endommagé le générateur électrique des champs pétrolifères. » C’est la première fois que nous attaquons Héglig même « a dit Garang lors d’une interview accordée dans son bureau de Nairobi; « nous avons la capacité de soutenir ce genre d’attaque à l’avenir ». 
[On se souvient qu’en juin l’ALPS avait affirmé avoir attaqué un convoi pétrolier et causé des pertes qui furent démenties par Khartoum et Talisman; mais un journaliste suédois présent écrivit un article parlant de 360 soldats gouvernementaux et 10 travailleurs tués, de la destruction de 30 véhicules et de deux chars. A Héglig le 5 août il n’y eut pas de témoin (V.S.) ]
Le pétrole est devenu une question clé dès avant le début de la [seconde] guerre civile en 1983. Longtemps, les dirigeants musulmans de langue arabe ont exploité les Africains Noirs du Sud, et quand le pétrole fut découvert dans la région Sud, le gouvernement du Nord a essayé de redessiner la carte pour mettre au Nord les découvertes. Quand les Sudistes marginalisés ont pris les armes, une attaque en 1984 tua trois travailleurs pétroliers étrangers poussant la société Chevron à quitter le pays. Les champs d’Héglig restèrent en sommeil jusqu’à il y a deux ans, quand un consortium de sociétés canadiennes, soudanaises, malaise et chinoise commencèrent à pomper le pétrole. Ces champs produisent maintenant 200.000 barils/jour. La part de revenu du gouvernement soudanais a augmenté de manière significative son trésor de guerre, et la condamnation publique de la conduite brutale de la guerre par le gouvernement s’est étendue à Talisman, la société de Caligari qui a 25% des parts du Greater Petroleum Company, le consortium qui possède la concession d’Héglig.
Les critiques parlent des dizaines de milliers de civils expulsés par des combats des terres louées au Greater Nile et autres sociétés.
En juin, la Chambre des Représentants [américaine] a voté par 422 voix contre 2 pour empêcher les sociétés pétrolières qui font affaire au Soudan de vendre des titres sur les bourses américaines, un vote qui pousse Talisman à se défaire de ses parts au Soudan. [Avant le 11 septembre], l’administration Bush pour qui cette réglementation établirait un précédent dangereux soutenait fortement la version de la loi Paix au Soudan sans interdiction boursière qu’a voté le Sénat. 

Quels qu’aient été les résultats de cette attaque, les rebelles sont parvenus à étendre leur portée. Le but des raids précédents se trouvaient dans la partie extérieure des énormes champs pétrolifères. Pour atteindre Héglig, les rebelles ont dû traverser trois rivières et une savane ouverte très protégée par les troupes gouvernementales avec, le long des pistes tous les cinq kilomètres, des points de contrôle comportant des chars et autres véhicules blindés. Même si les rebelles n’ont pas détruit l’installation, le fait qu’ils aient été capables d’y aller, de l’attaquer et de repartir est quelque chose qu’ils n’avaient pas fait auparavant » dit John Ryle, spécialiste du Soudan basé à Londres. « Ce n’est pas seulement une question d’accès militaire, c’est une question de vulnérabilité psychologique des sociétés pétrolières et du personnel pétrolier ».

Les installations d’Heglig se doublent d’une garnison gouvernementale. Des troupes et des blindés encerclent l’enceinte des bâtiments préfabriqués qui abritent les locaux d’habitation et les bureaux du personnel soudanais et étranger. Une piste d’atterrissage se trouve juste de l’autre côté de la route et à quelques centaines de mètres plus loin se trouve le terminus sud de l’oléoduc enterré qui s’étend sur 1 500 kilomètres en direction du Nord-Est, jusqu’au port de la Mer Rouge. 
A côté de la station de pompage se tient le générateur que Garang dit avoir endommagé. « Nous ne visons pas les gens », dit le leader rebelle,  » nous visons les installations ».
Pour Ryle, même si tel est le cas, l’impact d’une attaque pourrait être largement ressenti.
 

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